par Anne Rochon Ford
Le véritable enjeu pour les femmes est de reconnaître que seule la prise en compte de la réalité des femmes dans son ensemble pourra réellement permettre aux femmes de faire des choix et de prendre des décisions en toute liberté. Karen Seabrooke de Inter Pares (Ottawa) dans un commentaire à la CBC, lors de la conférence du Caire en 1994.
Nous voici donc, cinq ans après la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) du Caire. Cette année sera celle où le Canada participera, avec d'autres pays, à la séance spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies du mois de juin prochain, dont l'objectif sera d'examiner le progräs accompli par les gouvernements relativement à la mise en uvre du Programme d'action durement gagné du Caire.
Le Canada affiche une piätre performance à ce chapitre.
Le Programme d'action du Caire a reconnu le renforcement de l'autonomie de la femme dans toutes les sphères de ses activités comme un moyen de protéger et de promouvoir la santé des femmes. Le Programme a reconnu également que la santé génésique constituait une question de droit de la personne.
Le Canada est non seulement signataire du Programme d'action, mais a aussi joué un rôle déterminant dans les négociations menant au consensus final adopté sur les questions les plus épineuses. Malheureusement, depuis ce temps, le Canada ainsi que bon nombre des autres pays signataires (principalement de l'hémisphäre nord) n'ont que très peu contribué, sur le plan politique, à consolider cet engagement.
Au-delà de ce manque d'engagement général s'impose une évaluation critique sérieuse quant à l'attention qui est portée à la santé génésique en dehors de tout contexte social.
Au nom du progrès, on s'efforce de trouver des solutions médicales et technologiques aux problèmes liés à la santé génésique à travers le monde, alors que les causes de ces problèmes ne sont pas prises en considération.
Les militantes et autres intervenantes/intervenants pour la santé des femmes ont fait part de leurs inquiétudes face à la situation internationale, quant à l'existence d'une "double mesure" pour les femmes du "Sud" (des pays en voie de développement) et les femmes du "Nord" (des pays industrialisés).
Ils soulignent que lorsque se tiennent des débats internationaux sur les populations et le développement, l'accent est mis sur le contrôle démographique dans les pays de l'hémisphère sud.
Les problèmes graves de surconsommation des pays de l'hémisphère nord ne font pas l'objet de débats.
Les pays industrialisés ainsi que le Fonds des Nations Unies pour la population appuient desprogrammes qui s'adressent aux femmes vivant dans la pauvreté et qui offrent nourriture, argent et vêtements en échange de leur consentement à la stérilisation ou à l'usage de méthodes contraceptives diverses, dont certaines ne seraient pas sans danger.
La fécondité semble peráue par de nombreux militants en faveur du contrôle démographique comme une maladie qu'il faut "soigner".
Par contraste, pour la majorité des femmes de l'hémisphère nord, la fécondité est perçue comme sacrée et à ce titre, des sommes considérables sont dépensées en vue d'aider ces femmes à concevoir. Par exemple, au Québec, les femmes ont droit à des mesures incitatives favorisant l'augmentation de la famille.
Simultanément, au sein même du Canada et dans d'autres pays de l'hémisphère nord, certains groupes de femmes (femmes autochtones, femmes handicapées) sont soumis à des pratiques de contrôle démographique semblables à celles qui ont cours dans les pays en voie de développement.
Une séance d'information de deux jours s'est tenue à Hull au début de février afin de préparer les fonctionnaires fédéraux qui se rendront à la séance spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies en juin, et à une rencontre préparatoire qui aura lieu à New York en mars.
La première journée s'est déroulée à l'intention des organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant sur les questions liées aux populations et à la santé des femmes. Cette journée était organisée par Action Canada pour la population et le développement, une ONG financée par le gouvernement, et créée à la suite de la conférence du Caire.
La deuxième journée était organisée par le ministère fédéral des Affaires étrangères et du Commerce international.
Les militantes pour la santé des femmes provenant de toutes les régions du pays et qui ont assisté à ces deux journées de rencontres ont exprimé leur inquiétude à l'effet que le processus de consultation avec les ONG n'avait été, à toutes fins utiles, que "symbolique", et que la contribution du gouvernement au suivi de la conférence du Caire avait été minime depuis cinq ans.
Le Canada n'a établi aucun plan d'action sur la façon de mettre en oeuvre le Programme d'action du Caire.
Il semble que nous ayons encore beaucoup à faire.
Anne Rochon Ford est journaliste indépendante à Toronto et l'une des membres fondatrices du Réseau canadien pour la santé des femmes.
Suggestions de lecture :
"In the Name of Development: Exploring Population, Poverty and Development" by Rita Parikh (en collaboration avec le personnel de Inter Pares), Ottawa : Inter Pares, 1995
"Population Policies: Official Responses to Feminist Critiques" par Ines Smyth, document de travai no 14 du Centre for the Study of Global Governance, London School of Economics, Londres (R.-U.), 1995
" A Canadian Women's Report on Canadian Policies and Practices areas of Reproduction, Population and Development", par le Canadian Women's Committee on Reproduction, Population and Development, août 1994.
"The Cairo Consensus: The Right Agenda for the Right Time", par Adrienne Germain et Rachel Kyte, New York : International Women's Health Coalition, 1995
"Reproductive health A public health perspective", par Imrana Qadeer dans Women's Global Network for Reproductive Rights Newsletter 64, 1998, no 4
" Pour la premiäre fois depuis la fin de la guerre froide, en fait, depuis la fin de a Deuxième Guerre mondiale, nous abordons simultanément des questions étroitement et profondément liées à nos valeurs, nos principes religieux, nos croyances et aux coutumes de ce monde."
Discours de clôture de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) des Nations Unies, tenue au Caire en 1994, par Amre Moussa, ministre des affaires étrangères d'Egypte.
>>>Voir La Marche mondiale des femmes
Les plus récents
À propos du RCSF Nouvelles et Articles Ressources Votre Santé Joignez-vous à nous!
© 2012 Le Réseau canadien pour la santé des femmes.

Le Réseau canadien pour la santé des femmes et les Centres d'excellence pour la santé des femmes reçoivent une aide financière de Santé Canada par l'entremise du Programme de contribution pour la santé des femmes. Les opinions exprimées ne reflète pas nécessairement la politique officielle de Santé Canada.
