En 2006, Santé Canada recommandait de limiter l'exposition au BPA dans les contenants alimentaires avec lesquels les nouveau-nés et les nourrissons entrent en contact, notamment dans les biberons; malgré cela, il reste présent dans notre environnement. Même s’il est habituellement remplacé par le bisphénol F (BPF), on apprend dans le film que ce dernier est aussi une substance perturbatrice du système endocrinien.
2. Les perturbateurs endocriniens semblent le plus dangereux lorsqu'ils sont présents en très petites quantités. Si les obésogènes sont plus néfastes en petites doses, c'est qu'ils réussissent plus facilement à tromper les récepteurs endocriniens. Lorsque les obésogènes sont trop nombreux, les gènes du récepteur restent inactifs et aucun mal n'est fait. Ces observations bouleversent les idées reçues en toxicologie : en effet, on croyait jusqu’ici que plus la dose est grande, et plus une substance est dangereuse. Autrement dit, on pensait que c’était « la dose qui faisait le poison ». Or c'est tout à fait le contraire qui se produit avec les obésogènes.
Devançant les sceptiques, les chercheurs interviewés s'empressent de préciser que même si des substances chimiques nous prédisposent à l’embonpoint, l'exercice et l'alimentation ont toujours leur importance. Peut-être même encore davantage, si l'on songe que ces produits pourraient amplifier les effets d'une alimentation malsaine et d’un mode de vie sédentaire.
Les auteurs du documentaire admettent que l'étude de la perturbation endocrinienne est un domaine nouveau et qu'il reste beaucoup de travail à faire. L'industrie des produits chimiques n'a pas reproduit les résultats obtenus dans les recherches présentées dans le film et ses représentants ont refusé les demandes d'entrevue. Bill Mohun a indiqué, dans une entrevue suivant le lancement du film, qu'il n'avait pas réussi à trouver un seul chercheur de l'industrie prêt à défendre le point de vue de celle-ci devant la caméra et à affirmer qu'il était impossible que de très petites doses puissent avoir des répercussions sur l’être humain.
Beaucoup d'eau pourrait passer sous les ponts avant que ces découvertes sur les obésogènes influencent la réglementation des produits aux fins de sécurité du public et de prévention de l’obésité. Jusqu'ici, la plupart des recherches qui établissent un lien entre substances chimiques et obésité proviennent d'études sur l’animal. On apprend toutefois dans le film que deux études sur l’être humain sont en cours : une étude canadienne sur les substances présentes dans l'environnement des femmes enceintes et leur incidence sur leurs enfants
(Étude mère-enfant sur les composés chimiques de l'environnement), ainsi qu’une étude menée en Europe (OBesogenic Endocrine disrupting chemicals: LInking prenatal eXposure to the development of obesity later in life (OBELIX).
Quelle importance cette question a-t-elle pour les femmes en particulier?
Si l'exposition des femmes enceintes à des substances courantes prédispose leurs enfants à l'obésité, elles se verront obligées de se protéger. Cependant, est-il bien réaliste de leur demander de s’abstenir de consommer tout ce qui sort d'une conserve, d’éviter de toucher aux reçus de caisse et d'utiliser des objets de plastique susceptibles de contenir du BPA? L'exposition aux produits chimiques est un problème qu'il faut résoudre non seulement au niveau individuel, mais aussi à l’échelle sociale. Il ressort clairement des recherches de plus en plus nombreuses sur les perturbateurs endocriniens que nous devrons modifier l’usage que nous faisons des substances chimiques. Programmed to be Fat se termine sur un plaidoyer en faveur du principe de précaution. Il faudrait obliger les fabricants à démontrer hors de tout doute aux instances de réglementation que leurs produits respectent le principe du « d’abord, ne pas nuire », avant d’autoriser leur introduction dans nos vies. De plus, les responsables de la réglementation – nos gouvernements – doivent modifier leur approche en la matière.
Les perturbateurs endocriniens pourraient aussi avoir d’autres effets majeurs sur les femmes en rapport avec l'obésité. Le sujet n’est pas abordé dans le film, mais certains scientifiques ont démontré l'existence d’un lien entre substances chimiques et puberté précoce chez les filles, qui aurait une incidence sur l’apparition de l'obésité et du diabète. L’article de Sandra Steingraber sur ce sujet complexe (The falling age of puberty in U.S. girls: What we know, what we need to know) constitue une excellente introduction.
Programmed to be Fat a le mérite d'attirer l'attention du public sur un sujet important et de mieux en mieux documenté. Il nous fournit un nouvel argument à l’appui d’une surveillance étroite de toutes les substances chimiques et d’une réglementation précise les concernant, avant de permettre leur dissémination dans notre environnement.
Espérons que les responsables de la réglementation tendent l'oreille.
Obtenez des renseignements complémentaires sur le documentaire Programmed to be Fat et visionnez-le en ligne.
Pour en apprendre davantage sur l’obésité et ses répercussions sur les femmes, entre autres sur le rôle des perturbateurs endocriniens, consultez notre nouveau guide d’introduction [à paraître].
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