par Glenda Doerkson
Je suis infirmière depuis plus de trente ans et j'adore mon métier. Plus qu'un travail que l'on exécute de neuf à cinq, il s'agit d'une identité.
Nous sommes des pourvoyeuses de soins, des conseillères médicales en chef au sein de notre famille ainsi qu'une source d'aide pour nos amis et même pour les étrangers.
Il n'y a rien de plus gratifiant que de savoir qu'on a aidé quelqu'un à traverser une période difficile ou de placer un nouveau-né dans les bras d'une mère émerveillée. Cela vaut le travail par quarts, le soir et les week-ends ainsi que les Noëls manqués avec nos familles.
Pour toutes ces raisons, j'aimerais vraiment pouvoir dire quelque chose de favorable au sujet de l'impact de la réforme de la santé sur la pratique infirmière. Mais c'est impossible.
On ne nous a jamais conviées à participer au processus, en dépit du fait qu'à titre d'intervenantes de première ligne, nous sommes le plus important groupe à être affecté par les changements.
Laissez-moi vous faire part de mon expérience. Infirmière autorisée, j'ai travaillé pendant seize ans au service de l'obstétrique (naissances) d'un important hôpital rural du Manitoba.
Comme la plupart de nos patientes étaient adolescentes et célibataires, les infirmières du service mirent sur pied un programme de formation sur la famille destiné à aider les nouvelles mamans à devenir de bons parents. Au bout du couloir se trouvait le service de chirurgie, toujours bourdonnant d'activité, et juste au-dessous de nous un tout nouveau service de pédiatrie. Tous deux étaient dotés d'infirmières hautement qualifiées et entièrement dévouées.
Les services furent fusionnés, des lits ajoutés pour la chimiothérapie et le personnel infirmier fut réduit du tiers. Nous avons depuis connu six séries de changements de personnel, notamment des suppressions de postes et des supplantations.
Celles d'entre nous qui sont restées sont obligées de travailler dans les trois services, sans orientation adéquate. De plus, en raison de la nouvelle politique de séjour écourté à l'hôpital, le nombre de cas graves à tout moment a augmenté de façon aiguë.
Il est impossible de posséder une expertise dans tous ces domaines à la fois. Résultat, nous avons perdu plusieurs excellentes infirmières et celles qui restent sont épuisées.
De nos jours, les infirmières se sentent dévaluées, frustrées et fatiguées. Il n'y a plus de temps (ni d'argent) à consacrer à l'aspect de leur profession qui consiste à prodiguer des soins ou à éduquer les patients.
Le découragement est à son comble.
Les infirmiäres à temps plein et celles à temps partiel travaillent un grand nombre d'heures supplémentaires.
Aujourd'hui, parmi les 260 000 infirmières autorisées qui pratiquent au Canada, seulement 4000 ont moins de 25 ans, et l'âge moyen des infirmières canadiennes est de 47 ans. Ce n'est pas à une pénurie d'infirmières que nous faisons face dans ce pays, mais bien à une crise. Nos corps, affaiblis par l'âge, cèdent sous la pression.
Existe-t-il une possibilité de changement? Oui.
Il faut faire quelque chose pour que la pratique infirmière redevienne la profession gratifiante et satisfaisante qu'elle fut jadis. Les salaires et les conditions de travail doivent être améliorés afin de rendre ce métier attrayant pour les jeunes.
L'année dernière, l'Université du Manitoba comptait 100 places vides dans son cours de niveau d'entrée en sciences infirmières. De surcroît, la plupart des étudiantes inscrites au programme prévoient aller travailler aux Etats-Unis.
Le gouvernement du Manitoba a créé un fonds de sept millions de dollars dans le but de faire revenir les infirmières dans la province. Mais tout l'argent du monde en frais de déplacement ne réussira jamais à convaincre les infirmières de revenir si nous ne remédions pas aux problèmes qui constituent la cause première de leur départ.
Glenda Doerkson, infirmière autorisée, travaille au Dauphin Regional Health Centre. Son article a été rédigé à partir d'une présentation qu'elle a faite dans le cadre d'un forum tenu à Winnipeg, au Manitoba, intitulé Health Reform for Women: Opportunities for Change.
Avril 1998 : Le Syndicat des infirmières et infirmiers du Manitoba compte plus de 5100 membres.
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