Il y a 20 ans ...

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Par Anne Rochon Ford

Pourquoi célébrer les anniversaires, au juste? Hé bien, parce que cela nous donne l’occasion de saluer et d’honorer l’énorme travail, réalisé par de nombreuses femmes, qui a conduit à ce que notre organisation est devenue. Le passé est d’un intérêt particulier en ces temps difficiles.


« Au cours des trois dernières décennies, plus de femmes ont commencé à parler ouvertement de leurs corps, de leur sexualité et de leurs expériences au sein du système médical. Elles ont identifié des expériences qui avaient été ignorées pendant bien longtemps par les professionnels de la santé - tel l'abus et l'inceste. Elles ont parlé des piètres traitements reçus lors d'accouchements; du fait qu'elles ne connaissaient pas les ressources en cas de toxicomanie et d'abus, ou par rapport à la sexualité; du fait que des tranquilisants leur étaient prescrits lorsqu'elles recherchaient des conseils et du soutien. Le mouvement des femmes a donné à nombre d'entre elles le courage de faire entendre leurs inquiétudes et d'exiger que le système des soins de santé réponde à leurs besoins.»
Les liens font la force : la mise sur pied du Réseau Canadien pour la santé des femmes – décembre 1994

Le comité de coordination du RCSF en 1996 (devant) : Robin Barnett, Margo Fauchon et Vuyiswa Keyi-Ayema; (en arièrre) Madeline Boscoe, Marsha Forrest et Sari Tudiver.

En fait, l'idée d’un réseau canadien pour la santé des femmes remonte à bien plus de 20 ans. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, au Canada, le « mouvement pour la santé des femmes » a été ponctué de campagnes sur des enjeux importants comme la contraception et l’avortement, et sur la sensibilisation aux effets nocifs de médicaments comme la Thalidomide, le diéthylstilbestrol (DES) et le Depo-Provera. Les femmes qui les subissaient ont remis en question des pratiques d’accouchement telles que la sédation et le rasage systématiques, et le retour aux pratiques des sages-femmes s’est intensifié dans certaines régions du pays.

Les femmes ont attiré l’attention sur les milieux de travail qui compromettaient leur santé en ne tenant pas compte de leurs différences physiologiques. En 1980, un groupe de femmes de différents endroits du Canada ont constitué le « Comité pour un réseau canadien pour la santé des femmes ». Il a suscité l’intérêt, mais une initiative pancanadienne aurait été coûteuse et il était difficile de maintenir la dynamique à l’époque où Internet n’existait pas. Les compétences provinciales et territoriales en matière de santé étant solides au pays, beaucoup avaient le sentiment qu’il était plus important de bâtir des réseaux locaux et régionaux. Puis, l’élan pour un travail à l’échelle national est retombé.

Cet élan a repris (en 1982) lorsque l’organisme de développement Inter Pares, d’Ottawa, a appelé à une réunion des militantes en santé des femmes de tout le Canada, en vue de débattre d’initiatives de collaboration possibles. L’idée de créer une pièce sur les femmes et les produits pharmaceutiques a galvanisé tout le monde. La Great Canadian Theatre Company a été engagée pour monter Side Effects [Effets secondaires], une pièce fondée sur l’histoire personnelle de femmes sous médication au Canada et à l’étranger. Après une tournée dans de nombreuses grandes et petites villes du Canada anglais et un succès notable, la pièce a été traduite en français et une tournée a eu lieu au Québec. Le magazine Healthsharing, DES Action / Canada, le collectif pour la santé des femmes de Vancouver et de nombreuses autres organisations y ont participé. De nouvelles sont nées à la suite de cette pièce (comme Interaction Femmes-Santé à Ottawa et au Manitoba), donnant au mouvement et au débat sur un réseau canadien pour la santé des femmes l’énergie dont ils avaient besoin.

Au milieu des années 1980, certains ministères fédéraux ont reconnu la nécessité d’appuyer les initiatives nationales autour de la santé des femmes. Le secrétaire d’État et le ministère de la Santé nationale et du Bien-être social (aujourd’hui Santé Canada) ont fourni des fonds pour permettre d’organiser des rencontres à Toronto et Montréal. Les femmes ont créé un comité de coordination, ont discuté des principes et des objectifs et rédigé des propositions de financement. En 1989, Santé et Bien-être social Canada a approuvé le financement d’un projet sur trois ans, « Vers la mise sur pied d'un réseau canadien pour la santé des femmes ». Une enquête nationale auprès des groupes et organisations de femmes a prouvé qu’il existait un intérêt pour la construction d’un réseau. Le magazine Healthsharing a accepté de parrainer le projet.

Healthsharing a produit six éditions spéciales régionales, mettant en évidence les enjeux liés à la santé des femmes et les activités menées dans tout le pays. Les organisatrices ont également créé une base de données en vue de recenser les groupes et les ressources travaillant sur ces enjeux. Le Manitoba a joué un rôle clé de coordination en 1992, quand Interaction Femmes-Santé Manitoba et la Women’s Health Clinic [clinique de santé des femmes] de Winnipeg se sont entendus pour organiser une réunion nationale des représentantes de 60 groupes de femmes de partout au pays.

La consultation qui fixe la date anniversaire a eu lieu à Winnipeg, du 21 au 24 mai 1993, puis le Réseau canadien pour la santé des femmes a été lancé. Des femmes de tout le Canada ont assisté à cette consultation et rédigé le mandat et les objectifs du réseau. Dans les principes fondamentaux auxquels elles ont adhéré, elles ont inclus que la représentation pancanadienne tient compte de la diversité des femmes. Elles ont créé un comité de coordination et des groupes de travail, et se sont engagées à continuer de travailler sur les nombreux enjeux débattus et  les défis identifiés. 

Le reste, comme nous le disons, est notre histoire collective.

Pour découvrir d’autres moments déterminants et certains des défis relevés pour maintenir un réseau national pour la santé des femmes, surveillez la publication d’autres récits et commentaires sur cette page. Vous en apprendrez plus sur les débuts du RCSF en lisant Les liens font la force sur notre site Web.


 Voir aussi :  l'influence de Healthsharing

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