"Mais nous ne pouvons pas penser à nous", dit-elle.
Je lui demandai de parler de sa vie en tant que soignante naturelle dans sa famille. Mais ses écrits portèrent sur les autres. Lorsque je lui demandai de parler de son vécu, de décrire sa propre expérience, elle a une fois de plus utilisé le mot "nous". Elle ne pouvait en donner la raison.
Trouver une soignante naturelle par le biais de différents organismes de santé des femmes fut un tour de force en soi, puisque la plupart d'entre elles n'ont tout simplement pas le temps d'être actives au sein de la communauté. Nous ne savions pas où les trouver elles sont souvent au foyer, isolées du reste du monde.
Lorsque j'en ai trouvées, j'ai constaté que les soignantes naturelles n'ont généralement pas l'énergie pour parler de leur condition, encore moins pour revendiquer quoi que ce soit. Chaque femme que j'ai repérée semblait incapable d'utiliser le mot "je".
Elles parlent des besoins des personnes dont elles prennent soin, et généralement des autres soignantes, mais elles ne disent jamais "J'ai besoin de ceci" ou "Voilà ce qu'est ma vie".
Ce n'est pas étonnant. La personne qu'elles ont à leur charge pourrait lire ce qu'elles ont écrit, ce qui confirmerait qu'en effet, la personne recevant des soins constituent un poids pour la soignante. Les amis pourraient disparaître parce "qu'ils ne veulent plus en entendre parler". De plus, les décideurs pourraient dire que ces femmes devraient "s'engager" dans le processus d'élaboration d'un programme national pour les soins à domicile, plutôt que de se plaindre du soutien qu'elles n'ont pas pour mener leurs tâches.
Mais en vérité, ces femmes ne peuvent s'engager sur la voie du militantisme. Elles sont souvent débordées de travail et seules. Dans de nombreux cas, elles prennent soin d'une personne qui ne veut pas être prise en charge et dont la colère et la frustration se répercutent sur la personne la plus proche la soignante.
Ces propos ne veulent pas dire qu'il s'agit là d'une expérience tout à fait négative. C'est un travail difficile, et les familles qui surmontent les difficultés sont fières de leur force. Et elles ont raison de l'être. Ainsi que les femmes qui ne peuvent prioriser leur besoin à cause de leur situation.
Dans ce numéro, Norma Buchan décrit sont expérience (et elle utilise même le "je" à quelques reprises) de soignante auprès de son conjoint. Karen Mulgrew offre des conseils qui aident les soignantes d'aujourd'hui à prendre soin d'un parent âgé. Lesley Poirier jette un regard sur les soins, considérés comme un "travail de femmes", et je m'entretiens avec Paula Keirstead sur le sujet des soins à domicile et les femmes handicapées.
Les femmes travaillant au RPSF s'attendent à ce que nous héritions du rôle de soignante. Nous avons été témoins du vécu de nos propres soeurs, nos mères (oui, Norma est la mère de Laura) et de nos grands-mères, qui ont rempli ce rôle avant nous. Il s'agit là d'un sujet auquel nous devons réfléchir, dans une conjoncture où notre système de santé rétrécit, obligeant les femmes à prendre une part croissante des responsabilité dans le bien-être des êtres chers.
Rachel Thompson
Rédactrice en chef du Réseau
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