La Protection des Intervenants travaillant en clinique d'avortement

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par Noelle Boughton

Les tentatives de meurtre perpétrées par un tireur isolé à l'endroit de cinq médecins du Canada et des états-unis qui pratiquaient l'avortement thérapeutique ont conduit la police, les cliniques et les associations médicales canadiennes à instaurer des mesures supplémentaires dans le but de protéger les intervenants en avortement. Toutefois, on demeure avare de détails sur la nature précise de celles-ci.

"Les gens sont préoccupés et effrayés, et je ne peux les en blâmer", confie l'inspecteur Keith McCaskill du Service de police de Winnipeg, et porte-parole du détachement spécial formé de neuf agences américaines et canadiennes qui tente de dénicher le tireur. "Certaines personnes pourraient être en danger." Des mesures de sécurité accrues ont été mises en place à la suite du meurtre, le 23 octobre dernier, du docteur Barnett Slepian à Amherst dans l'état de New York. Depuis quatre ans, quatre autres médecins ont été blessés par balle. Trois d'entre eux étaient Canadiens : Gordon Romalis, de Vancouver, a été atteint d'une balle dans la cuisse le 8 novembre 1994; Hugh Short, d'Ancaster en Ontario, d'une balle dans le coude le 10 novembre 1995; et Jack Fainman de Winnipeg, d'une balle dans l'épaule le 11 novembre 1997. Enfin, un dernier médecin, dont le nom n'a pas été divulgué, a été tué d'une balle dans le comté de Munroe dans l'état de New York.

L'inspecteur McCaskill souligne qu'on a tiré sur les médecins alors qu'il faisait noir, à l'aide d'une arme de gros calibre, et à travers une fenêtre située à l'arrière de leur résidence. Tous les épisodes ont eu lieu vers la fin d'octobre ou au début de novembre. "Seules la ou les personnes impliquées savent ce qui motive ce choix." Mais cette date pourrait bien changer, et la police a mis les médecins en garde en les incitant à demeurer vigilants au-delà du mois de novembre.

Bonnie Johnson, directrice générale de la Fédération pour le planning des naissances du Canada à Ottawa, ne critique pas la décision de la police de ne rien révéler du plan de sécurité. Elle se dit soulagée de constater "qu'on semble enfin prendre cette affaire au sérieux. J'aurais tout de même souhaité qu'ils le fassent lorsque nous leur en avons parlé voilà maintenant cinq ans."

Mme Johnson voudrait maintenant que les autorités aillent plus loin. Les militants pro-vie, dit-elle, "ont le droit de s'exprimer sur cette question, de manifester sans violence et d'exercer des pressions; de faire, en quelque sorte, tout ce qui est à leur disposition pour faire valoir leur point de vue. Or, leur discours encourage ce genre de terrorisme. Comme faire pour les empêcher de tenir ces propos? Si on pouvait avoir recours à la loi pour y mettre un frein, nous serions alors peut-être en mesure de calmer les extrémistes."

Le 9 novembre dernier, la procureure générale des Etats-Unis, Janet Reno, annonçait la création d'un détachement spécial pour enquêter sur la violence anti-avortement et a offert une récompense de 500 000 $ à quiconque fournirait des renseignements menant à l'arrestation de l'assassin du docteur Slepian.

Au Canada, les gouvernements n'en ont pas fait autant. Dan Brien, responsable des communications au cabinet de l'ancien solliciteur général Andy Scott, a déclaré que ce dernier avait parlé au commissaire de la GRC et s'était déclaré satisfait de constater que toutes "les ressources nécessaires" seraient mobilisées pour l'enquête. La police garde certains gouvernements provinciaux au courant de l'affaire, mais ces derniers ne sont pas mis à contribution. "Il y a eu des entretiens entre la police et le gouvernement", explique Wyman Sangster, directeur de la sécurité publique au ministäre de la Justice du Manitoba, "mais je ne suis au courant d'aucune initiative visant à dévoiler publiquement quoi que ce soit ou à prendre des mesures spécifiques pour le moment."

Restent la police et les intervenants de la santé. "On a demandé aux différents corps policiers au Canada de communiquer avec les intervenants à risque ainsi qu'avec les associations médicales", ajoute McCaskill. Les policiers offrent des séances d'information sur demande, rencontrent les médecins et fournissent une liste de mesures de sécurité aux cliniques. Certaines cliniques, tel que le Centre des sciences de la santé de Winnipeg, ont amélioré leurs mesures de sécurité après la tentative de meurtre survenue dans cette ville et les ont renforcé une fois de plus récemment.

"La question principale, cependant, c'est que les gens doivent envisager de prendre eux-mêmes des mesures de précaution", explique McCaskill. "Tous les coups de feu ont été tirés à travers une fenêtre d'une résidence privée. Si c'est l'obscurité tout autour et qu'une pièce de la maison est éclairée, c'est comme si vous vous trouviez dans un bocal à poissons rouges. Les médecins peuvent prendre certaines mesures évidentes, et d'autres qui le sont moins, et nous leur avons procuré cette information."

Pendant ce temps, les associations médicales ne se sont toujours pas prononcées sur la question. Les porte-parole de l'Association médicale canadienne (AMC), de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et de l'Association médicale du Manitoba ont tous refusé de commenter la situation, préférant plutôt envoyer par télécopieur des communiqués de presse faisant état des récompenses offertes par l'entremise de la police, ainsi que des articles tirés de leurs bulletins.

"Les médecins craignent qu'en paraissant préparés à toute éventualité ils inciteront peut-être l'agresseur à répéter son geste", commente le docteur Ken Brown, registraire au Collège des médecins et des chirurgiens du Manitoba. "Les policiers nous ont mis en garde à ce sujet." Le Collège a entrepris une campagne d'éducation auprès de ses membres afin de les inciter à se protéger en adoptant une attitude marquée par la "vigilance" plutôt que par la "provocation".

Plusieurs associations, tels l'AMC et les Collèges de médecins et de chirurgiens du Manitoba et de l'Alberta, ont entrepris de donner à leurs membres des conseils sur la sécurité par la voie de leurs bulletins respectifs. A l'extérieur de leur lieu de travail, ceux-ci peuvent également obtenir qu'une inspection de sécurité soit effectuée sur les lieux de leur résidence, veiller à ce que leur numéro de téléphone personnel ne soit pas divulgué, se munir d'un cellulaire et s'assurer de ne jamais voyager seuls.

























Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec:

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1, rue Nicholas, bureau 403
Ottawa, ON K1N 7B7 Canada
Tél.: (613) 241-4474
Téléc.: (613) 241-7550
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