Y a-t-il des avantages pour les femmes enceintes à prendre des antidépresseurs?

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Publication Date: 
mec, 2009-09-30

Par Jane Shulman

Les femmes en Amérique du Nord sont plus nombreuses que jamais à prendre des antidépresseurs. La communauté médicale a longtemps conseillé aux femmes d’éviter de prendre des médicaments pendant la grossesse. Aujourd’hui, un autre message est de plus en plus diffusé. Les femmes qui prennent des antidépresseurs et qui se retrouvent enceintes sont invitées à poursuivre leur médication, et les médecins prescrivent des antidépresseurs aux femmes enceintes qui présentent des symptômes de dépression. L’hypothèse qui justifie cette position est la suivante : les risques potentiels qu’infligent les antidépresseurs aux femmes et aux fœtus sont moindres que les risques qui découlent d’une absence de traitement dans les cas de dépression. Toutefois, existe-t-il réellement des preuves confirmant les bienfaits de ces médicaments chez les femmes enceintes, et ces bienfaits sont-ils plus importants que les risques potentiels encourus?

Dans le cadre d’un webinaire qui a été offert par le Réseau canadien pour la santé des femmes en octobre dernier et qui a enregistré un fort taux de participation, Barbara Mintzes, Ph. D., s’est entretenue de l’histoire des médicaments d’ordonnance dans les cas de grossesse et du débat actuel lié à cette question. Mme Mintzes est professeure adjointe au Département de pharmacologie et de thérapeutique de l’Université de la Colombie-Britannique. Elle est également membre du Centre for Health Services and Policy Research de la même université, et membre du comité directeur d’Action pour la protection de la santé des femmes. Mme Mintzes et ses collègues sont au fait de l’information conflictuelle qui circule concernant l’innocuité et les bienfaits des antidépresseurs de la catégorie des inhibiteurs spécifiques du recaptage de la sérotonine (ISRS) (comme Prozac, Paxil et Effexor), administrés pendant la grossesse.

Ce que nous savons, c’est que les antidépresseurs sont prescrits aux femmes enceintes pour une « utilisation non indiquée », ce qui signifie qu’ils sont prescrits pour une utilisation autre que celle recommandée. Selon Mme Mintzes, « les antidépresseurs ne sont pas approuvés pour une utilisation chez les femmes enceintes, ni au Canada, ni dans d’autres pays ». Bien qu’on interdise aux sociétés pharmaceutiques de promouvoir leurs produits pour une « utilisation non indiquée », les médecins peuvent prescrire n’importe quel médicament pour n’importe quel usage, une fois qu’il est sur le marché.

La nécessité de faire preuve de prudence en ce qui a trait à l’utilisation de médicaments pendant la grossesse est généralement reconnue, en raison des énormes ravages causés par deux médicaments : le Thalidomide et le Diethylsilbestrol (DES), des substances qui ont produit des effets catastrophiques sur les enfants nés de femmes qui les ont consommés pendant une grossesse. Dans le cas de la Thalidomide, certains bébés sont nés avec d’importantes déficiences congénitales. Quant au DES, il a entraîné une augmentation des taux de cancer et des problèmes de reproduction chez les femmes adultes qui ont été exposées au médicament avant leur naissance. Les fils des mères qui ont pris du DES affichent également des taux plus élevés d’anomalies aux organes génitaux. De plus, des taux supérieurs de cancer du sein ont été relevés chez les femmes qui ont pris du DES pendant leur grossesse.

Ces catastrophes, note Mme Mintzes, ont mis en lumière le fait que la consommation de médicaments pendant la grossesse peut entraîner à long terme des effets délétères imprévisibles. En tenant compte de cette réalité et des avis contraires que les femmes reçoivent concernant l’utilisation d’ISRS pendant leur grossesse, Mme Mintzes et ses collègues ont décidé de passer au crible les études qui ont été faites pour déterminer s’il existait vraiment des preuves confirmant les bienfaits de ces médicaments chez les femmes et leurs bébés.

Tout médecin qui prescrit des médicaments doit soupeser les bienfaits potentiels et les possibles effets nocifs. Les médicaments doivent donc être testés systématiquement avant d’être approuvés et mis en marché. Dans le cas d’une « utilisation non indiquée », comme c’est le cas pour les antidépresseurs prescrits aux femmes enceintes, la société pharmaceutique qui met le médicament en marché n’a pas l’obligation de fournir au gouvernement une preuve scientifique démontrant un bienfait particulier lié à cette utilisation. Il se peut que cette preuve existe ou n’existe pas. Tous les médicaments peuvent générer des effets nocifs ainsi que des bienfaits, et un médicament ne doit être consommé que s’il existe de solides données scientifiques prouvant que les bienfaits excèdent les préjudices.

Mme Mintzes a œuvré avec Patricia Fortin, conseillère en recherche pour la Therapeutics Initiative, un groupe d’évaluation de médicaments, Jon Jureidini, professeur associé au Département de psychiatrie de l’Université Adelaide, et Tim Oberlander, professeur de pédiatrie à l’Université de la Colombie-Britannique. Principalement financée par le Bureau pour la santé des femmes et l’analyse comparative entre les sexes de Santé Canada, cette équipe a examiné systématiquement toutes les études comparant les femmes atteintes de dépression qui prenaient ou ne prenaient pas des antidépresseurs pendant une grossesse, pour ensuite en évaluer les résultats.

Leur conclusion? Après une recherche exhaustive de toutes les études publiées et non publiées dans le monde et malgré les nombreuses déclarations promouvant l’utilisation des antidépresseurs, l’équipe n’a trouvé aucune preuve scientifique confirmant les effets bénéfiques des antidépresseurs de catégorie ISRS chez les femmes et leurs bébés.

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