Compte rendu de livre - I Feel Great About My Hands

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Publication Date: 
mec, 2012-08-15

COMPTE RENDU DE LIVRE

I Feel Great About My Hands: And Other Unexpected Joys of Aging
Shari Graydon, Douglas & McIntyre Press, 2011

I Feel Great About My Hands
Par Anne Rochon Ford
Se voulant une réponse au livre de Nora Ephron intitulé J’ai un problème avec mon cou! et autres considérations sur la vie de femme, ce nouveau recueil de textes rassemblés par Shari Graydon est un véritable baume pour les cinquantenaires parmi nous, à qui il n’est plus nécessaire de rappeler que vieillir… n’a rien d’une partie de plaisir. Y sont réunies les paroles d’humour et de sagesse de 40 femmes de tous les horizons, dont la politicienne et militante pour l’environnement Elizabeth May, la poète Susan Musgrave, la chef d’antenne Alison Smith, la spécialiste du droit Constance Backhouse, l’écrivaine Sheree Fitch et l’ancienne sénatrice Sharon Carstairs.

Pas besoin de chercher loin pour constater que nous vivons dans une société qui voue un culte à la jeunesse et au paraître jeune. Difficile d’échapper en effet aux efforts inlassables investis par l’industrie pharmaceutique et des cosmétiques pour découvrir la cure ou l’élixir idéal pour combattre les « ravages » du temps. Comme le résume si bien Mary Walsh dans son texte, « …]ce n’est pas une époque idéale pour devenir une vieille dame en Occident, au sein de cette culture obsédée par la jeunesse, où l’on considère qu’un visage ridé est un échec moral ».

Diana Majury, professeure de droit à Ottawa, élabore sur la même idée : « L’image de la femme âgée n’est pas associée à la beauté dans notre société. On constate également en sous-main – et ce, même chez les féministes – une tendance à critiquer les femmes qui, en vieillissant, négligent leur apparence, “se laissent aller” comme on dit. On adresse des compliments aux femmes âgées qui ne paraissent pas leur âge; [et] on nous encourage à nier notre âge véritable, en recourant à des teintures pour cheveux, à des crèmes pour la peau, à la chirurgie esthétique. »

Shari Graydon a fait preuve d’audace en décidant de s’élever contre les horreurs prétendues du vieillissement et d’inviter des femmes partout au Canada à proposer un autre point de vue. Son recueil nous propose, dit-elle en introduction, « quelques bons mots »  inspirés par l’expérience de femmes qui « célèbrent les bienfaits de la maturité ». À l’instar de ses critiques précédentes de la pensée dominante en matière d’image des femmes dans les médias et de définition de la beauté, Shari Graydon aborde ce nouveau thème avec l’intelligence et la ténacité qu’on lui connaît.

Le recueil comprend quelques essais mémorables, dont certains sont d’une touchante honnêteté. Parmi ces derniers, celui de Bonnie Sherr Klein, réalisatrice et militante pour les droits des personnes handicapées, intitulé « A Work in Progress ». Elle écrit : « Le handicap confère bel et bien une certaine sagesse. Il nous fait prendre conscience de la fragilité et du caractère imprévisible de la vie… Il nous fait apprécier l’amour que nous témoignent nos proches et nos amis, la joie du moment présent. » Plus loin, elle ajoute : « J’ai appris que l’indépendance est une notion trompeuse et illusoire. Nous sommes interdépendants. Nous formons un tout. J’ai besoin de vous et vous avez besoin de moi. » Victime d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de 46 ans, Bonnie Sherr Klein réfléchit à ce qu’elle a retiré de cette expérience, soit « une confiance en ma propre capacité d’endurance et d’adaptation et, en même temps, le fait de ne plus avoir peur de la mort ».

Comme dans tout recueil de ce genre, la qualité de l’écriture est inégale d’un texte à l’autre. À titre d’exemple, même si le texte de Judy Rebick intitulé « Struggling to Become an Elder » est intéressant par son contenu, son style s’apparente à celui d’un courriel rédigé à l’intention d’une amie, plein de tournures familières comme « On prétend qu’avoir 60 ans aujourd’hui, c’est en avoir 40. Quel tas de conneries. » Le papotage a parfois sa place, mais son pouvoir d’évocation reste limité.

Par contre, le poème de Susan McMaster sur sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer est à la fois drôle et émouvant; il mérite qu’on s’y attarde. Parmi les autres textes à souligner, mentionnons « Face It » de Linda Spalding, des réflexions finement ciselées sur « les parlements du salon de beauté » de la ville où elle a grandi, et sur la nécessité d’accepter les pertes et les avantages qui accompagnent le vieillissement. Enfin, « My Last Erotic Poem », de Lorna Crozier, est un texte à la fois courageux, doux-amer et franchement comique : « Qui veut entendre parler de deux vieux schnoques en train de s’envoyer en l’air sur la banquette arrière d’une Buick, dans le cabanon du jardin sur la vermiculite ou dans la cuisine, où l’on s’attendrait plutôt à nous avoir attablés bien sagement devant une tasse d’Ovaltine? »