La désinfection et ses répercussions en aval

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Publication Date: 
jeu, 2010-09-30

Selon ce que nous enseigne le nouveau domaine de l’épigénétique, les modulateurs endocriniens interfèrent avec les signaux hormonaux de telle façon que non seulement la dose, mais aussi le facteur temps, déterminent les conséquences de l’exposition. Les altérations épigénétiques reprogramment la régulation de fonctions cellulaires vitales, ce qui permet aux organes de s’adapter aux stress présents dans le milieu, dont l’exposition aux hormones, aux médicaments et aux toxines. Ceci prépare l’organisme à surmonter des stress de même nature plus tard. Cette reprogrammation, ou empreinte génomique, s’effectue à des phases critiques (des « fenêtres ») du développement des organes. Chez l’être humain, ces périodes correspondent à la gestation, à l’enfance et à l’adolescence, le développement de l’appareil génital et du système nerveux central se poursuivant jusqu’à la fin de cette dernière. Certains agents chimiques synthétiques capables d’imiter les signaux hormonaux peuvent perturber le mécanisme d’adaptation de l’organisme, augmentant le risque de maladie plus tard dans la vie. Ainsi, une exposition à de faibles taux de modulateurs endocriniens dans l’environnement pourrait bien entraîner des répercussions sur la santé humaine. Le stade de développement jouerait un grand rôle; on suppose aussi que des interactions importantes se produisent entre ces substances.
Les raisons de s'inquiéter des effets sur la santé humaine des PPSP présents dans l’environnement ne se limitent toutefois pas aux modulateurs endocriniens. Tout composé pharmaceutique actif vise à provoquer une activité biologique précise et n’est pas destiné à être dispersé dans l’environnement. Le fait qu’il faille obtenir une ordonnance pour accéder à certains médicaments repose sur de bonnes raisons : ce ne sont pas des produits indiqués pour tout le monde et ils ne conviennent pas à un usage répandu ou prolongé. À la différence des médicaments, les produits de soins personnels ne sont pas du tout prévus pour la consommation humaine. On en sait très peu sur l’ingestion chronique de ces substances; comme dans le cas des médicaments, cependant, leur présence dans l’eau potable, même à de très faibles degrés, soulève d’importantes questions pour la santé de la population à longue échéance.

Les mesures en amont, un aspect négligé de la solution

Pour certains, la solution au problème résiderait dans l’amélioration des systèmes de traitement de l’eau potable. Même s’il s’agit en effet d’un mécanisme important pour contrôler les niveaux de PPSP, on ne peut pas se limiter à cette seule stratégie pour plusieurs raisons. Premièrement, les systèmes de traitement avancé comme l’ozonation coûtent cher; ils sont donc susceptibles de rester inaccessibles pour la plupart des municipalités canadiennes, qui continueront à dépendre du chlore pour désinfecter leur eau. Deuxièmement, même les meilleures technologies sont incapables d’extraire complètement tous les contaminants; pire, elles peuvent même engendrer de nouveaux sous-produits, un aspect dont on tient trop rarement compte au moment d’en évaluer les mérites. On a découvert, par exemple, que l’ozonation de la carbamazépine (un anticonvulsant) engendrait trois nouveaux sous‑produits inconnus jusque-là. Vu la grande quantité de nouveaux PPSP qui font constamment leur entrée sur le marché, on peut se demander si ces techniques de traitement sauront suffire à la demande.
Il faudrait plutôt jumeler les solutions « en aval » à des stratégies visant à réduire la charge des PPSP libérés dans l’environnement. Même si on ne connaît pas bien tous les risques que comportent ces substances, mieux vaut pécher par prudence et adopter une approche préventive ou « en amont ». Qui plus est, nombre de mesures peuvent être mises en œuvre immédiatement et à un coût relativement faible, si on les compare aux investissements à long terme qu’exige l’adaptation à grande échelle des stations de traitement de l’eau potable.

Quantité de PPSP remplissent une fonction essentielle et vitale, mais dans bien des cas, on pourrait réduire leur usage ou tout simplement s’en passer. La prolifération des produits antibactériens comme les savons à main sont un bon exemple; ils contiennent souvent du triclosan, une substance aujourd’hui répandue dans l’environnement, y compris dans l’eau potable. D'ailleurs, malgré leur grande popularité, les produits antibactériens pour le lavage régulier des mains ne sont pas recommandés par Santé Canada, par l’Association médicale canadienne ou par la Société canadienne de pédiatrie.

Malgré cela, les tendances actuelles en matière d’usage et de promotion des PPSP nous orientent dans une tout autre direction. Les sociétés pharmaceutiques, pour leur part, ne cessent d’inventer de nouvelles techniques de persuasion pour vendre leurs médicaments, souvent dans le cadre de campagnes ciblées qui s’adressent aux femmes et exploitent leur rôle dans la société.

Voici quelques exemples de stratégies qu’on pourrait adopter en amont :

• Réduire l’usage des produits pharmaceutiques en renforçant l’interdiction relative à la publicité directe des médicaments d’ordonnance. À l’heure actuelle, la mise en vigueur de ce règlement est terriblement inadéquate;
• Contenir la vague de résidus pharmaceutiques dans les systèmes aquatiques en multipliant les programmes de récupération des médicaments. Une poignée de provinces offrent un tel mécanisme; les autres devraient leur emboîter le pas;
• Sensibiliser les consommateurs et consommatrices, dont les jeunes, les patients, les médecins et les pharmaciens, aux conséquences des mauvaises habitudes en matière d’usage et d’élimination des PPSP; et    
• Restreindre de façon judicieuse l’usage et la promotion de certains PPSP.

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