Des soins axés sur les besoins des femmes dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver

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Le projet VANDU Women CARE – un projet de recherche clinique active visant l’habilitation des femmes – est une collaboration de recherche unique entre le Centre d'excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique, l’école des sciences infirmières de l’UBC et le Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU) Women’s Group. Ce dernier est un organisme communautaire dirigé par les paires, au sein duquel les femmes consommatrices de drogues du quartier Downtown Eastside de Vancouver contribuent mutuellement au soutien et à l’éducation dont elles ont besoin, ainsi qu’à la défense de leurs intérêts. Selon une  approche fondée sur les méthodes de la recherche active participative et l’éducation populaire, le but du projet VANDU Women CARE est de produire des connaissances nouvelles sur l’expérience des soins de santé primaires qu’ont les femmes consommatrices de drogues, tout en favorisant leur santé, leur bien-être et leur esprit d’initiative. À ce jour, ce projet a permis d’offrir de la formation, une rémunération et du soutien à 13 membres du VANDU Women’s Group, afin de concevoir et d’utiliser des outils de recherche en vue d’entretiens avec 50 femmes, à propos de leur expérience des soins de santé primaires dans les cliniques communautaires. Fern Charlie, qui a participé à l’étude en tant que paire et intervieweuse ainsi que membre du comité directeur, décrit l’expérience que ce projet a représentée pour elle et la valeur de la recherche menée par, avec et pour les femmes consommatrices de drogues.

Par Fern Charlie

C’était la première fois que je participais à un projet de recherche, mais je le referais. Pour une femme, la seule manière d’être vraiment entendue ici c’est de passer aux aveux et de parler – parler des services sociaux, des enfants, de la consommation de drogue. Toutes celles avec qui je me suis entretenue étaient différentes, chacune avait son histoire; mais j’ai pu établir un lien avec la plupart, parce que ce sont des choses que j’ai vécues moi-même – comme la consommation de drogue et la manière dont certaines femmes ont perdu leurs enfants à cause d’elle.

Les gens qui ne vivent pas ici, dans le quartier Downtown Eastside, ne savent pas à quoi cela ressemble; mais il faudrait qu’ils le sachent. Le grand nombre d’Autochtones porteurs du VIH, par exemple. Quelques-uns de mes amis en sont porteurs, les femmes ont été nombreuses à m’en parler. Elles ne vont pas raconter cela aux gens, mais j’aimerais qu’elles puissent en parler, s’ouvrir et ne pas avoir honte du VIH ou du jour où ont leur a pris leurs enfants et qu’elles se sont fait éjecter de la réserve – en prenant plus ou moins leurs jambes à leur cou. Je veux un lieu de parole pour les Autochtones.

Une chose qui faisait mal, c’était le sujet des enfants qui ont été enlevés à leurs mères. Une femme s’est tue et s’est retournée, cela la bouleversait vraiment. En général, elle s’ouvrait vraiment à moi, mais là je peux dire qu’elle était blessée; elle pleurait. Je veux voir les femmes recevoir du soutien, un traitement, des conseils, tout ce dont elles ont besoin pour retrouver les enfants qu’elles ont perdus. Comme les femmes étaient bouleversées, nous avons posé cette question d’une autre manière.

Le projet porte sur les cliniques médicales du centre-ville, et je ne me soucie pas trop des cliniques d’ici. Ce n’est pas facile d’être une patiente ambulatoire. Parfois, je peux y aller à 9 h 00 du matin et peut-être ne pas être vue avant le milieu de l’après-midi. Il y a beaucoup de gens qui attendent dans les cliniques. Si vous arrivez trop tard ou que vous n’entendez pas votre nom, ils vous remettent en bas de la liste et alors vous êtes chanceuse si vous passez ce jour-là. Peu importe que vous soyez malade ou non.

Il n’y a guère de femmes-médecins ici et, s’il s’agit d’un test de Pap, je ne laisserai pas un homme me le faire, parce que j’ai été abusée sexuellement quand j’étais enfant. Je ne vois pas beaucoup de conseillères non plus et, quand j’en vois, au bout d’un moment, elles disparaissent.

Une autre chose dont les femmes nous ont parlé pendant cette étude, c’est la difficulté qu’elles peuvent avoir à obtenir une ordonnance pour un antidouleur. Lorsque je vais dans une clinique du centre, je ne peux pas obtenir de Tylénol 3 ou de somnifères parce que je consomme de la drogue. La seule fois où j’ai eu du Tylénol 3 ici, c’est quand je me suis fait agresser. Certaines des femmes étaient dans le même cas que moi, agressées et maltraitées par leur partenaire, avec des blessures. J’ai vu beaucoup de femmes avec des bleus sur tout le visage. Elles ont besoin de quelqu’un vers qui aller, pas seulement d’un médecin mais d’une conseillère. Je suis passée par là et il n’y avait pas beaucoup de monde pour m’écouter. J’ai un médecin dans une autre partie de la ville; il me fera une ordonnance. L’hiver, c’est le pire moment; parce que je dois me rendre à pied à une distance de 20 pâtés de maisons et marcher autant au retour. Nous avons besoin de soins de santé décents, dans le voisinage immédiat.

Je pense que ce projet aidera les femmes. J’y suis entrée pour aider les jeunes filles et les jeunes femmes. Il y a beaucoup de choses dont j’ai peur de parler, à propos desquelles m’ouvrir. Pourtant, s’il s’agit des autres femmes, je parlerai – parce que j’ai perdu beaucoup. J’avais une maison pleine d’enfants et de petits-enfants; et, un jour, hé bien, ils se sont rendu compte que je consommais – et ce que j’avais il y a 10 ans, je ne l’ai plus aujourd’hui.

Fern Charlie a participé au projet VANDU Women CARE, en tant que paire et intervieweuse ainsi que membre du comité directeur du projet.