par Laura J. Buchan
Renverser l'ordre établi peut et devrait être amusant. Marily Wann tient le pari avec brio dans son nouveau live FAT!SO?. Wann, militante de la fierté obèse, publie son propre magazine et a créé un site Web du même nom (http://www.fatso.com). Cette approche multimédia, elle l'adopte aussi dans son livre, qui s'avère un véritable festin pour les yeux.
Au bas de chacune des pages sont inscrits de courts messages aidant à voir la vie de manière positive ("T'inquiète pas si ça bouge" et "Achètes-toi un miroir pleine longueur et sers-toi de ses pouvoirs pour faire le bien, pas le mal"). Partout dans le livre sont dispersés ça et là des vérités qui font réfléchir et des images qui ne manquent pas d'insolence.
Autre élément récurrent : les leçons d'anatomie. Comme dans une galerie, on expose des images de parties du corps humain (de personnes réelles ordinaires, pas de corps parfaits comme on voit à la télévision). Pour les amateurs d'artisanat, il y a la Vénus de Willendorf en poupée de papier dans un ensemble comprenant neuf tenues accompagnées d'accessoires.
Wann utilise tous ces éléments et plus encore pour faire l'analyse systématique de la désinformation qui a cours sur l'obésité, et sur les conséquences de cette désinformation sur les plans social, économique et de la santé. C'est sur le plan de la santé que l'analyse est la plus alarmante. Non seulement Wann remet-elle en question le mythe voulant que
obésité=mauvaise santé, elle confronte également le fait que bon nombre de personnes obèses reçoivent des soins de santé de moins bonne qualité et même évitent de consulter un médecin à cause d'expériences vécues auprès d'intervenants médicaux davantage préoccupés de leur poids que de leur santé.
Parmi les propos les plus troublants contenus dans ce livre, il y a ceux qui traitent de la rage qu'éprouvent les personnes obèses : la rage tournée vers l'extérieur (le cas de l'homme qui en vient à battre les gens qui l'agacent sur son poids) et la rage tournée vers l'intérieur (gastroplastie, troubles alimentaires, suicide).
Malgré la nature sérieuse de son livre, Wann ne désespère pas. Au contraire, elle conserve une perspective positive et pleine d'assurance, et indique au lecteur comment faire de même. Son récit est parsemé d'histoires à succès vécues par des personnes obèses et d'attitudes positives à prendre face à l'obésité, telles que se débarasser du pèse-personne ou se
réapproprier le mot "obèse" et ne pas hésiter à s'en servir. Ce ne sont là que de petite victoires, il est vrai, mais elles peuvent contribuer substantiellement à un véritable changement social.
Je veux que tous lisent ce livre, obèse ou mince, homme ou femme. Mais la plupart des gens ne le liront probablement pas. Ce livre attirera un public bien précis : la personne obèse qui possède déjà assez d'assurance pour se présenter à la caisse l'air décidé et livre en main. Alors, pour ceux qui ne liront pas FAT!SO?, je laisse le dernier mot à Marilyn Wann.
"L'argument 'santé' ne fait que voiler une réalité que nous connaissons bien depuis longtemps : la haine de l'obésité. Lorsque les gens se rendent compte qu'il est socialement inacceptable d'exprimer leurs préjugés envers l'obésité, ils se mettent alors à parler santé, mais le sentiment qui se cache derrière leurs paroles demeure la haine.
Le mot "haine" est fort, j'en conviens. Regardons les choses autrement. Aujourd'hui, dans notre culture, nous considérons que la minceur, c'est bien et que l'obésité, c'est mal. Cette croyance favorise la haine de l'obésité et la déification de la minceur. Elle est à la base de l'oppression des personnes obèses et des privilèges que l'on accorde aux personnes minces. Personne, toutefois, n'est responsable de cette situation de préjugés. Mais voilà, à partir du moment où vous êtes conscient de la situation, vous devez faire un choix, prendre vos responsabilités et déterminer comment vous allez établir vos rapports avec l'obésité. Je ne peux pas changer votre façon de penser. Mais je peux vous faire voir l'obésité sous un angle différent. En voyant les choses sous cet angle, il est possible que vous puissiez entrevoir la haine qui se cache sous une certaine ignorance. En comprenant clairement le rapport d'opposition minceur/obésité, nous pouvons difficilement demeurer dans le préjugé lié à l'ignorance, nous ne pouvons plus ne pas voir que nous sommes dans la haine, nous ne pouvons plus faire passer haine et coercition pour santé et bonheur, et ne pas remettre en question l'oppression de plus en plus grande des personnes obèses."
FAT!SO? est publié par Ten Speed Press. Laura Buchan aime jouer avec sa Vénus de Willendorf en poupée de papier.
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