Une réalité inadmissible

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable

 

par Jacquie Ackerly

Pendant des années, on a fermé les yeux sur la triste vérité de la pauvreté au Canada. Les militantes et militants anti-pauvreté ont fait des représentations à tous les paliers de gouvernement et on ne les a tout simplement pas écoutés. Puis ils se sont rendus à l'Organisation des Nations Unies à Genève, en des lieux où le faste transpire de chaque mur de marbre, et ont enfin été entendus.

Il nous apparaît évident, à nous qui travaillons contre la pauvreté depuis maintenant plus d'une décennie, que nos gouvernements, que ce soit au palier fédéral, provincial ou territorial, n'ont pas seulement cessé de travailler à assurer les pleins droits économiques pour tous les citoyens, mais sont en fait occupés à démanteler le filet de sécurité sociale au pays.


Les droits garantis par le défunt Régime d'assistance publique du Canada incluaient:

  • le droit à des prestations d'aide sociale suffisantes en cas de besoin
  • le droit de ne pas avoir à travailler pour obtenir des prestations
  • le droit d'en appeler d'une décision concernant son dossier d'aide sociale

Nous ne sommes pas restés silencieux.

Nous avons rencontré des représentants des gouvernements; nous avons présenté d'innombrables propositions à ces derniers, publié des lettres dans les journaux, tenu des conférences de presse et organisé des manifestations.

Le démantèlement se poursuit; on jette le discrédit sur nous en mettant en doute nos intentions, en disant que nous sommes mal informés et ne sommes qu'un groupe d'intérêt parmi d'autres. Pendant ce temps, le nombre de sans-abris augmente partout autour de nous.

Il y a maintenant plus de banques alimentaires que de restaurants McDonald; un enfant sur cinq vit dans la pauvreté.

Je me suis rendue à Genève afin de présenter un dossier devant un comité de l'ONU au nom de l'Organisation nationale anti-pauvreté (ONAP), tout comme les représentants de huit autres organismes non-gouvernementaux canadiens.

Dans mon rapport à l'ONU, j'ai fait état entre autres de questions telles que l'élimination du Régime d'assistance publique du Canada, la hausse des frais de scolarité et le pillage des fonds de l'assurance-emploi. J'ai aussi parlé de l'absence de droits humains destinés à protéger les pauvres, ainsi que de l'attitude tolérante du gouvernement envers ceux qui dénigrent les pauvres.

Les autres Canadiens présents ont parlé des conditions dans lesquelles vivent les populations autochtones, du traitement des réfugiés, de la situation des sans-abris et des répercussions qu'entraînent les accords de commerce international tels que l'AMI et l'ALENA sur la capacité du Canada à mettre sur pied des programmes sociaux.

"Vouloir éliminer le déficit budgétaire est une chose, mais y arriver par la voie d'une réforme préjudiciable et inhumaine comme celle qui se déroule présentement en est une autre", a commenté Mahmoud Ahmed, membre du comité, lorsque les représentants du gouvernement canadien ont fait valoir que c'était la lutte au déficit qui expliquait les compressions dans les programmes sociaux tels que la santé et l'éducation.

"Le Canada est reconnu comme étant un des pays les plus riches au monde, un pays qui de surcroît est membre du G-7; alors pourquoi faire souffrir tant de gens inutilement?"

Les membres du comité ont également fait subir un interrogatoire serré aux représentants du gouvernement canadien, portant sur l'annulation du Régime d'assistance publique du Canada et sur l'élimination des droits qui y étaient associés.

Après qu'ils eurent maintes fois répété que le Régime d'assistance publique n'avait jamais garanti quelque droit que ce soit, une autre membre du comité onusien, Virginia Dan-Dan, s'est fondé sur des rapports faisant la preuve contraire pour demander aux représentants du gouvernement canadien : "Est-ce que vous mentiez alors, ou est-ce maintenant que vous mentez?"

Nous avions peine à rester coits en écoutant les représentants du gouvernement éviter de répondre aux questions qui leur étaient posées, donner des réponses fallacieuses et s'expliquer en avançant que "des études étaient en voie d'être réalisées" et que "des négotiations étaient en cours". Nous avons cependant éprouvé une grande satisfaction à la suite de cette expérience, lorsque les conclusions du comité ont été rendues publiques au début du mois de décembre dernier.

Jacquie Ackerly est deuxième vice-présidente de l'Organisation nationale anti-pauvreté.

Organisation nationale anti-pauvreté
325 rue Dalhousie, bureau 440
Ottawa (Ontario) K1N 7G2 Canada
Tél.: (613) 789-0096
Téléc.: (613) 789-0141
www.mapo-onap.ca


Le comité de l'Organisation des Nations Unies sur les droits économiques, sociaux et culturels a publié un rapport décapant dénonçant la conduite du gouvernement canadien au cours des cinq dernières années; il précisait que ce dernier n'avait pas veillé à ce que les droits économiques et sociaux des Canadiennes et Canadiens soient respectés, droits garantis par une convention de l'ONU dont le Canada est un des pays signataires.

Le rapport du comité trace le portrait d'un pays qui ne voit pas au bien-être des citoyens vivant au bas de l'échelle et souligne qu'une situation de "crise" prévaut en ce qui concerne les sans-abris, la montée en flèche de la demande auprès des banques alimentaires, les compressions majeures dans les prestations d'aide sociale et le financement insuffisant des centres d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale.

Le comité a également fortement critiqué le gouvernement fédéral de ne pas avoir donné suite au rapport de la Commission royale d'enquête sur les peuples autochtones.

D'après le Canadian Wire Services

<<<Retour à l'Editorial "la pauvreté au Canada"