Femmes et catastrophes

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Publication Date: 
mec, 2010-03-31

Adapté de l’article Pas seulement des victimes : les femmes en situation d’urgence et lors de désastres, publié par le groupe Les femmes et la réforme de la santé

Après le récent séisme en Haïti, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a fait la une des actualités lorsqu’il a commencé à distribuer des coupons alimentaires « pour femmes seulement ». En distribuant une aide qui s’adressait exclusivement aux femmes, les responsables de ce programme voulaient s’assurer que celle-ci atteint le plus grand nombre de personnes. Selon eux, c’était surtout les femmes qui avaient pour tâche d’approvisionner le foyer en nourriture, et elles ne parvenaient pas à accéder à l’aide alimentaire parce que de jeunes hommes les bousculaient pour passer en tête de file ou se ruaient sur les camions d’aide.

Pour la première fois, nombre de gens étaient témoins des effets engendrés par les rapports sociaux entre les sexes en contexte de désastre. Au cours des 15 dernières années, les recherches sur la question du sexe social et des désastres se sont multipliées, puisqu’il est maintenant reconnu que l’étude des influences du sexe et du genre permet de cerner les diverses forces et vulnérabilités en temps de crise et de se préparer en conséquence.

Pourquoi devons-nous penser aux femmes en situation d’urgence?

Les femmes et les hommes, les filles et les garçons peuvent vivre le même désastre, mais ils vivront probablement des expériences différentes. Par exemple, les risques pour la santé des femmes et des hommes ne seront pas les mêmes. Les femmes sont physiquement plus vulnérables aux effets des vagues de chaleur, et les femmes en fin de grossesse pourraient avoir besoin de transports spéciaux ou d’autre type de soutien dans une situation d’urgence.

Les rôles assignés à chacun des sexes et les stéréotypes influencent également la façon dont les femmes et les hommes vivent un désastre. On donne souvent aux femmes le rôle de s’occuper des malades et des blessés parce qu’on attend d’elles qu’elles soient des aidantes naturelles ou parce qu’elles sont en très grande majorité des dispensatrices de soins rémunérées. On s’attend à ce que les hommes soient physiquement plus forts que les femmes. Ils sont donc plus souvent appelés à faire les travaux pénibles dans les situations d’urgence. Selon que l’on est une femme ou un homme, les risques en période de désastre seront différents. L’épidémie de SRAS a touché les femmes et leur famille de façon disproportionnée, car elles étaient plus nombreuses à travailler dans le système de santé.

À la suite d’un désastre, ce que vivent les femmes et les hommes est bien différent. En tant que bénévoles, travailleuses rémunérées et membres de la famille, les femmes offrent un soutien affectif plus soutenu aux victimes de désastres. Bien souvent, les mesures de secours économique et de reprise des activités ne tiennent pas compte de la prédominance des femmes dans les domaines du travail informel, temporaire et à domicile, où elles créent un revenu essentiel. Les incidences économiques sur les femmes peuvent être graves lorsque la perte d’une maison signifie aussi la perte de fournitures de travail, d’un espace de travail, d’équipement, de stocks, de marchés et de marges de crédit. Non seulement les désastres touchent différemment les femmes et les hommes, mais différents groups de femmes auront des besoins différents et agiront différemment en situation d’urgence. Par exemple, les besoins des femmes âgées dans les villages métis éloignés seront certainement très différents des besoins des couples de lesbiennes à Toronto si un désastre frappait. La prévention des désastres doit prendre en compte de telles différences.Les femmes chez elles

Bien que les rôles et responsabilités au sein des ménages aient certainement changé ces dernières générations et que de plus en plus d’hommes participent directement aux travaux ménagers et à l’éducation des enfants, il est aussi vrai que ce sont essentiellement les femmes qui se chargent des corvées domestiques. Ces rôles et responsabilités ne disparaissent pas en cas de désastre. En fait, la situation devient souvent encore plus difficile. Déchirées par leur désir d’aider la communauté et de porter assistance aux voisins, les femmes cuisinent aussi pour leur famille et voisins, s’occupent des enfants, des personnes âgées et autres êtres chers sans l’équipement et les ressources dont elles disposent normalement.

Grâce à leur rôle dans leur foyer et leur communauté, les femmes connaissent bien leurs voisins. Elles savent qui court le plus grand danger, où ils vivent et ce dont ils ont besoin. Les recherches démontrent que les femmes cherchent à s’informer des dangers plus rapidement et à aider leur famille et leur communauté à se préparer dans l’éventualité d’un désastre. Il s’avère aussi que les femmes sont plus susceptibles d’alerter les autres d’un désastre imminent et de porter assistance dans le processus de rétablissement à long terme.

Après une situation d’urgence ou un désastre, et une fois la menace immédiate ou la destruction passée, cela peut prendre très longtemps avant que la population ne s’en remette. Le stress psychologique vécu par les femmes peut se manifester par de l’anxiété et une dépression, alors que certains partenaires masculins pourront faire face à la situation en devenant violents. Les appels dans les centres de violence familiale continuent pendant des mois suivant un désastre.Les femmes au travail

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