Editorial: Les Instituts canadiens de recherche en santé profiteront-ils aux femmes?

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par Madeline Boscoe

Le déclin des budgets destinés à la recherche en santé et la montée en flèche de la "recherche" en milieu commercial privé ne sont pas sans nous préoccuper. Nous savons que la recherche, et plus particulièrement la recherche participative utile, nous aide à obtenir un réseau de santé et de services connexes réellement apte à améliorer notre capital santé et notre statut social.

Les Instituts canadiens de recherche en santé (ICRS) se voyaient récemment offrir une subvention du gouvernement fédéral à l'appui d'une coordination et d'un soutien à la recherche en santé au Canada. Dans ce contexte, les ICRS prévoient l'implantation d'un bout à l'autre du pays de 10 à 15 instituts de recherche aux vocations variées.

Les ICRS se retrouvent donc en excellente position pour contribuer à la progression de la recherche en santé. Néanmoins, ceux-ci n'étant qu'à leurs débuts, il est très inquiétant de constater le peu d'envergure accordé à la santé des femmes.

Au départ, il avait été décidé de regrouper toutes les facettes touchant la santé des femmes sous un même "institut"--celui voué aux soins à la mère et à l'enfant.

Le fait de reléguer la femme aux domaines de la périnatalité et de la puériculture démontre bien le faible niveau de sensibilisation rgnant face au recours à l'appartenance sexuelle comme facteur déterminant en matière de santé. Aussi, en dépit de tous les pourparlers pouvant exister à propos d'éventuels partenariats avec des organismes non gouvernementaux, les ICRS se montrent en vérité bien peu, voire même aucunement enclins à travailler avec la recherche communautaire ou participative.

Il est également fort probable que le financement accordé aux ICRS penchera en faveur de la recherche biomédicale. Ceci, bien sûr, est un facteur de taille à considérer puisque la biologie n'est pas seule à agir sur notre état de santé.

Une coalition des Centres d'excellence pour la santé des femmes (en collaboration avec le RCSF) a écrit au Groupe de travail des ICRS pour souligner que non seulement devrait-il-y avoir un institute voué à la santé des femmes au sens large du terme mais que tous les autres instituts doivent aussi tenir compte de la dimension d l'appartenance sexuelle.

Depuis lors, l'une des directrices des Centres, Lorraine Greaves de la Colombie-Britannique, fut invitée à devenir membre du Comité directeur des ICRS.

Malgré cette victoire, la bataille est toutefois loin d'être gagnée.

Lorsque nous vous parlions des changements envisagés à la Direction générale de la Protection de la Santé--DGPS dans le numéro de Réseau paru l'automne dernier, nous aurions pu aussi vous parler des militantes de la santé des femmes qui surveillaient le processus. Nous ne pouvons cependant pas en dire autant pour ce cas-ci. Il semble qu'aucun autre groupe ne suit l'évolution du dossier de près si ce n'est les Centres d'excellence qui ont réussi à s'y frayer une place.

Nous nous devons d'agir.

Les voix critiques doivent davantage être entendues pour que la recherche dans le domaine de la santé des femmes puisse vraiment avancé.

Madeline Boscoe
Coordonnatrice exécutive
Le Réseau canadien pour la santé des femmes