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Publication Date: 
jeu, 2011-03-31

l’entrevue motivationnelle pour les troubles de l’alimentation

par Stephanie Cassin

Malgré les recherches à profusion sur le traitement des troubles de l’alimentation et la disponibilité croissante des traitements fondés sur un raisonnement empirique dans la communauté (p. ex., la thérapie cognitivo-comportementale), les troubles de l’alimentation ont toujours la réputation d’être difficiles à traiter. Dans cette optique, peut-être vous demandez-vous  all of the recent developments in the treatment of eating disorders,pourquoi certaines femmes développent des troubles chroniques de l’alimentation qui ne semblent répondre à aucun traitement, ou encore pourquoi certaines femmes rechutent après avoir suivi un traitement en apparence réussi. Une explication possible est que pour une multitude de raisons valables, toutes les femmes qui recherchent un traitement pour traiter un trouble de l’alimentation ne sont, en fait, pas toujours disposées au changement. La technique d’entrevue motivationnelle est une brève intervention qui a été conçue pour mettre en lumière cet aspect. 

Comme professionnels des soins de la santé, nous présumons souvent que les personnes cherchent un traitement pour les raisons suivantes : 1) elles se soucient de leur condition physique ou mentale; 2) elles sont prêtes à faire un certain changement qui pourrait apaiser la douleur physique ou émotionnelle. Par exemple, nous pouvons penser qu’une femme qui se présente pour le traitement de l’anxiété ou de la dépression souffre de ces symptômes et souhaite apprendre quelques techniques d’adaptation ou prendre une médication quelconque pour atténuer l’anxiété ou ses humeurs. Avec un peu de chance, nos hypothèses se confirment, le traitement a lieu, les symptômes sont diminués et la qualité de la vie s’améliore. Avec beaucoup de chance, ces améliorations persistent avec le temps. 

Le traitement des troubles de l’alimentation peut poser quelques défis particuliers, en partie parce que les hypothèses que nous avançons habituellement ne tiennent souvent pas la route. 

Première hypothèse :  Les femmes se présentent pour le traitement d’un trouble de l’alimentation, car elles se soucient de leur santé physique ou mentale.

Cette hypothèse peut nous amener à faire fausse route, car certaines femmes aux prises avec un trouble de l’alimentation sentent que le comportement associé au trouble correspond à leurs valeurs et à leur image de soi. Par exemple, une femme souffrant d’anorexie mentale peut délibérément limiter son apport calorique et faire de l’exercice à l’excès afin d’atteindre un faible poids corporel pour correspondre aux modèles dont on fait abondamment la promotion dans les médias grand public. Pour elle, un physique ultra mince peut être signe de volonté plutôt qu’un signe de perturbation psychologique. Les critères diagnostiques liés aux troubles de l’alimentation précisent que les personnes souffrant d’anorexie « refusent » de maintenir un poids minimal normal et « nient » la gravité de leur faible poids corporel. Certaines femmes se présentent pour le traitement d’un trouble de l’alimentation, et non pas parce qu’elles se préoccupent de leur santé physique et mentale, mais plutôt parce que les personnes qui les entourent, la famille et les amis se font du souci ou sont frustrés et insistent pour qu’elles aillent chercher de l’aide.

Deuxième hypothèse : Les femmes qui se présentent pour le traitement d’un trouble de l’alimentation sont prêtes à apporter des changements. 

Cette hypothèse peut poser problème, car même les femmes qui se préoccupent de leur trouble d’alimentation et qui croient qu’il est important de changer peuvent sentir qu’elles ne sont pas prêtes à modifier leur comportement dans l’immédiat. Les symptômes liés à un trouble de l’alimentation, comme la frénésie alimentaire ou l’exercice à l’excès, servent souvent d’importantes fonctions — notamment la régulation des émotions, le plaisir, l’évacuation du stress et la récompense — et une femme peut ne pas être prête à modifier ses comportements alimentaires ou physiques avant l’acquisition d’aptitudes d’adaptation pour assurer ces importantes fonctions. Sur la même lancée, elle peut manquer de confiance dans sa capacité à initier et à maintenir des changements de comportement, particulièrement si elle a déjà eu de la difficulté à en maintenir par le passé.

Toute personne ayant déjà travaillé avec des femmes souffrant de troubles de l’alimentation ou tout autre trouble qui, d’ailleurs, assure une importante et précieuse fonction, vous dira que les tentatives de recommandation de changements aux personnes qui ont une position ambivalente à cet égard sont habituellement reçues avec résistance. Or, comment peut-on mettre de côté ces hypothèses et travailler efficacement avec cette ambivalence plutôt que d’aller à contre-courant?

L’entrevue motivationnelle est une technique qui a été conçue dans le domaine des dépendances, et depuis, elle a été adaptée au traitement des troubles de l’alimentation en raison de la similitude de certains symptômes et de l’ambivalence à l’égard du changement. L’entrevue motivationnelle est essentiellement un travail collaboratif sur le changement qui évite l’argumentation et qui se répercute sur la résistance et l’ambivalence. Elle vise à obtenir et à explorer les propres arguments d’une personne pour le changement afin de renforcer la motivation personnelle et l’engagement face au changement. Les arguments pour le changement ont plus de poids lorsqu’ils sont verbalisés par le patient plutôt que par le professionnel de la santé, les membres de la famille ou les amis.

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