Le vaccin contre le VPH, un an après

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En juin 2007, le Réseau canadien pour la santé des femmes publiait VPH, vaccins et genre : Considérations de principe, un article destiné à faire valoir les interrogations et les inquiétudes  soulevées par les projets de programmes de vaccination systématique contre les infections liées à certains types de virus du papillome humain, chez les jeunes filles scolarisées au Canada. Cet article se concluait sur cette phrase : « Aujourd’hui, il y a plus de questions que de réponses. »
 
Un an plus tard, les questions sont peut-être encore plus nombreuses que les réponses. Néanmoins, les provinces et territoires ont démarré les programmes de vaccination en milieu scolaire ou bien prévoient de le faire à l’automne 2008. Ainsi, partout au pays, les parents seront-ils confrontés à la difficile décision d’accepter ou non que leurs filles soient vaccinées. Par ailleurs, l’inquiétude demeure quant au fait qu’elles manqueront trop souvent de toute l’information nécessaire pour donner un véritable consentement éclairé.

Nous continuons de demander où est l’urgence, alors que les taux de cancer du col de l’utérus sont bas et ont déjà baissé de manière significative, grâce à la mise en place des programmes de dépistage par test de Pap. Pourquoi la campagne de vaccination a-t-elle été lancée par le ministre des Finances, lors d’un exposé budgétaire, avant même la publication des recommandations du groupe mis sur pied afin d’harmoniser les politiques d’immunisation au Canada – recommandations que nous attendons encore? Pourquoi dépenser 300 millions de dollars pour un vaccin, lorsque ces fonds pourraient être affectés à des programmes efficaces et intégrés de santé sexuelle et génésique? En fait, nous nous inquiétons de la réelle possibilité que des ressources destinées à l’amélioration du test de Pap soient détournées, afin que toutes les provinces puissent organiser un programme de vaccination.

Les recherches ont montré que la plupart des personnes sexuellement actives contracteront une infection au VPH, mais que, dans 80 % à 90 % des cas, elle se résorbera spontanément en deux ans. Le vaccin ne couvre que quatre types de virus – dont deux sont associés à l’apparition du cancer de l’utérus – et nous ne savons toujours pas combien de temps dure la protection. Par conséquent, même les personnes vaccinées continueront d’avoir besoin des tests de Pap en vieillissant. 

Les critiques véhémentes à l’égard des personnes ayant soulevé des questions à propos du programme de vaccination, y compris celles parlant au nom du RCSF, ont été très surprenantes. Cela est vrai en particulier pour les auteures du commentaire intitulé Human papillomavirus, vaccines and women's health: questions and cautions, publié dans le Journal de l'Association médicale canadienne, en août2007. Nous ne sommes sûrement pas seules à poser des questions. En fait, les 56 experts des vaccins et de la santé sexuelle réunis par Santé Canada en 2005, en vue de réviser le processus d’approbation du vaccin, voulaient, eux aussi, des réponses à ces questions, avant de recommander l’approbation d’un programme de vaccination. Malheureusement, ils sont assez silencieux depuis lors.

Pour avoir fait entendre les inquiétudes qui sont les nôtres au RCSF, nous avons été traitées d’irresponsables. Certains ont même fait un amalgame avec les groupes fondamentalistes opposés au vaccin pour des raisons morales (inquiets que le vaccin favorise la promiscuité sexuelle) et d’autres qui sont contre les vaccins en général. Pour mémoire, nous, au RCSF, ne sommes pas opposées au vaccin contre le VPH en lui-même. Nous sommes plutôt opposées à un programme de vaccination systématique actuellement, en l’absence de preuves suffisantes de son efficacité à long terme et en l’absence de débat public et d’information complète et impartiale.

Les médias ont été une importante source d’information du public, à propos du vaccin contre le VPH. Toutefois, à de rares exceptions, la couverture médiatique n’a pas fourni toute l’information et, dans bien des cas, a plutôt mal informé le public. Le Gardasil n’est pas un « vaccin contre le cancer » et nous ne savons pas s’il « préviendra 70 % des cancers de l’utérus », comme l’ont écrit les médias nationaux. Pourtant cette mésinformation, qui est davantage fondée sur l’habile marketing du fabricant, Merck Frosst, que sur un journalisme de qualité, continue de paraître. Les exceptions, par exemple au Globe and Mail et à la SRC, sont des enquêtes-reportages sur le lobbying que Merck Frosst a fait avant l’annonce des 300 millions de dollars du gouvernement fédéral. Citons aussi des articles analysant dans le détail les preuves scientifiques existantes, de même que des articles critiques à l’égard du processus d’approbation du vaccin du gouvernement et de l’échec de ce dernier à fournir l’information adéquate au public. 

À l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador, la participation aux programmes de vaccination débutés en septembre dernier a été élevée (environ 80 %); mais, en Ontario, seulement 50 % des jeunes filles susceptibles d’être vaccinées l’ont été, en fait, jusqu’ici. Les programmes de vaccination en milieu scolaire connaissant habituellement des taux de participation très élevés, le faible taux enregistré en Ontario, où ont été publiées la plupart des enquêtes-reportages, est peut-être dû au fait que les parents ont décidé d’attendre d’avoir connaissance de nouvelles preuves.

Au Québec et au Manitoba, les gouvernements ont annoncé récemment que les  programmes de vaccination auraient lieu à l’automne 2008. Sans l’habituelle stratégie nationale d'immunisation pour guider les provinces dans la mise en œuvre d’un programme de vaccination (on n’y a pas eu recours dans ce cas), les autorités du Québec ont décidé de ne fournir que deux doses du vaccin aux jeunes filles de 4e année du primaire, puis un vaccin de rappel lorsqu’elles entreront en 3e secondaire. Le vaccin étant approuvé pour l’administration de trois doses sur une période de six mois, le plan du Québec serait donc une utilisation « non conforme au mode d’emploi » (non approuvée) du vaccin. Un essai clinique est en cours afin d’évaluer cette méthode, qui pourra ou non s’avérer efficace à long terme; mais il n’est pas encore terminé.

Le test de dépistage du VPH est un autre sujet d’étude. La BC Cancer Agency mène actuellement une étude, « HPV FOCAL », en vue de déterminer si un test de dépistage du VPH chez les femmes peut remplacer l’habituel test de Pap, permettant ainsi aux femmes de passer des tests moins fréquents. On prévoit qu’elle étude durera deux à quatre ans. D’autres études examinent si les garçons devraient être vaccinés ou non. Peut-être sera-t-il montré que la vaccination des garçons n’est pas une méthode efficace de prévention du VPH, mais la preuve n’est pas encore faite. Pendant ce temps, on vaccine les femmes et les jeunes filles, qui supportent un fardeau sans doute disproportionné dans la prévention de l’infection au VPH.

Certains groupes, par des appels à moratoire, encouragent les gouvernements à mettre les programmes de vaccination en attente; ainsi, au Québec, où les plans sont en place pour commencer les vaccinations cet automne (voir l’encadré sur le côté de la page). Au-delà de nos frontières, une campagne similaire en vue d’un moratoire sur le vaccin contre le VPH est en cours en Espagne. Par ailleurs, aux États-Unis, le gouvernement du Minnesota a mis son programme de vaccin VPH en attente, afin de prendre le temps d’en préparer suffisamment la mise en œuvre, notamment éduquer correctement le public et déterminer la durabilité du financement à long terme. Pendant ce temps, le gouvernement du Minnesota a déclaré qu’il continuerait de compter sur l’efficacité de son programme de test de Pap pour prévenir le cancer de l’utérus.

Au Canada, il n’est pas trop tard pour que les gouvernements revoient leur décision de mettre en place des programmes de vaccination systématique – afin d’attendre de disposer des réponses à davantage de questions ou tout au moins d’avoir fourni un programme complet d’éducation au public. Les gouvernements provinciaux et territoriaux doivent également prévoir comment ils soutiendront un programme aussi coûteux, dans deux ans, lorsque prendra fin la contribution de 300 millions de dollars du gouvernement fédéral. Dans un même temps, les gouvernements pourraient s’attacher à améliorer le test de Pap et l’éducation sexuelle – pour les filles comme pour les garçons. Plus tard, la recherchera montrera peut-être que le vaccin contre le VPH prévient effectivement le cancer de l’utérus; mais, pour l’instant, les données ne justifient pas un programme de vaccination systématique.

Comme nous le disons depuis le début de cette affaire, le RCSF n’est pas contre les vaccins – pas même celui contre le VPH. Cependant nous sommes critiques quant à la manière dont ce vaccin a été présenté et demeurerons très vigilantes sur ce sujet. Nous encourageons les autres intervenants à continuer de poser des questions également et à exiger que le public reçoive, à propos du vaccin contre le VPH, l’information nécessaire aux parents et aux jeunes filles pour prendre des décisions éclairées, avant la prochaine série de vaccinations.

Pour de plus amples renseignements :

Réseau canadien pour la santé des femmes. VPH, vaccins et genre : Considérations de principe, 25 juin 2007 http://www.cwhn.ca/resources/cwhn/hpv-brief.html (bientôt disponible en français)

Abby Lippman et coll. Human papillomavirus, vaccines and women's health: questions and cautions, Journal de l'Association médicale canadienne, 28 août 2007 http://www.cmaj.ca/cgi/content/full/177/5/484

Campagne de vaccination contre le VPH
Les groupes du Québec réclament un moratoire

Par Nathalie Parent
De la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)

En septembre 2007, le gouvernement du Québec annonçait sa décision de lancer, dès la rentrée scolaire 2008, une campagne de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) auprès des jeunes filles, emboîtant ainsi le pas à quatre provinces canadiennes. Le gouvernement du Québec a précisé en avril les modalités de la campagne et évaluait à 70 millions de dollars le coût de cette initiative, répartis en trois ans. Le vaccin sera donc administré aux écolières de neuf ans en quatrième année du primaire, et aux adolescentes de 14 ans en troisième année du secondaire.

Aussitôt annoncée, la campagne a été décriée, notamment par le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF), qui a réclamé un moratoire. Le Regroupement des maisons de jeunes du Québec, Action pour la protection de la santé des femmes et le Réseau canadien pour la santé des femmes ont publiquement appuyé cette position en demandant que les millions destinés à la campagne soient dirigés vers la prévention et l’amélioration de l’accès aux soins de santé pour les femmes, particulièrement les adolescentes.

En novembre, la demande de moratoire a été réitérée par plus d’une trentaine de groupes et de personnes issus de divers milieux, réunis à l’occasion de la Journée d’étude sur le vaccin contre le VPH organisée par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN). Les participantes à cette journée n’ont pas été convaincues, malgré les échanges avec les principaux responsables de la santé publique présents à cette rencontre, de la nécessité de mettre en place une campagne de cette envergure aussi rapidement. Elles jugent en effet encore insuffisantes les données essentielles qui pourraient justifier une telle décision, en ce qui concerne notamment la durée de l’immunité conférée par le vaccin, la nécessité d’administrer des doses de rappel, ses effets à long terme, etc. Elles ont également mis en doute l’approche privilégiée par les responsables de la santé publique, fondée sur des technologies nouvelles et coûteuses plutôt que sur la sensibilisation, la prévention et l’éducation sexuelle. 

Déçue des échanges avec les responsables de la santé publique, la FQPN a interpellé directement le ministre de la Santé et des Services sociaux afin de réitérer sa demande de moratoire. La Fédération a réclamé des actions concrètes visant à contrecarrer l’influence du promoteur du GardasilMC, le vaccin proposé, notamment par des mesures accrues de sensibilisation et d’éducation du public. Sa lettre fait également état des préoccupations suivantes :

  • le fait que la mise en place du programme de vaccination ne s’inscrit pas dans une vision globale de la santé, ni dans une approche de prévention primordiale;
  • le besoin d’adopter des mesures concrètes pour accroître l’accès et améliorer le suivi en matière de dépistage par test de Pap. Rappelons que le taux de participation des Québécoises à ce test est parmi les plus faibles au Canada;
  • l’importance de mettre en place un programme d’éducation sexuelle cohérent et structuré;
  • le choix d’investir dans un vaccin nouveau et très coûteux sans s’attarder sur d’autres problèmes en matière de santé sexuelle, notamment en ce qui concerne la prévention des principales infections transmissibles sexuellement, comme la chlamydia, qui touche plus de 12 500 jeunes filles par année au Québec;
  • le manque de volonté, chez les responsables de la santé publique d’entreprendre une campagne d’information indépendante et complète sur les réalités entourant le cancer du col, le VPH, le vaccin et les tests de dépistage;
  • l’inaction du gouvernement face aux stratégies de marketing et à la publicité agressives du fabricant du Gardasil.

Dans sa réponse fort décevante, le ministre, via son directeur national de la santé publique, a réitéré son intention d’aller de l’avant avec la campagne et son appui inconditionnel aux recommandations du Comité sur l’immunisation du Québec. Ce dernier, dans son rapport publié en décembre, recommandait la vaccination de toutes les jeunes filles de la quatrième année du primaire. Celle-ci s’effectuerait en même temps que l’administration du vaccin contre l’hépatite B, selon un calendrier de deux doses (un nouveau calendrier est présentement à l’étude). Dans les détails du programme livrés en avril, le gouvernement a précisé que la troisième dose sera administrée en troisième année du secondaire et que les écolières de moins de 18 ans recevront gratuitement le vaccin sur demande. Enfin, le ministre a évité toute référence aux questions concernant l’influence du fabricant; de plus, il est demeuré entièrement silencieux face au besoin de sensibilisation et d’information indépendante.

Maintenant qu’un recul de la part du gouvernement ne semble plus envisageable, la FQPN continuera de sensibiliser la population aux nombreuses préoccupations que soulève la campagne de vaccination au Québec, par l’entremise, entre autres, d’outils éducatifs qui sont disponibles sur son site Internet à : www.fqpn.qc.ca/contenu/autresdossiers/vph.php.  Ces outils peuvent être utilisés par toute personne intéressée à intervenir sur la question.  L’invitation est donc lancée à toutes et à tous. 

Nathalie Parent est la coordinatrice à la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).