La désinfection et ses répercussions en aval

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Publication Date: 
jeu, 2010-09-30

Implications sexospécifiques de la présence de produits pharmaceutiques et de soins personnels dans notre eau

On trouve aujourd’hui dans les eaux de surface, les eaux souterraines1 et l’eau potable du Canada des traces de produits pharmaceutiques et de soins personnels (PPSP). On commence même à les considérer comme des polluants persistants. Leur « caractère persistant » ne serait pas seulement attribuable à leurs propriétés chimiques, qui empêcheraient leur dégradation, mais aussi à leur rejet continu et de plus en plus fréquent dans notre environnement.

Les PPSP dans l'eau potable : portée et complexité du problème

1er encadré : PPSP détectés dans des échantillons eau potable au Canada

•    Acétaminophène - analgésique
•    Benzafibrate – hypocholestérolémiant
•    Carbamazépine – Anticonvulsant
•    Enrofloxacine - antibiotique
•    Gemfibrosil – antihyperlipidémique
•    Ibuprofène – anti-inflammatoire non stéroïdien
•    Lincomycine - antibiotique
•    Kétoprofène – anti-inflammatoire non stéroïdien
•    Méclocycline - antibiotique
•    Naproxène - anti-inflammatoire non stéroïdien
•    Norfloxacine - antibiotique
•    Roxithromycine - antibiotique
•    Sulfaméthoxazole - antibiotique
•    Tétracycline - antibiotique
•    Triméthoprime -antibiotique
•    Triclosane – agent antibactérien
•    Tylosine -antibiotique

Seulement une fraction des médicaments que nous consommons sont assimilés par l’organisme. Les résidus sont rejetés avec les métabolites dans nos cours d’eau. De plus, nous évacuons quotidiennement dans nos éviers et nos baignoires les composés d’une foule de produits de soins personnels (shampooing, savons, crèmes, gels et détergents). Enfin, d’autres produits pharmaceutiques s’infiltrent aussi dans l’environnement par le biais de l’agriculture, de l’aquaculture, des effluents des hôpitaux et des usines4. Ni les installations de traitement des eaux usées, ni les stations de production d’eau potable ne sont conçues pour filtrer entièrement ces substances; elles sont rejetées pour toujours dans nos lacs, nos rivières et nos ruisseaux. Même si la concentration en PPSP dans l’environnement est très faible, des scientifiques et des décisionnaires au Canada et à l’étranger se sont inquiétés de leurs répercussions éventuelles sur les écosystèmes et la santé humaine.

La liste des PPSP détectés dans l’eau potable au Canada figure dans le 1er encadré. Comme leur détection n’est pas imposée par les directives actuelles et que leur présence n’est donc pas vérifiée dans les stations de production d’eau potable, on ne dispose pas de données de routine les concernant. Tout autour du globe, cependant, on a détecté dans l’eau potable bien au-delà de 30 différentes sortes de PPSP.

Non seulement est-il possible que nous soyons exposés de façon chronique à des traces de PPSP dans notre eau potable. Leur présence crée un deuxième problème : les PPSP peuvent réagir avec certains produits chimiques utilisés pour désinfecter notre eau et engendrer de nouvelles substances. Un très grand nombre de ces sous-produits existent déjà (plus de 600 ont été détectés). Ils sont créés lorsque des désinfectants comme le chlore entrent en contact avec des matières organiques d’origine naturelle présentes dans l’eau8. Même si les données à ce sujet ne sont pas concluantes, certaines études ont établi un lien entre l’exposition à certains sous-produits de la désinfection et une gamme d’effets néfastes pour la santé, dont certains types de cancer et de problèmes génésiques. Des recherches récentes montrent qu’une réaction entre un PPSP et un désinfectant peut engendrer des substances dont on ne connaît ni les propriétés, ni la toxicité. C’est le cas notamment des stéroïdes estrogéniques utilisés dans les contraceptifs, des anti‑inflammatoires comme l’ibuprofène, de l’agent antibactérien triclosane et des filtres à ultraviolet (UV).

La désinfection améliore la santé publique en éliminant les pathogènes présents dans l’eau potable. Néanmoins, la formation de sous-produits de la désinfection, en particulier ceux qui sont dérivés des PPSP, fait ressortir les limites des solutions techniques mises en œuvre éliminer les contaminants dans l’eau potable.

Que peut nous apprendre une analyse des influences du genre et du sexe (AIGS) sur ce problème?

Actuellement, les études menées sur les PPSP dans l’environnement ne tiennent pas compte du sexe et du genre. Pourtant, ces dimensions importantes ont une incidence sur la consommation de nombreux produits pharmaceutiques (contraceptifs, hormonothérapie, antidépresseurs, par ex.) et de soins personnels (cosmétiques, écran solaire, parfums). De plus, il est probable que l’exposition aux traces de contaminants et de sous-produits de la désinfection dans l’eau potable induise des répercussions différentes selon les sexes.

L’usage sexospécifique des PPSP

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