La marginalisation par l’agrégation

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Publication Date: 
jeu, 2010-09-30

Les maladies cardiovasculaires (MCV) sont la deuxième cause de mortalité au Canada, tout juste après le cancer. Les données agrégées donnent l’impression que les MCV touchent les femmes et les hommes de façon identique : en 2000, les femmes comptaient pour 50,5 % des décès attribuables aux MCV et les hommes, pour 49,5 %. Or l’agrégation des données peut masquer des différences énormes entre les sexes. En appliquant une analyse des influences du genre et du sexe, on s’aperçoit qu’historiquement, le taux de mortalité associé aux MCV était supérieur chez les hommes, d’où la perception qu’elles touchent principalement des hommes d’âge moyen. Jusqu’à récemment, toutefois, les recherches sur les MCV ne portaient souvent que sur les hommes, ce qui expliquerait le biais actuel dans nos connaissances sur leurs symptômes et leur traitement. De nouveaux travaux ont démontré depuis que les symptômes peuvent différer selon le sexe. De nombreux groupes, dont la Fondation des maladies du cœur du Canada, organisent actuellement des campagnes de sensibilisation à ce sujet. Si l’on dispose désormais de données sexospécifiques sur les MCV, c’est que les projets de recherche ont commencé à inclure les deux sexes et à ventiler les données selon le sexe; certains scientifiques travaillent même à la mise au point d’indicateurs sexospécifiques des MCV. En d’autres termes, le fait de remettre en question l’agrégation des données a permis de révéler des sources de marginalisation autrefois invisibles. La recherche prend donc une direction nouvelle qui devrait contribuer à améliorer les soins cardiovasculaires pour tous les segments de la population canadienne.

Les maladies cardiovasculaires ne sont qu’un exemple parmi d’autres. L’agrégation des données, l’absence d’analyse des influences du genre et du sexe (AIGS) et le fait de ne pas recueillir d’emblée des données ventilées selon le sexe peuvent voiler des enjeux primordiaux pour la santé des femmes. Un constat qui soulève une question fondamentale : quels moyens les systèmes de surveillance de la santé devraient-ils employer pour recueillir, traiter et communiquer des données pertinentes en matière de santé des femmes?

Pour certains, la solution réside dans l’application d’un ensemble d’indicateurs de santé sexospécifiques (c’est-à-dire un ensemble particulier de mesures servant à décrire l’état de santé chez les femmes). D’autres avancent qu’il est possible d’améliorer les indicateurs actuels pour faire en sorte qu’ils tiennent mieux compte des variations entre les sexes et de les assortir de mesures qui permettraient de dresser un portrait plus juste de la santé des uns et des autres. Le développement de ces deux courants de pensée est décrit dans un document récent du Centre d’excellence pour la santé des femmes de la Colombie-Britannique, intitulé Canadian Women’s Health Indicators: An Introduction, Environmental Scan, and Framework Evaluation [Ìndicateurs de la santé des femmes au Canada : introduction, état des lieux et cadre d’évaluation ]. On y retrace l’évolution des indicateurs de santé des femmes au cours des vingt dernières années, en recensant les travaux menés sur le sujet par plusieurs organismes clés du domaine de la santé des femmes. Les lacunes en matière d’information sur l’état de santé des femmes canadiennes ont commencé à retenir l’attention vers le milieu des années 1990. À l’époque, le Laboratoire de lutte contre la maladie avait en effet constaté un manque de données en ce domaine, ce qui avait incité Santé Canada à créer le Comité consultatif pour la surveillance de la santé des femmes et à lui confier le mandat de faire avancer ce dossier. Le travail du comité fut nourri par les contributions de chercheuses en santé des femmes actives à l’échelon national, provincial et régional. Leurs recommandations ont orienté les initiatives subséquentes, dont la mise au point d’indicateurs de santé des femmes, l’élaboration d’indicateurs sensibles au sexe et au genre ainsi que tout un éventail de projets entrepris par des chercheuses canadiennes et d’autres parties intéressées.

Étalée sur plusieurs années, l’Étude POWER (Projet d’élaboration du Rapport basé sur des données probantes de l’Ontario sur la santé des femmes) compte parmi les projets promoteurs de changement en ce domaine. L’équipe qui pilote le projet s’emploie à la préparation d’un vaste rapport visant à analyser les données actuelles sur la santé en vue de faire ressortir les différences entre les sexes et entre différents groupes de femmes (www.powerstudy.ca). Son travail se fonde sur un ensemble exhaustif d’indicateurs factuels et sur des facteurs distinctifs comme le statut socioéconomique, l’origine ethnique et le lieu géographique. L’étude POWER offre un examen approfondi des principaux facteurs responsables de la morbidité et de la mortalité chez les femmes, dont : le fardeau de la maladie; le cancer; la dépression, les maladies cardiovasculaires et l’accès aux soins de santé. Chaque thème fait l’objet d’un rapport distinct reposant sur une analyse fouillée des données sur la santé des femmes, où domine un fort souci de refléter la diversité des expériences d’une sous-population à l’autre en Ontario. L’étude POWER s’appuie sur un cadre de mesure de l’efficacité et de signalement des disparités attribuables au genre et au statut socioéconomique en matière de santé et de soins, destiné à servir d’outil de transfert des connaissances.

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