Des hauts et des bas : Perspectives canadiennes concernant les femmes et la toxicomanie

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Au Canada, on reconnaît maintenant clairement que la toxicomanie chez les filles et les femmes constitue un important problème sur le plan de la santé et une problématique économique et sociale.  Par ailleurs, cette reconnaissance est récente. En 1970, le nombre d’études publiées sur le sujet (excluant le tabagisme) se chiffrait à moins de 40. Un peu plus tard au cours de cette même décennie et dans le cadre de la « deuxième vague » du mouvement des femmes, des organisations et des pratiques ont graduellement été mises en place. Elles avaient pour but de fournir une réponse féministe aux problématiques de la toxicomanie et de l’abus de substances chez les femmes. Au fil du temps, des livres et des articles portant sur divers aspects de la toxicomanie féminine ont été publiés, ainsi que des études sur la consommation de certaines substances chez les femmes, comme l’alcool, le tabac et les drogues illicites.

Malgré cela, il a fallu attendre encore un quart de siècle pour que les premières collections canadiennes d’importance sur le sujet des femmes et de la toxicomanie soient publiées par l’Addiction Research Foundation [Fondation de recherche sur la toxicomanie] (maintenant intégrée au Centre de toxicomanie et de santé mentale [CTSM]), dont deux ouvrages intitulés : « Les Canadiennes et l’usage d’alcool, de tabac et d’autres drogues (1996) » et « La majorité oubliée : Guide sur les questions de toxicomanie à l’intention des conseillers qui travaillent auprès des femmes » (1996). Le premier de ces livres établissait les fondements de l’histoire et de l’épidémiologie de la toxicomanie chez les femmes au Canada, et le deuxième proposait des pistes d’intervention. Depuis, le domaine a connu de nombreux changements et nos connaissances ont été enrichies grâce à l’apport de nombreuses disciplines et professions, des chercheurs et intervenants, et le plus important, des femmes elles-mêmes.

Quelles substances les femmes canadiennes consomment-elles?

L’alcool  demeure la substance la plus consommée chez les femmes et les filles. Bien que les taux de consommation chez les femmes soient historiquement inférieurs à ceux des hommes, des études récentes menées auprès de populations internationales démontrent que les taux de consommation d’alcool chez les deux sexes se rapprochent de plus en plus. Par surcroît, des études réalisées auprès d’enfants d’âges scolaires révèlent que la consommation d’alcool chez les filles peut même débuter en 6e année du primaire. Ces résultats sont particulièrement inquiétants puisque le taux de maladies provoquées par l’abus de substance – notamment des dommages au foie et au cerveau et des troubles cardiaques – est plus élevé chez les filles et les femmes.

Le tabagisme chez les filles et les femmes constitue également un grave problème au Canada. Même si les taux de tabagisme sont généralement à la baisse, le taux de tabagisme chez les jeunes femmes de moins de 24 ans est supérieur à celui de l’ensemble des femmes. Les taux de tabagismes chez les filles et les garçons de 15 à 17 ans sont approximativement les mêmes, mais les filles fument un plus grand nombre de cigarettes par jour que les garçons. De plus, les tendances relevées chez certaines sous-populations – comme les femmes à faible revenu, les mères monoparentales et les jeunes femmes enceintes – en ce qui a trait au tabagisme sont très inquiétantes. Chez les adolescents autochtones, non seulement le taux de tabagisme est-il beaucoup plus élevé que les taux relevés chez l’ensemble des adolescents canadiens, le taux de filles autochtones qui fument la cigarette (48,5 %) est supérieur à celui des garçons autochtones (42,7 %). De plus, chez les enfants qui commencent à fumer à 11 ans, les filles autochtones sont plus nombreuses que les garçons autochtones.

Comme c’est le cas pour la consommation d’alcool, des différences ont été notées entre les sexes quant aux conséquences du tabagisme sur la santé. Les tendances chez les femmes sont différentes de celles relevées chez les hommes pour ce qui est des maladies liées au tabagisme. Les femmes sont aux prises avec des problèmes de santé causés par le tabagisme qui sont associés à leur état sur le plan hormonal et à la fonction reproductive. Un lien important a été établi entre le tabagisme et le cancer du col utérin, ainsi qu’un lien de plus en plus évident avec le cancer du sein.

Les médicaments psychotropes sont beaucoup plus prescrits aux femmes qu’aux hommes. En fait, les femmes signalent des taux plus élevés pour ce qui est de la plupart des catégories de médicaments d’ordonnance, y compris les somnifères, les tranquillisants, les antidépresseurs, les antidouleurs et les médicaments amaigrisseurs.

Les femmes et les aînés sont les deux groupes à qui les médecins prescrivent le plus de benzodiazépines. Ce sont aussi les groupes qui sont les plus vulnérables à leurs effets secondaires. (Comparativement aux hommes, les femmes de tous les âges développent une assuétude plus rapidement, tant aux médicaments d’ordonnance qu’aux drogues illicites, et souffrent aussi davantage des effets physiques, psychologiques et sociaux.)

Les drogues illicites comportent des risques particuliers. Différentes tendances et trajectoires de consommation ont été relevées. Historiquement, les hommes ont davantage fait usage de ces substances, comparativement aux femmes. Toutefois, comme c’est le cas pour les médicaments d’ordonnance, l’écart entre les sexes diminue et les femmes sont de plus en plus à risque. Les effets de la consommation de ces drogues sur le plan de la santé varient entre femmes, entre femmes et hommes, et selon les diverses drogues disponibles. Les rapports indiquent que l’utilisation du cannabis est à la hausse au Canada, tant chez les femmes que chez les hommes, et il semble que les femmes soient aussi nombreuses que les hommes à suivre un traitement pour se sevrer de la méthamphétamine. Une étude réalisée à Vancouver auprès d’utilisateurs de drogues injectables a révélé que le taux d’infection au VIH chez les femmes était d’environ 40 pour cent supérieur à celui des hommes.

Quels sont les facteurs sexospécifiques qui influent sur la consommation de substances chez les femmes?
En plus des nombreux facteurs sexospécifiques qui influent tant sur la consommation de substances chez les femmes que sur leurs effets, il existe de nombreux facteurs relevant des rapports sociaux entre les sexes qui influent sur la prévention, la consommation, le traitement et la guérison. Notamment, le parcours qui mène les filles et les femmes à consommer des substances est souvent façonné par des expériences liées aux rapports entre les hommes et les femmes. Comparativement aux toxicomanes masculins, les filles et les femmes toxicomanes sont plus nombreuses à subir de la violence sexuelle et physique et les traumatismes subséquents, des expériences fortement liées à des problèmes de consommation. Les femmes sont aussi plus à risque de vivre des problèmes de toxicomanie en raison du plus grand impact (démontré par la recherche) qu’exercent les transitions de vie sur les femmes. Les femmes ont plus tendance aussi à recourir à des substances pour composer avec des problèmes émotionnels et relationnels. De plus, les pratiques publicitaires sexospécifiques qui sont adoptées par les industries de l’alcool et du tabac, ainsi que le stigma social imposé aux femmes qui consomment des substances – surtout les femmes enceintes et les mères –, augmentent les risques de consommation et entraînent d’énormes obstacles en matière de soins de santé.

Quels sont les défis?

Malgré d’importants progrès réalisés au chapitre de la recherche, des politiques et des pratiques au cours des 10 dernières années, de nombreux défis demeurent.

L’éventail de substances

Les substances sur lesquelles il faut se pencher sont diverses et nombreuses. Certaines sont nouvelles, comme le cristal méthamphétamine, d’autres sont connues depuis longtemps, comme l’alcool et les benzodiazépines. Chaque substance entraîne des problèmes sanitaires et sociaux différents et requiert des interventions sociales et médicales ainsi que des actions de revendication particulières. Le gouvernement et les autres interlocuteurs concernés doivent donc étudier de nouvelles approches en matière de contrôle, de promotion de la santé ou de réglementation. Les drogues licites, comme le tabac et l’alcool, sont utilisées à plus grande échelle et causent plus de dommages, bien que les drogues illicites, comme l’héroïne et la cocaïne, font souvent l’objet d’une plus grande attention. Derrière les drogues licites sont des entreprises qui profitent de la dépendance des gens envers leurs produits. Elles en font la promotion et diffusent de la publicité de façon agressive. La distribution de drogues illicites relève d’une activité criminelle et entraîne des interventions policières et judiciaires, ce qui ouvre la porte à d’autres problématiques économiques et sociales pour les individus et la société. Un autre défi tout aussi complexe est celui de composer avec la surconsommation de médicaments d’ordonnance et l’assuétude qu’elle entraîne, un dossier important pour les femmes et pour les groupes qui défendent les droits des femmes en matière de santé.

Prévention et traitement. Nombre de collaboratrices et de collaborateurs réclament vivement des ressources de prévention axées sur les femmes qui autonomisent cette clientèle et renforcent sa capacité de gérer des problématiques liées à la consommation. Même si la poursuite d’une telle démarche dans des systèmes complexes, traditionnels, axés sur la médecine et conçus pour les hommes n’est pas toujours facile, des approches axées sur les femmes peuvent être intégrées non seulement à l’échelle des soins mais aussi à l’étape de la conception des programmes, de la recherche et de l’élaboration des politiques. Une discussion riche et continue, en cours actuellement, tente de décrire ce à quoi ressembleraient de telles ressources, tout en explorant les moyens collectifs à prendre pour aller de l’avant et mettre en place des réponses positives, sécuritaires et productives dans le domaine de la toxicomanie féminine.

La multiplicité des problématiques. Les femmes vivent souvent de multiples problématiques de façon juxtaposée : troubles de santé mentale, traumatismes, violence et consommation. Des problèmes comme l’instabilité en matière de logement, l’infection au VIH ou la pauvreté font obstacles au traitement et à la guérison des femmes et menacent leur état de santé global. La prestation d’interventions adéquates auprès des femmes qui vivent plusieurs de ces problématiques est complexe et nécessite une approche novatrice, la présence de compétences et une attitude compréhensive. Une plus grande intégration des services constitue une voie prometteuse – des interventions plus complètes et appropriées auprès des femmes qui ont des problèmes de toxicomanie, dispensées par un plus grand éventail de ressources et à différents points de services, comme des maisons d’hébergement, des centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle, des centres communautaires et des bureaux de médecins.

D’autres éléments probants. Également présent dans tout le livre est le sous-argument selon lequel il faut mener d’autres recherches dans les plus brefs délais pour approfondir notre compréhension de ces problématiques et améliorer nos interventions auprès des femmes et des filles consommatrices de substances. Au Canada, les bailleurs de fonds demandent de plus en plus aux chercheurs de prendre en compte le sexe biologique et le sexe social dans leurs travaux, ce qui aidera certainement à améliorer notre base d’éléments probants. En 2003, les Instituts de recherche en santé du Canada ont parrainé la création d’un programme de recherche sur la toxicomanie et la consommation de substances au Canada, lequel comprend un volet de recherche sur les influences liées au sexe biologique et au sexe social, afin de générer des éléments probants qui correspondent davantage au vécu des femmes. De plus, le Gouvernement du Canada exige l’application de l’analyse comparative entre les sexes (ACS) dans le processus d’élaboration de politiques. À cet effet, Santé Canada applique l’ACS dans le cadre de ses recherches et sa programmation.

Les connaissances ne sont pas uniquement générées par des éléments probants issus de la recherche. Elles proviennent aussi de nombreuses autres sources. Les témoignages des chercheurs, des militants œuvrant à l’échelle des politiques, des professionnels de la santé et des pourvoyeurs de services communautaires sont juxtaposés à ceux de femmes qui ont vécu personnellement des problèmes de toxicomanie. Cette présentation met en évidence l’apport unique et valide de chaque interlocuteur, qui nous aide à approfondir nos connaissances. Elle met aussi en lumière le défi que nous devons relever, celui d’amalgamer les « connaissances » que nous possédons dans chaque discipline afin de concevoir des solutions qui contribueront davantage au bien-être des femmes.

Le stigma. Les femmes et les filles qui consomment des substances sont souvent dépeintes comme des êtres méprisables, tant dans les médias que dans les conversations quotidiennes. Ce stigma est imposé de façon particulièrement vive aux femmes enceintes ou aux mères toxicomanes, ou aux femmes qui n’agissent pas selon le modèle féminin imposé par la société, en raison de leur consommation. Ce livre fait état des importants progrès qui ont été accomplis au cours des dernières décennies, en ce qui a trait à une meilleure compréhension du vécu des femmes et des filles et de la problématique de la toxicomanie. Toutefois, nous ne pouvons prendre pour acquis que cette clientèle bénéficie d’un soutien étendu ou qu’il existe une volonté collective de répondre respectueusement aux femmes qui ont des problèmes de toxicomanie. En effet, l’opinion tant publique qu’individuelle révèle souvent une absence de sympathie et de patience envers les femmes aux prises avec la toxicomanie. Dans la société canadienne, celles-ci sont encore très souvent pointées du doigt et portent le fardeau de la honte. De toute évidence, il faut encore défendre les droits de ces femmes et mener des actions politiques, bref, poursuivre une démarche positive pour répondre aux besoins des femmes qui vivent des problèmes de consommation.

Ce sont là des défis de taille qu’il faudra relever dans les années à venir. Si l’on tient compte des succès, des innovations et de la ténacité dont ce livre témoigne, et si le mouvement pour la santé des femmes poursuit sa lancée et sa croissance, nous pouvons envisager l’avenir avec beaucoup d’optimisme.

Cet extrait est une adaptation de l’introduction du livre Highs & Lows: Canadian Perspectives on Women and Substance Use [Des hauts et des bas : perspectives canadiennes concernant les femmes et la toxicomanie], publié par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique (CESFCB) et le Centre de toxicomanie et de santé mentale, sous la direction de Lorraine Greaves et Nancy Poole.

Lorraine Greaves est présidente du International Network of Women Against Tobacco [Réseau international des femmes contre le tabac] et directrice générale du CESFCB.
Nancy Poole est associée de recherche au CESFCB et agit en tant que conseillère de recherche provinciale pour la question des femmes et de la toxicomanie auprès de la BC Women’s Hospital [Hôpital des femmes de la C.-B.]

Highs & Lows: Canadian Perspectives on Women and Substance Use est disponible en anglais seulement. Pour commander ce livre, communiquez avec le Centre de toxicomanie et de santé mentale : http://www.camh.net/.

Conversation avec la rédactrice en chef
Nancy Poole, coéditrice du livre Highs & Lows: Canadian Perspectives on Women and Substance Use [Des hauts et des bas : perspectives canadiennes sur les femmes et l’utilisation de substances], discute de cette publication avec Ellen Reynolds

ER – D’où vient l’idée de ce livre?

NP – Le centre Aurora, qui offre un programme de traitement destiné aux femmes et dont les locaux sont situés à la BC Women’s Hospital [Hôpital pour femmes de la C.-B.], a parrainé une conférence sur les traitements pour femmes. L’événement a eu lieu à Vancouver, à l’automne 2003, et nous envisagions d’abord de publier les résultats de ce congrès. Puis, nous avons pensé qu’il y a tant à dire sur tout ce qui a été fait sur la question des femmes et l’utilisation de substances au Canada, et que ces réalisations méritent d’être soulignées. Le projet a donc pris de l’ampleur et est devenu un livre. Nous étions très intéressées à recenser plusieurs points de vue – les opinions et le travail des chercheurs, des fournisseurs de services et des décideurs, lorsque cela était possible. Nous voulions aussi nous assurer d’inclure les voix des femmes qui vivaient des problèmes liés à l’utilisation de substances.

ER – Dans l’introduction, vous souhaitez que Highs & Lows contribue à « l’élaboration d’une réponse qui soit davantage axée sur les besoins des femmes, tant au Canada qu’à l’étranger ». Quel public voulez-vous toucher pour atteindre cet objectif?

NP – Nous désirons vraiment influencer les gens qui fréquentent les universités et les collèges et qui apprennent à travailler auprès des femmes sur ces problématiques. À notre avis, il est important de les aider à comprendre ces questions, à l’étape où ils amorcent leur carrière dans le domaine. Nous espérons aussi influencer les chercheurs quant au choix de questions à poser dans l’avenir, ainsi que les organisations qui œuvrent à l’échelle des politiques et des services, comme le Centre de toxicomanie et de santé mentale ou autres organismes de pointe qui travaillent en toxicomanie et en santé.

ER – Dans l’introduction, vous parlez de l’utilisation de certains termes et vous expliquez le choix d’une terminologie précise. Vous avez recours à des termes comme « utilisation de substance » au lieu « d’abus de substance » ou « accoutumance », et les mots « patient » et « client » sont rarement sinon aucunement utilisés. Pourquoi ces choix de termes vous semblaient-ils importants?

NP – Le langage que vous utilisez est très important dans ce domaine. Nous voulions souligner le fait que l’utilisation de substances s’inscrit dans un continuum. Ce ne sont pas toutes les substances qui sont nocives et les problèmes d’utilisation de substances ne relèvent pas tous de la toxicomanie. Nous sommes également très intéressées à démontrer la différence entre l’abus et l’utilisation de substances. Nous utilisons le terme « abus » uniquement lorsqu’il s’agit de violence envers les femmes, et nous associons « abus » aux gens et « utilisation problématique » aux substances. Puisque la violence à l’endroit des femmes et l’utilisation problématique de substances se produisent fréquemment dans un même temps, la distinction terminologique nous a grandement facilité l’écriture lorsque nous parlions de ces problèmes multiples qui se recoupent. Nous voulions aussi éviter des mots comme « patient » et « client » et inviter les gens à parler des femmes, tout en encourageant les femmes à raconter leur vécu plutôt que de se définir en fonction d’un système.

ER – Pouvez-vous parler du rôle des témoignages dans le livre?

NP – Vous pouvez parler de la nécessité de prendre en compte la violence que les femmes ont subie et leurs problèmes d’utilisation de substance, mais quand vous entendez les témoignages, vous développez une autre vision de ce que vous devez faire. Ces récits vous poussent vraiment à poser les gestes que vous devez poser. Selon nous, les témoignages offraient des éléments tout aussi importants que les résultats de recherches. Ils peuvent donc guider les décideurs et les praticiens dans leur travail.

ER – La dernière partie de Highs & Lows traite de possibilités et de défis continus – par exemple les défis liés à la mauvaise utilisation des benzodiazépines, un médicament d’ordonnance, et aussi au tabagisme. À votre avis, ces défis seront-ils à l’ordre du jour dans un proche avenir?

NP – Graduellement, nous allons être témoins de nombreux autres écarts au chapitre des connaissances et des gestes que nous posons ou ne posons pas. Je pense que cela entraînera un mouvement qui se penchera notamment sur des questions comme l’utilisation de benzodiazépines. Lisez le chapitre « The Silent Addiction » [L’accoutumance silencieuse], de Janet Currie, sur le sujet des benzodiazépines. Mme Currie et le groupe Action pour la protection de la santé des femmes font un excellent travail à l’échelle des politiques, en collaboration avec les gouvernements de tout le Canada, et je pense que nous en verrons bientôt les effets. Il y aura des progrès à ce sujet.

ER – À la fin du livre, vous soulignez le travail du Centre Amethyst pour femmes toxicomanes, à Ottawa, un organisme qui offre des services de traitement exclusivement aux femmes, ainsi que l’œuvre de deux institutions provinciales qui offrent des traitements en Alberta et en Ontario, dans le cadre d’un programme axé sur les femmes. Selon vous, de tels programmes pourraient-ils devenir la norme dans un avenir proche?

NP – Plusieurs gouvernements territoriaux et provinciaux du Canada ont demandé mon aide pour concevoir des systèmes de services. Je pense que nous verrons la mise en place d’un plus grand nombre de cadres de travail qui s’inscrivent dans un système et qui recommandent la mise en place des deux approches de travail auprès des femmes – celle axée sur les femmes et celle pour grand public. J’en suis convaincue. En termes de nombre de services individuels axés sur les femmes, comme Amethyst, je ne suis pas certaine. J’espère que c’est ce que nous verrons, mais ces ressources ne se sont pas multipliées comme nous l’aurions souhaité au cours de la dernière décennie.

En général, les gouvernements ont adopté des cadres de travail. En Alberta, ils ont élaboré un volet supplémentaire qui s’ajoute au traitement, appelé « Services améliorés à l’intention des femmes ». Il s’agit davantage d’un service d’approche conçu pour favoriser la participation des femmes aux soins et pour les aider à accéder aux traitements et à d’autres ressources. Ce programme s’est avéré des plus efficaces. Donc, bien que ce ne soit pas un centre de traitement autonome pour femmes, c’est une approche très intéressante et créative, qui a remporté plusieurs prix en Alberta. Si nous pouvons mettre en place d’autres mesures semblables, nous serons sur la bonne voie au cours de la prochaine décennie.

Ellen Reynolds est directrice des communications au RCSF. Cet article est un extrait d’une entrevue diffusée en février 2008 sur les ondes de CFUV Radio, à Victoria, en C.-B.