Vous avez un col ? Demandez un test de Papanicolau

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Une campagne encourage les personnes lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles à subir un test de dépistage

par Jane Shulman

 

À quand remonte votre dernier test de dépistage du cancer du col de l’utérus (test de Papanicolau) ? Selon Statistique Canada, si vous êtes comme 77 % des femmes hétérosexuelles de ce pays, vous avez subi ce test une fois au cours des trois dernières années. Mais si vous vous identifiez comme lesbienne ou bisexuelle ou que vous êtes un homme transsexuel, vous êtes moins susceptible d’avoir subi ce test récemment.

Le test de Papanicolau, qui est habituellement effectué par les médecins de famille, les infirmières et les gynécologues, consiste à vérifier la présence d’anomalies cellulaires dans le col utérin. Ce test de dépistage permet de détecter certaines modifications cellulaires (causées par le PVH) affectant le col de l’utérus. Grâce au test, ces changements cellulaires peuvent être traités avant qu’ils n’évoluent en cancer, et c’est la raison pour laquelle le test est pratiqué couramment.

Alors pourquoi les personnes lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles (LBT) subissent-elles le test de Papanicolau moins fréquemment que les hétérosexuelles ? Voilà la question à laquelle les gens du Sherbourne Health Centre et de Planned Parenthood, à Toronto, ont voulu répondre après avoir effectué une recherche auprès de femmes ayant des rapports sexuels avec d’autres femmes. Ainsi, après avoir enquêté sur les besoins des femmes en matière de santé génésique, ils ont découvert qu’un nombre alarmant d’entre elles ne subissaient pas de test de Papanicolau, soit parce qu’elles ignoraient que ce test était nécessaire, soit parce que leur fournisseur de soins de santé leur avait dit qu’elles n’en avaient pas besoin.

Un groupe de travail appelé Queer Women’s Health Initiative a été mis sur pied en réponse à cette situation, puis l’idée de la campagne Check It Out est née. Le groupe de travail a vite compris que la campagne devait inclure les hommes transsexuels, qui sont encore moins susceptibles d’avoir accès aux tests de Papanicolau même s’ils en auraient tout autant besoin.      

Un projet distinct appelé Check It Out Guys a donc été mis en œuvre simultanément. Les quartiers généraux de la campagne sont les sites Web www.check-it-out.ca et www.checkitoutguys.ca. De l’information accessible et précise, une présentation attrayante et des slogans accrocheurs comme Got a cervix? Get a Pap! guident la lectrice et le lecteur à travers les sites, qui répondent à une série de questions et de préoccupations à propos du test de Papanicolau. Le contenu, élaboré par le personnel médical du centre Sherbourne et des membres des communautés LBT, répond à toutes les questions, de la fréquence à laquelle il faut subir le test au déroulement de l’intervention. Des affiches, des cartes postales et des tatouages temporaires gratuits sont offerts par l’intermédiaire de ces sites, ainsi qu’une multitude de renseignements imprimables. Cheryl Dobinson, directrice des programmes communautaires à Planned Parenthood Toronto, dit avoir trop souvent entendu des femmes lesbiennes et bisexuelles rapporter avoir reçu des renseignements erronés à propos du test de Papanicolau de la part de médecins et d’infirmières.« Parfois, les femmes se font dire que si elles ont des relations sexuelles avec d’autres femmes, elles n’ont pas besoin du test de Papanicolau, raconte-t-elle, et des femmes qui savent que ce test est nécessaire se le voient refuser lorsqu’elles en font la demande. »

Dobinson ajoute que cette situation résulte peut-être du fait que certains professionnels de la santé ne possèdent pas des connaissances suffisantes sur le mode de propagation du PVH. Sur le site de la campagne Check It Out, on peut lire que le PVH « se transmet par contact génital cutané avec une personne porteuse de ce virus, ce qui inclut les pratiques sexuelles orales, avec les doigts ou les mains, le frottement génital et la pénétration vaginale avec des jouets sexuels ».

« Nous visons principalement les femmes LBT, dit Dobinson, mais il y a aussi un volet qui s’adresse aux fournisseurs de soins. »

Ayden Sheim, coordonnateur du projet Pap s’adressant aux hommes transsexuels, abonde dans ce sens. Il affirme que si les hommes trans sont la cible de la campagne Check It Out Guys, une composante éducative visant les fournisseurs de soins est également nécessaire, en partie pour aider les clients à avoir confiance qu’il existe des professionnels de la santé bien informés et sensibles à leurs besoins. « Si j’arrive à un point où j’éprouve le besoin de subir un test de Papanicolau, cela suppose que je me sens en sécurité avec mon fournisseur de soins, dit-il ; les deux vont de pair. » Des dépliants et des trousses d’information portant sur les besoins spécifiques de la clientèle LBT souhaitant subir un test de Papanicolau seront bientôt distribués dans les cliniques de l’Ontario.

Il n’est pas toujours facile de convaincre les hommes transsexuels de l’importance du test de Papanicolau, mais Scheim estime que comme la majorité d’entre eux n’ont pas eu d’hystérectomie avec ablation du col, ils devraient subir ce test régulièrement. Même les personnes qui ont subi une hystérectomie peuvent avoir besoin de ce test. L’équipe a travaillé avec un conseil consultatif composé d’hommes transsexuels dans le but d’élaborer des contenus destinés à des auditoires diversifiés.

« L’un des aspects de la campagne consiste à faire preuve d’une réelle honnêteté en admettant qu’il ne s’agit pas d’une expérience agréable, dit-il, mais il y a certaines choses que l’on peut faire pour rendre cette expérience moins difficile. » Dans certaines parties du site, on aborde le sentiment d’humiliation que peuvent éprouver les hommes transsexuels lors d’un examen pelvien, et la douleur causée par l’insertion d’un spéculum chez une personne qui n’a jamais vécu de pénétration.

« Notre capacité de prendre soin de nous-mêmes et de défendre nos propres intérêts est en avance sur la capacité du système de santé de répondre à nos besoins », dit Scheim. Il souligne que les gens ont le droit de poser des questions à leur fournisseur de soins à propos de son expérience avec certaines populations. « Nous savons que le système n’est pas parfait, mais en attendant qu’il s’améliore, nous devrions être en mesure de nous occuper le mieux possible de notre propre santé. »

Les sites donnent l’impression qu’ils sont conçus par des pairs et pour des pairs. Les gens qui apparaissent sur les photos font partie des communautés LBT de Toronto. Certains lecteurs ou lectrices peuvent donc les connaître ou du moins avoir entendu parler d’eux. Dobinson dit que cela donne de la crédibilité aux sites et à l’information qu’ils contiennent. Cela fait partie de l’aspect de renforcement des communautés qu’elle considère particulièrement important pour la réussite d’une campagne de promotion de la santé.« Parfois, les campagnes de santé qui ne sont pas issues des milieux LBT peuvent réellement exclure les femmes LBT, et certaines d’entre elles ont tendance à croire que ces campagnes ne s’adressent pas à elles, fait remarquer Dobinson. Certaines campagnes ont un caractère plus inclusif, mais il existe toujours des endroits conçus pour les femmes LBT où elles peuvent obtenir l’information qui les concerne plus particulièrement. Nous allons pouvoir rejoindre un plus grand nombre de femmes LBT avec de l’information qui s’adresse spécifiquement à elles. »

Des évaluations officielles du projet seront effectuées bientôt, mais selon certaines données empiriques provenant de cliniques qui traitent un volume élevé de patients LBT, un nombre accru de personnes se sont présentées pour des tests de Papanicolau depuis le lancement de la campagne.

Dobinson œuvre depuis longtemps à la défense et à la promotion des intérêts des personnes LBT. Elle a participé à des campagnes sur la santé du sein et à des campagnes s’adressant aux lesbiennes et aux femmes bisexuelles, en plus d’être l’une des seules personnes au pays à avoir travaillé de façon soutenue dans le cadre de projets axés sur la promotion de la santé des lesbiennes et des femmes bisexuelles au cours des dernières années.

Elle connaît bien l’homophobie et l’hétérosexisme que subissent parfois les lesbiennes et les femmes bisexuelles au sein du système de santé, et a entendu parler de moult interactions négatives avec les professionnels de la santé. Mais elle constate aussi que des changements positifs pour les femmes LBT surviennent depuis quelques années.

« À mesure qu’un nombre croissant de fournisseurs de soins obtiennent une éducation plus poussée sur la santé des femmes LBT et que de plus en plus de ressources sont offertes, poursuit Dobinson, il existe davantage de ressources à partager avec les femmes LBT, qui sont alors plus susceptibles de consulter et d’obtenir un accueil positif. Si ces deux choses se produisent, alors j’imagine que les femmes sont encouragées à retourner consulter en ayant le sentiment qu’elles obtiendront des soins de qualité. »

À Planned Parenthood Toronto, où elle travaille depuis août dernier, Dobinson dit être « très enthousiaste de faire partie d’une organisation qui fait à ce point une priorité des femmes LBT et de leur santé sexuelle et génésique ».

Jane Shulman est directrice de l’échange des connaissances au Réseau canadien pour la santé des femmes.

 

Qu’est-ce que le test de Papanicolau ?

Cette information est tirée du site Web Check it Out, avec la permission de la Queer Women’s Health Initiative.

 

Le test de Papanicolau n’est une sinécure pour personne. Nombre d’entre nous ne savons même pas trop à quoi il sert, ni s’il est nécessaire et pourquoi il l’est. L’information qui suit explique en quoi consiste ce test et pourquoi vous devriez songer à vous en prévaloir.

•              Le col correspond à l’extrémité la plus étroite de l’utérus, qui est dotée d’une ouverture minuscule (que l’on appelle orifice externe) reliant l’utérus au vagin.

•              Examen microscopique de cellules prélevées dans le col utérin, le test de Papanicolau est réalisé dans un bureau de médecin ou en clinique. Il fait habituellement partie d’un examen pelvien général, lequel consiste en un examen complet des organes pelviens (utérus, ovaires, col, etc.).

•              Le test de Papanicolau est un moyen de dépistage précoce du cancer du col utérin, dont la prévention devient possible par un traitement approprié, au besoin.

•              Le test de Papanicolau ne permet pas de faire le dépistage d’autres formes de cancer.

•              Le test de Papanicolau n’est pas un test de dépistage des infections transmissibles sexuellement (ITS). S’il permet de déterminer si des cellules du col utérin ont été affectées par le papillomavirus humain (PVH), l’ITS pouvant entraîner la présence de cellules atypiques, il ne permet pas de détecter spécifiquement la présence du PVH ni de toute autre ITS