par Janet Rowe
Lorsque nous avons découvert, dès les premières manifestations de l'épidémie, que le VIH était une maladie évitable, la solution semblait sinon simple au moins claire: diffuser le message que le VIH peut être évité par l'utilisation de condoms, chaque fois que nous avons des relations sexuelles à risque élevé, par exemple des rapports anaux ou vaginaux.
La communauté homosexuelle mâle a réagi rapidement en organisant des ateliers, des forums communautaires, des distributions de condoms et en mettant sur pied des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir l'usage du condom comme stratégie réduisant les risques. Vers la fin des années 80, le taux d'infection s'est stabilisé.
La question est beaucoup plus complexe du côté des femmes. De nombreuses campagnes de sensibilisation s'adressant à la population en général et incitant les hommes et les femmes hétérosexuels à utiliser le condom ont vu le jour. Cependant, elles n'ont pas tenu compte des barrières sociales auxquelles se heurtent les femmes au moment de négocier une sexualité à risque réduit.
Aujourd'hui, le taux d'infection s'est stabilisé dans les communautés gaies mâles, tandis qu'il a continué de grimper chez les femmes. En fait, ce taux grimpe plus rapidement chez les femmes que dans n'importe quel autre groupe. Alors, pourquoi est-il si difficile pour les femmes de négocier l'usage du condom? Tout simplement parce que cet usage exige le consentement de l'homme.
Lorsque la violence ou les menaces d'agression servent à contrôler la vie des femmes, il devient dangereux pour nombre d'entre elles de négocier l'utilisation du condom, voire plus dangereux que le VIH lui-même.
Les femmes apprennent que leur sexualité est quelque chose qui existe pour le plaisir des hommes. S'affirmer ou faire preuve de confiance en soi sexuellement constitue une menace pour beaucoup d'hommes, qui punissent alors les femmes par des marques de mépris, de la violence physique ou les deux.
De plus, biologiquement, les femmes ont une plus grande prédisposition que les hommes à l'infection au VIH. La transmission du virus se fait plus facilement d'un homme infecté à une femme que d'une femme infectée à un homme.
La méthode de prévention idéale contre le VIH serait celle que les femmes pourraient contrôler elles-mêmes et utiliser à l'insu de leur partenaire. Une telle méthode n'existe pas. Cependant, une nouvelle option s'offre aux femmes: le condom féminin (CF), seul moyen de prévention contre le VIH ayant été conçu par des femmes. Il est maintenant disponible au Canada.
Mis en marché sous le nom de REALITY, le CF ressemble à un condom pour hommes, plus grand. Il s'agit d'une pochette en polyuréthanne comportant un anneau intérieur et extérieur. Le condom recouvre les parois vaginales, de même que le col de l'utérus. L'anneau intérieur maintient le condom en place et l'anneau extérieur ressort du vagin sur environ 2,4 cm (1 po).
Le condom peut être mis en place des heures à l'avance. Les lubrifiants à base d'huile n'endommagent pas le polyuréthanne, qui est plus mince et plus résistant que le latex et conduit mieux la chaleur. Les hommes se plaignent moins d'inconfort et certaines femmes éprouvent même davantage de plaisir, grâce à l'anneau extérieur qui contribue à stimuler le clitoris.
Parmi les inconvénients, il y a le fait que le CF n'est pas très "sexy", qu'il fait du bruit et qu'il est visible et ne peut donc pas se porter à l'insu du partenaire.
Le prix du CF constitue sans aucun doute son plus grand désavantage. Un paquet de trois condoms coûte entre 12 $ et 15 $--cinq fois plus cher que les condoms pour hommes. Cela les rend donc inabordables pour la majorité des femmes.
Tandis que les spécialistes du SIDA et en santé sexuelle s'extasient devant le condom féminin, beaucoup hésitent à promouvoir une méthode que les femmes ne peuvent se permettre. De plus, peu d'organismes communautaires ou de cliniques médicales ont les moyens de distribuer des échantillons, même au coût réduit de 85 $ pour 60.
Les fabricants du CF affirment que le prix fixé pour le public est le plus bas qu'ils peuvent accorder pour les petites commandes. Lors d'une rencontre avec le Women's Outreach Network de Toronto, la Female Health Company et ses distributeurs, Pharma Science, ont révélé que les organismes communautaires qui plaçaient de grosses commandes pouvaient obtenir des réductions de prix. Toutefois, les commandes volumineuses sont peu probables, tant que nos services régionaux de santé publique ne mettront pas de l'avant la distribution de ce condom.
Le condom féminin est une solution de rechange importante. Vu le taux d'infection à la hausse chez les femmes, les services de santé publique ont la responsabilité de mettre de l'avant l'accès au condom féminin.
La mise en valeur du condom féminin constitue un pas en avant dans la prévention du VIH chez les femmes, mais en REALITE, cette méthode ne peut être une option valable, tant qu'elle ne sera pas abordable.
Janet Rowe est coordonnatrice de Women Outreach au AIDS Committee de Toronto.
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Faites des pressions sur les fournisseurs de fonds gouvernementaux pour qu'ils incluent l'achat de CF dans leurs budgets de programmes.
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