Naître parmi les siens

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Publication Date: 
jeu, 2011-03-31

Lorsque les sages-femmes se sont installées à Arviat, la ville avait commencé la construction d’un centre de naissance séparée du centre de santé communautaire. Pourquoi cet espace était-il considéré comme une priorité?
Il nous semblait important d’associer l’accouchement et la naissance au bien-être, plutôt qu’à la maladie. Nous voulions disposer d’un bâtiment séparé, à l’extérieur du centre de santé surachanlandé; un espace sécuritaire où tout n’est pas axé sur la maladie. C’est l’un des commentaires les plus fréquents que nous faisaient les femmes à ce sujet. Notre population connaît les mêmes problèmes de santé chronique que d’autres communautés du Nord, comme la tuberculose et les maladies respiratoires. Pour une femme enceinte, l’idée d’accoucher dans un petit centre de santé où l’on traite toutes ces maladies est préoccupante.

Vous avez parlé de la famille. Quel rôle les sages-femmes ont-elles joué à cet égard?
Elles ont créé un espace ouvert aux hommes et au rôle qu’ils pouvaient assumer. Si vous êtes une femme et que vous devez passer un examen de santé, votre compagnon ne peut évidemment pas subir les tests pour vous. Malgré tout, les pères et les maris peuvent faire quelque chose pour que la grossesse se passe bien. Les sages-femmes leur parlaient de ce qu’ils pouvaient faire pour appuyer leur compagne : d’alimentation, du développement de l’enfant, de la préparation à l’accouchement. On leur parlait du comportement à adopter, des façons d’aider. La présence des sages-femmes a vraiment contribué à accroître leur implication. Notre souhait, c’est que la naissance redevienne une célébration familiale, plutôt qu’un simple rendez-vous dans un centre de santé. On sentait à l’époque davantage de soutien mutuel, parce qu’il s’agissait d’un projet collectif, d’un événement qui concernait toute la communauté.

Que font les familles pour s’adapter lorsque les mères doivent s’absenter pour recevoir des soins dans le Sud?
L’absence de la mère crée beaucoup de stress. D’abord, si on a des enfants, on ne peut pas toujours compter sur un service de garde; cela dépend de leur âge, car il y a des listes d’attente. Le père ne peut donc pas toujours les confier à une garderie. De plus, il y a la question du coût; n’oubliez pas que le salaire de la mère est souvent réduit en raison du congé de maternité. Par conséquent, ce sont des membres de la famille qui doivent s’occuper des enfants. Parfois le papa doit assumer le rôle de la maman et devenir par le fait même un parent seul, parfois sans réseau de soutien. S’il s’occupe des enfants, il ne peut pas partir à la chasse et ramener des aliments locaux. Cela signifie être obligé de s’approvisionner à l’épicerie, où les produits coûtent cher et ne sont pas aussi bons pour la santé.

Ce sont des choses auxquelles les mères pensent, lorsqu’elles se retrouvent à Winnipeg dans un centre d’hébergement devant une télé et pas grand-chose à faire. Elles s’inquiètent énormément; elles ont peu d’argent ou pas du tout, ce qui complique la vie quand il faut prendre un taxi, par exemple. Et ce n’est pas toujours facile de joindre ses proches quand ceux-ci n’ont pas le téléphone. Certaines femmes finissent par téléphoner à la station de radio locale pour tenter de transmettre des messages à leur famille.

Qu’en est-il des consultations pré- et postnatales pendant les deux mois pendant la naissance? Qui s’en occupe?

Nous sommes censés disposer d’un personnel de sept infirmières, mais il en manque toujours quelques-unes; en ce moment, elles ne sont que cinq. Ce sont elles qui s’occupent des consultations. Toutefois, les services que les femmes enceintes recevaient auparavant (information sur les soins, l’alimentation, l’exercice physique, la santé et les bienfaits de l’allaitement) ont été remplacés par les examens élémentaires d’usage et la prescription de comprimés de fer.

Quelle incidence la situation a-t-elle sur la prestation de soins au reste de la communauté?
Nous n’avons aucun poste dédié à la santé mentale, si bien que ce sont les mêmes infirmières qui s’en occupent. C’est une lourde tâche : quarante personnes reçoivent des médicaments injectables et soixante autres par voie orale. Tous les problèmes de santé publique retombent sur le centre de santé, notamment la tuberculose, les maladies respiratoires. Les membres du personnel ne peuvent pas faire de prévention, car ils n’ont ni le temps ni les ressources. De plus, le poste d’infirmière des soins communautaires et à domicile est vacant depuis quatre ans; celles qui sont sur place prennent donc la relève. En principe, les responsables de la santé communautaire devraient s’occuper de santé publique, mais ils sont tellement accaparés par d’autres tâches qu’ils ne sortent pas sur le terrain bien souvent. C’est la même chose dans le cas de la préposée aux soins maternels. Elle participe parfois à la vaccination des enfants, mais elle ne fait pas de visites à domicile et ne reçoit pas ceux-ci en consultation pour vérifier leur état de santé.

Le taux de natalité élevé est l’une des raisons pour lesquelles l’établissement d’un centre de naissance à Arviat était devenu si important. La communauté s’en inquiète-t-elle?

Oui, c’est un sujet dont nous avons discuté avec les sages-femmes. On constate un intérêt pour la planification familiale dans la communauté et les écoles secondaires. Elles étaient disposées à consacrer un peu de temps à la santé sexuelle, même si ce dossier de santé publique dépassait le mandat du centre de naissance comme tel. C’est le genre d’occasions que nous avons ratées.

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