Les jeunes mères autochtones à Winnipeg

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Publication Date: 
mec, 2009-09-30

La recherche se penche sur les attitudes concernant le sexe et la maternité et la compréhension de ces questions

Par Jane Shulman

Les adolescentes autochtones sont quatre fois plus à risque de vivre une grossesse précoce que les adolescentes non autochtones. Selon des données livrées dans un rapport publié en 2009 par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies (CESFP), intitulé Young Aboriginal Mothers in Winnipeg [Les Jeunes mères autochtones à Winnipeg], plus de un bébé autochtone sur cinq naissait d’une mère âgée de 15 à 19 ans en 1999. En comparaison, le taux pour la population canadienne se chiffrait à un sur 20.

En plus des difficultés économiques que vivent nombre de jeunes mamans, les bébés nés de mères adolescentes sont plus exposés à vivre des problèmes de santé. Selon les chercheuses et les chercheurs, il existe certaines problématiques socioculturelles qui n’ont pas encore fait l’objet d’études approfondies.

Afin de cerner les problématiques à l’origine de cette tendance, Lisa Murdock, chercheuses au CESFP, a réalisé des entrevues et animé des groupes de discussions auxquels ont participé 28 femmes âgées de 18 à 27 ans, vivant à Winnipeg. Elle a entrepris de cerner les facteurs qui font que les jeunes filles des Premières nations et des populations métisses et inuites sont plus nombreuses à avoir des enfants que les jeunes filles non autochtones, tout en offrant aux participantes un soutien, notamment en les invitant à raconter, dans leurs propres mots, leur expérience.

Leurs connaissances en matière de sexe, avant leur grossesse, leurs perceptions de l’intimité, leurs sources d’information (si elles en avaient) concernant la grossesse et les ITS, le soutien dont elles ont bénéficié pendant leur grossesse et leurs défis en tant que jeunes mères figuraient parmi les thèmes abordés. Un accent important a été mis sur les types de programmes auxquels elles auraient eu accès s’ils avaient été offerts ainsi que sur leurs recommandations pour de futurs programmes.

Les témoignages livrés à la première personne par les femmes interviewées constituent l’un des aspects captivant du rapport de Mme Murdock et met en lumière les problématiques exposées. Les femmes qui ont participé à l’étude ont partagé leurs expériences et leurs réflexions et les témoignages livrés ne se sont pas limités à de simples narratifs.

Mme Murdock cite l’une d’entre elles, qui discute des grossesses chez les adolescentes sous l’angle de l’oppression des peuples autochtones, et parle de l’effondrement de leur structure familiale.

« Je crois que ces grossesses découlent de plusieurs facteurs : des foyers dysfonctionnels, les abus sexuels vécus pendant l’enfance, l’alcoolisme, tout. Le lien est évident. Lorsque vous vivez de tels abus, la plupart du temps, vous vous retrouvez à faire de la prostitution, vous couchez avec beaucoup de monde et vous vous retrouvez avec des enfants à un jeune âge… Vous ne pouvez pas juste dire aux jeunes d’éviter les grossesses précoces. Ça ne sert à rien. Vous devez travailler aussi sur les choses qu’ils ont vécues… Qu’est-ce qui les rend ainsi? Cela ne veut pas dire que toutes ont été abusées sexuellement, mais un taux élevé de personnes vivent dans des foyers dysfonctionnels. Elles veulent se sentir aimées et décident d’avoir un bébé à un jeune âge.  Ça fait partie alors d’un cycle. »

Dans le cadre de cette étude, les femmes ont mentionné que les différences de croyances chez les Autochtones et les non-Autochtones concernant l’avortement et l’adoption pourraient aussi expliquer les taux élevés de grossesses chez les adolescents autochtones. Une autre femme interviewée témoigne à ce sujet :

« Il y a beaucoup de filles qui veulent absolument avoir un bébé. Même très jeunes, elles veulent un enfant pour avoir quelqu’un à aimer et quelqu’un qui les aime. »

Bien que les femmes interviewées disaient qu’elles étaient heureuses d’avoir les enfants qu’elles avaient, la plupart étaient d’avis que les adolescentes n’avaient pas la maturité nécessaire pour être mères. Elles ont suggéré plusieurs stratégies de prévention, dont la mise en place d’un programme d’éducation sexuelle dès l’école primaire ainsi que des présentations dans les écoles secondaires livrées par de jeunes parents qui parleraient des obstacles à surmonter. Elles ont aussi suggéré de créer des programmes de soutien plus efficaces à l’intention des jeunes parents. Elles soulignent que la communication au sein des familles et entre les filles et les gens de leur communauté constitue l’élément clé de la prévention.

« Je dirais que c’est la prévention d’abord. C’est comme la communication avec le tuteur et les parents. Ce serait bon de montrer aux parents comment parler à leurs enfants. Et aussi d’offrir aux jeunes un cours qui leur enseignerait comment  parler avec leurs parents. Cela pourrait les aider, parce que les jeunes sont vraiment fanfarons de nos jours. Ils essaient d’être autonomes, mais ils ne le sont pas. Je pense qu’un cours qui leur montrerait comment dialoguer les uns avec les autres serait utile. »

Le rapport Young Aboriginal Mothers in Winnipeg est disponible sur le site Web du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies, au:www.pwhce.ca/youngAborigMothersMurdock.htm (en anglais).

Jane Shulman est courtière en conaissances au Réseau canadien pour la santé des femmes

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