Les jeunes femmes et l’abus d’alcool

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Un regard sur les tendances, les conséquences, les influences et les méthodes de prévention

Adaptation du document Méthodes axées sur les filles en matière de prévention, de réduction des méfaits et de traitement et de Consommation excessive d’alcool chez les filles et les jeunes femmes : principaux éléments des découvertes effectuées à partir d’une analyse documentaire et d’une recherche sur le  Web

 

La consommation d’alcool et de drogues chez les filles et les jeunes femmes attire de plus en plus d’attention de même que les conséquences sur le plan social et sur la santé qui sont associées à une consommation excessive d’alcool, au tabagisme et à l’usage de substances licites et illicites. Par le passé, les jeunes hommes avaient plus de chances que les jeunes femmes de boire de l’alcool, de fumer des cigarettes ou de consommer des substances illicites, mais les données à l’échelle locale, nationale et internationale indiquent maintenant que ce fossé des sexes est en train de se rétrécir.

En 2009, une communauté virtuelle pancanadienne de praticiennes et de praticiens (CVP) a offert l’occasion de « discuter virtuellement » des problèmes, de la recherche et des programmes se rapportant à l’usage de substance chez les filles et les femmes au Canada. L’objectif de la CVP consistait à servir de mécanisme d’intégration d’une analyse des influences du genre et du sexe dans le Cadre national d’action pour réduire les méfaits liés à l’alcool et autres drogues et substances au Canada. Au nombre des participantes et participants, il y avait des responsables de la planification, des décisionnaires, des fournisseuses et fournisseurs de services directs, des éducatrices et éducateurs, des responsables d’ONG, des analystes des politiques, des chercheuses et chercheurs et des femmes intéressées. Le projet était parrainé par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique (CESFCB), en partenariat avec le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies (CCLAT) ainsi que l’Université de la Saskatchewan et l’Université de l’Australie du Sud.

Afin de guider cette discussion, le CESFCB a examiné de plus près la consommation excessive d’alcool, en s’attardant en particulier dans son analyse documentaire aux tendances, aux risques, aux influences et aux programmes de prévention offerts.

Tendances

Selon l’Enquête sur les toxicomanies de 2004, plus de 85 p. 100 de la consommation d’alcool rapportée chez les femmes de 15 à 24 ans est considérée comme étant excessive selon les lignes directrices canadiennes. Le rapport révèle également que 15 p. 100 des jeunes femmes (de 18 à 19 ans) et 11 p. 100 des femmes (de 20 à 24 ans) ont indiqué consommer fréquemment de l’alcool en forte quantité. La Colombie-Britannique affiche l’un des plus hauts taux du Canada. L’Enquête sur la santé des adolescents de la Colombie-Britannique de 2008 montre que le risque de prendre une cuite d’un soir touchait tant les étudiantes que les étudiants, bien que seuls les jeunes hommes soient plus enclins (moins de 1 p. 100) à se saouler 20 jours ou plus durant le mois précédent.

Une étude internationale récente, laquelle analysait les tendances sexospécifiques dans la consommation d’alcool à l’aide de comparaisons entre les cultures de 1998 à 2006, dans 24 pays et régions, a permis de découvrir que la consommation d’alcool et l’ivresse demeuraient plus élevées chez les garçons que les filles, mais cet écart se réduisait et les filles semblaient rattraper les garçons dans certains pays. Une enquête effectuée en 2004 en Angleterre révèle que les jeunes femmes britanniques (de 16 à 24 ans) ont tendance à connaître des périodes de forte consommation d’alcool, qui s’étendent sur plus d’une à trois journées dans 49 p. 100 des cas. Elles ont également plus de chances de dépasser la limite quotidienne, et dans 28 p. 100 des cas, de boire plus de six consommations au moins une fois par semaine. Selon les Centres for Disease Control and Prevention aux États-Unis, parmi les jeunes âgés de 12 à 22 ans, le pourcentage de filles qui boivent de l’alcool augmente à un rythme beaucoup plus élevé que celui des garçons.

 

Conséquences sur la santéLes filles et les jeunes femmes risquent de présenter prématurément des problèmes de santé à long terme qui sont associés à une forte consommation d’alcool, notamment : une maladie du foie, des problèmes cardiaques, des ulcères d’estomac, des lésions cérébrales, une hypertension et une dépendance. Une consommation d’alcool modérée à excessive peut augmenter le risque des filles et des jeunes femmes de développer plus tard un cancer du sein ainsi que toute autre forme de cancer dont un lien avec l’alcool a été démontré, comme le cancer de la bouche, du pharynx, de l’œsophage, du côlon, du rectum et du foie. Une consommation d’alcool abusive et chronique, particulièrement à l’adolescence et au début de l’âge adulte, peut compromettre la qualité des os et par conséquent, augmenter le risque d’être atteint plus tard d’une ostéoporose.

De plus, la consommation d’alcool a des effets défavorables sur la puberté, perturbe la fonction sexuelle et nuit à la santé génésique, ce qui peut donner lieu à un certain nombre de problèmes, entre autres des cycles menstruels irréguliers, une absence d’ovulation, l’endométriose et l’infertilité. Le risque d’une grossesse non planifiée et non désirée en raison d’une relation sexuelle non prévue et non protégée constitue une autre importante différence sexospécifique pour les jeunes femmes qui consomment de l’alcool. Les données recueillies suggèrent que les jeunes femmes ont aussi tendance à se rendre compte plus tardivement qu’elles sont enceintes. Il y a là matière à préoccupation puisque ces jeunes femmes peuvent continuer à consommer de l’alcool avant de savoir qu’elles attendent un enfant, par conséquent le risque de lésions menace le fœtus, par exemple l’ensemble des troubles causés par le syndrome d’alcoolisation fœtale et les autres anomalies congénitales. Même quand elles savent qu’elles sont enceintes, les études indiquent que les adolescentes sont plus enclines à se saouler durant leur grossesse que les femmes de tout âge.

Les filles et les jeunes femmes en état d’ébriété sont également plus vulnérables au viol par une connaissance, aux agressions sexuelles et aux relations sexuelles non protégées, ce qui les expose davantage au VIH et aux infections transmissibles sexuellement.Influence sur la consommation des filles

Jusqu’à maintenant, il n’existe pas beaucoup de documentation sur les influences et le chemin incitant les filles à consommer de l’alcool. Publié en 2003 par le National Centre on Addiction and Substance Abuse de l’Université Columbia aux États-Unis, le rapport The Formative Years [Les années formatrices] est l’une des études qui ont contribué à notre compréhension des influences du genre et du sexe sur la consommation et sur les chemins qui y mènent. Cette étude dégage des influences importantes dans quatre domaines en matière d’usage de substances, à savoir : 1) les qualités personnelles, les attitudes et les expériences durant l’enfance; 2) les influences des pairs et de l’école; 3) la famille, la culture et la communauté ; et 4) les influences de la société, par exemple la publicité-médias. Les auteurs ont découvert notamment que les jeunes femmes ont tendance à faire usage de substances pour améliorer leur humeur, accroître leur confiance, réduire la tension, surmonter les problèmes, perdre leurs inhibitions, pimenter leurs relations sexuelles ou perdre plus facilement du poids tandis que les jeunes hommes consomment plutôt de l’alcool ou des drogues parce qu’ils sont à la recherche de sensations ou veulent rehausser leur statut social. Selon les auteurs, les filles et les femmes subissent une forte influence des médias en ce qui a trait à leur usage des substances – les annonceurs de tabac et d’alcool ont tendance à cibler les préoccupations féminines relativement à l’apparence, aux normes malsaines de minceur et au charme. Ils ont également noté que les influences sexospécifiques en lien avec les transitions au moment de l’adolescence et du début de l’âge adulte – survenant au début du secondaire, lors du passage du secondaire au collégial ou à l’université, à la fin des études ou à l’entrée dans le monde du travail – s’accompagnent fréquemment de plusieurs changements dans l’environnement social et physique et exercent une influence sur le risque d’abuser de substances.

Ces transitions cruciales peuvent se révéler particulièrement stressantes pour les filles et les jeunes femmes, lesquelles risquent ensuite d’avoir recours au tabac, à l’alcool et aux drogues.

 

Le CESFCB veut remercier Santé Canada et l’Autorité provinciale en matière de services de santé de la Colombie-Britannique d’avoir accordé leur soutien financier aux projets sous-jacents à cet article sur les filles et l’alcool. Dans un deuxième temps, les chercheurs du CESFCB examineront en profondeur ce programme axé sur les filles afin de comprendre le risque et les facteurs de protection abordés et les résultats atteints, en plus de collaborer avec les organismes au Canada qui souhaitent élaborer ou adapter de tels programmes.

 

Principaux facteurs de protection

Afin de mieux comprendre le risque sexospécifique et les facteurs de protection en matière de consommation d’alcool, les auteurs du rapport Substance Use among Early Adolescent Girls: Risk and Protective Factors [La consommation d’alcool et de drogues chez les jeunes adolescentes : risques et facteurs de protection] ont interrogé des adolescentes et leur mère sur l’usage de substances et leurs préoccupations à ce sujet. De cette étude, ils ont dégagé les principaux facteurs de protection sexospécifiques qui suivent :

 

• La fille rentre à la maison après l’école;

• Elle a une image corporelle positive;

• Elle informe sa mère de ses allées et venues;

• Sa mère connaît déjà ses camarades;

• Elle a l’habitude de toujours communiquer avec ses parents;

• Les règles familiales bannissent l’usage de substances;

• Ses parents l’encouragent à s’abstenir de consommer.

 

Méthodes de prévention différenciées selon les sexes

Malgré les sérieuses conséquences sur la santé et les tendances alarmantes en ce qui a trait aux taux et habitudes de consommation d’alcool des filles et des jeunes femmes, il n’existe à leur intention que peu de programmes de prévention qui portent sur ces risques et les facteurs de protection. La recherche a dénombré plus de 35 exemples d’intervention ou de programmes différenciés selon les sexes en Colombie-Britannique, au Canada et à l’étranger. Les quelques exemples de programmes sexospécifiques qui suivent sont organisés selon les différents niveaux de prévention : universel, sélectif ou ciblé.

 

La prévention universelle s’adresse à une vaste population de filles ou de jeunes femmes par des actions de prévention et de promotion de la santé, c.-à-d., des programmes positifs de développement des jeunes « axés sur les filles », des campagnes de sensibilisation et des collectivités virtuelles pour les filles.

 

Le groupe d’entraide Go Girl! de l’organisme YWCA de la région de Vancouver, en Colombie-Britannique, offre des ateliers destinés aux filles de 10 à 13 ans. On y aborde des sujets tels que l’image personnelle, l’estime de soi, l’intimidation, l’affirmation de soi, les relations avec les autres, la pression des pairs, la fixation d’objectifs et la prise de décisions tout en proposant des activités de mise en forme. www.saleemanoon.com/gogirl/

 

Le Projet ELLE offre une formation au leadership pour les jeunes femmes du Canada, un programme de mentorat et un programme d’acquisition de nouvelles habiletés en animation sociale à l’intention des jeunes femmes de 16 à 25 ans. Pendant sept jours, 20 jeunes femmes de partout au pays se rassemblent pour discuter de problèmes auxquels elles font face dans leur vie et dans leur communauté, pour ensuite explorer différentes façons de faire bouger les choses. Une formation de quatre jours, des ateliers, une retraite nationale et du mentorat sont également proposés.

www.girlsactionfoundation.ca/fr/programme-de-leadership

 

La prévention sélective cible une sous-population de filles et de jeunes femmes qui présentent un potentiel de risque particulier. Les programmes visent à réduire les risques en misant sur les points forts et les facteurs de protection.

 

Antidote est un réseau intergénérationnel de filles et de femmes vivant à Victoria, en Colombie-Britannique. Cet organisme communautaire regroupe des filles et des femmes provenant de minorités raciales ou étant d’origine autochtone. Toutes les semaines, on y offre des services accessibles, des programmes, des ateliers et des activités sociales qui répondent aux besoins des filles et des jeunes femmes marginalisées. Ce milieu rassurant permet de réduire l’isolement social et d’orienter les filles et les jeunes femmes vers d’autres services éducatifs, sociaux et de santé auxquels elles n’auraient pas accès autrement. www.antidotenetwork.org

 

Art Attack est un programme parascolaire pour les filles de 14 à 17 ans offert à Verdun, au Québec. À l’aide d’activités de création artistique, ce programme vise à développer l’estime et la conscience soi, à favoriser l’esprit critique et la possibilité d’agir contre la violence et la discrimination, à mettre les filles en contact avec les personnes et les ressources actives dans leurs communautés ainsi qu’à impliquer les filles dans des projets d’action communautaires qu’elles développent elles-mêmes. Parmi les activités proposées, il y a entre autres la photographie, la création parlée, la danse et la création de fanzines. www.fillesdaction.ca/fr/art-attack

 

Rites of Passage du Interior Indian Friendship Centre à Kamloops, en Colombie-Britannique, est un groupe pour les filles autochtones ou des Premières nations issues de secteurs marginalisés ou à risque. Ce groupe leur donne les moyens d’agir afin de résister aux stéréotypes sociaux et de se définir elles-mêmes de façon éclairée en tant que filles autochtones ou des Premières nations. www.cdnwomen.org/PDFs/FR/FCF-Grants-GF-2009.pdf

 

La prévention ciblée et la réduction des méfaits consistent à réduire au minimum les méfaits, à promouvoir la santé et à prévenir la dépendance auprès des filles et des jeunes femmes qui consomment de l’alcool et qui ont adopté de dangereuses habitudes de consommation. 

 

My Student Body est un site Web américain qui encourage la prévention d’une consommation abusive d’alcool à haut risque à l’intention des étudiantes et étudiants au collégial ou à l’université. Ce site offre sur Internet un programme et des interventions sur mesure en vue d’aider les étudiantes et étudiants qui abusent de l’alcool à réduire leur consommation. Ces jeunes ont droit à des séances hebdomadaires de 20 minutes pendant quatre semaines, où ils reçoivent une rétroaction motivante et personnalisée pour contrer la consommation d’alcool à haut risque. Puisque la consommation d’alcool chez les étudiantes au collégial et à l’université suscite de plus en plus d’inquiétudes, cet organisme a évalué les effets de l’intervention en fonction du sexe. Les résultats montrent que ce type d’intervention se révèle particulièrement efficace auprès des femmes et des buveurs qui persistent à s’enivrer. www.mystudentbody.com

 

Le programme ROCA Healthy Families à Boston, aux États-Unis, s’adresse aux parents adolescents auprès desquels on intervient à l’externe et à la maison. Les partenaires communautaires, les centres de santé et les autres programmes de Roca aiguillent les jeunes parents vers le volet Home Visitors qui leur permet de consulter à l’externe et de recevoir des visites à la maison. Home Visitors organise des groupes sexospécifiques d’éducation familiale dans les écoles secondaires locales, gère un centre de la famille hors site et dirige des groupes d’éducation familiale et d’apprentissage de l’autonomie en collaboration avec les centres de santé scolaires. Sa vision consiste à ce que « les jeunes mères immigrantes élèvent leurs enfants en sécurité et soient reconnues pour leurs contributions à la société. » www.rocainc.org/strategy_relationships.php

 

Aux États-Unis, un programme informatique a été utilisé en vue de prévenir l’usage de substances chez les adolescentes en faisant participer les parents. Ce programme vise à améliorer la relation mère-fille et à enseigner aux filles les habiletés nécessaires pour gérer les conflits, résister à l’influence de médias, refuser l’alcool et la drogue et corriger les normes de pairs en ce qui a trait à la consommation d’alcool, au tabagisme et à l’usage de drogues chez les mineurs.