Note de la rédactrice : : Avec 300 millions de dollars, que feriez-vous pour améliorer la santé des filles et des femmes au Canada? Le débat autour de la vaccination contre le VPH fait rage

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Au mois de mars dernier, le gouvernement fédéral annonçait le déblocage de 300 millions de dollars pour financer des programmes de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) à destination des filles et des femmes avec le Gardasil, un tout nouveau vaccin produit par Merck Frosst. Ce vaccin a été porté aux nues par beaucoup comme étant le moyen le plus efficace de prévenir le cancer des cervicales, et la grande majorité du corps médical, des praticiens et des administrations sanitaires territoriales et provinciales ont accueilli cette annonce d’un bon œil.

Cependant, un examen plus approfondi sur les lacunes de la recherche, sur les coûts et d'autres considérations d'ordre politique concernant un programme de vaccination massif contre le VPH au Canada génère certaines inquiétudes parmi de nombreux(euses) expert(e)s du secteur de la santé des femmes.
À l’été 2007, le Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF), avec l’aide d’autres organisations comme Action pour la protection de la santé des femmes et de nombreux chercheur(euse)s indépendant(e)s ou de médecins à travers le pays, a porté ces questions et le principe de précaution sur la place publique.  

Après une étude précise des recherches disponibles, nous avons publié nos observations critiques sur le vaccin contre le VPH dans le Journal de l’Association médicale canadienne, ainsi qu’un exposé de principe plus détaillé sur notre site Internet. Nous nous sommes également entretenus librement avec les médias à qui nous avons fait part de nos inquiétudes. Les lectrices et lecteurs de la revue Le Réseau se souviendront certainement d'un article sur le sujet paru dans le dernier numéro dans lequel nous suggérions le respect du principe de précaution. (Liens de tous les articles dans la barre latérale.)

Le taux de réponse à ces diverses initiatives fut fantastique. Nous avons reçu de nombreuses lettres de félicitations et de remerciements pour avoir publiquement exposé nos inquiétudes auprès des communautés médicales, des instances politiques ainsi qu’auprès du grand public. Bien entendu, nous avons également été la cible de critiques véhémentes et aigres (parfois même personnelles) de personnes pensant que rendre ces avertissements publics sur le vaccin contre le VPH desservait la santé des femmes.

La controverse prit une ampleur que nous n’avions pas imaginée, et pendant plusieurs mois après cette prise de parole, et même encore maintenant, nous avons dû répondre à de nombreux appels des médias. Nous fûmes également mentionnés dans de nombreux communiqués de presse émanant de professionnels du corps médical, des agents de santé et de ministres de la santé territoriaux et provinciaux et, il va sans dire, du fabricant de Gardasil cherchant à discréditer notre point de vue, souvent sans même répondre aux questions que nous avions posées et, parfois, en tentant de discréditer les compétences professionnelles des auteur(e)s de nos publications.

Ces attaques à notre égard nous ont pris par surprise, surtout que nos questions et nos préoccupations avaient été déjà soulevées lors de l’ « Atelier sur les priorités canadiennes en matière de recherche sur les vaccins contre le virus du papillome humain » de l’Agence de la santé publique du Canada (novembre 2005, Québec; http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/06vol32/32s1/index_f.html). Notre participation au débat voulait simplement mettre l'accent sur ce qui continue de rester inconnu depuis l'atelier, et poser la question suivante, surtout avec l'allocation budgétaire de 300 millions de dollars pour Gardasil : Pourquoi se lancer dans un programme de vaccination de masse maintenant? Pourquoi ne pas attendre que les résultats de recherche soient plus détaillés et complets, et que les objectifs de ce programme de vaccination soient exposés plus clairement?

Nous maintenons notre position et questionnons toujours cette dépense de 300 millions de dollars pour un programme de vaccination sur lequel beaucoup de questions restent sans réponse. Lorsque de nombreuses initiatives de santé de base, en manque de fonds publics, avec des taux de réussites pourtant reconnus dans la lutte contre le cancer cervical, pourraient bénéficier d'un afflux de fonds pour offrir des programmes de tests Pap aux communautés vulnérables et mal desservies.  

Mais avant tout, nous tenons à défendre notre droit à poser des questions, à émettre des réserves et à encourager un débat informé là où la santé des filles et des femmes est en jeu. Nous refusons d’être réduites au silence par les critiques, même (et surtout) par celles qui exercent une plus grande influence économique (grâce aux coffres de l’industrie pharmaceutique) et politique que nous ne posséderons jamais.  

Trop nombreuses furent les critiques qui semblaient attaquer notre droit à la prise de parole sur cette question plus que l’enjeu discuté, et rien ne nous parait plus dangereux.   

En qualité de personnes informées et d’organisation spécialisée en santé des femmes, nous avons le droit d’être entendues, même si cela veut dire que nous devons nous défendre férocement contre une vague de critiques (institutionnelles). En d’autres mots, nous devons continuer à prendre la parole.

Bien entendu, le RCSF ne s’est pas penché uniquement sur la question du vaccin contre le VPH ces derniers mois, et ce numéro de notre revue Le Réseau fait état des nombreux dossiers urgents sur lesquels il faut se pencher avec une attention soutenue.  

Les questions de santé mentale pour les filles et les femmes seront un point central l’année prochaine et pour les années à venir, en raison de l’annonce récente par le gouvernement fédéral de mettre sur pieds une Commission sur la santé mentale pour le Canada ainsi qu'une stratégie nationale pour la santé mentale. Nous dévoilons donc, dans ce numéro, quelques points importants que nous aimerions voir dans une stratégie comme celle-ci. Les répercussions des réformes de la santé, comme l’assurance santé privatisée pour des services de santé disponibles et déjà financés par des fonds publics, et les conséquences que cela pourrait avoir sur les femmes et leur famille; les questions de la vieillesse, des besoins et de l'accès au système de santé; les conséquences à long terme de la violence sexuelle à l'endroit des enfants, ou encore la nécessité de concentrer nos efforts sur la prévention du cancer, ne sont là que quelques sujets essentiels traités dans ce numéro de notre revue Le Réseau.

Comme toujours, nous vous invitons à nous envoyer vos réflexions et vos contributions pour les prochains numéros et à adhérer au RCSF pour que la santé des femmes et des filles soit à l'ordre du jour de la politique nationale!

Bien cordialement,
Kathleen O’Grady
Directrice des communications
Réseau canadien pour la santé des femmes