Du Réseau canadien pour la santé des femmes
Le gouvernement fédéral a récemment annoncé la création d’une Commission de la santé mentale (mars 2007) et son intention d’élaborer une stratégie canadienne dans le domaine. Ce fut pour nous toutes et tous l’occasion d’assurer l’inclusion des problématiques, des défis et des expériences liés à la santé mentale des femmes et des filles aux impératifs pancanadiens, ainsi que de l’analyse comparative entre les sexes comme outil servant à guider l’ensemble des travaux de la Commission.
À cette fin, le Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF) a tenu en octobre 2007 un atelier national à Ottawa, dans le but de rassembler des chercheur(euse)s, des prestateur(trice)s de services et des éducateur(trice)s du milieu communautaire, des organisations non gouvernementales et des décideur(euse)s intéressé(e)s aux enjeux liés à la santé mentale selon une perspective sexospécifique, tous des gens actif(ive)s dans ce dossier. Cette rencontre avait pour but d’explorer le mandat de la nouvelle Commission et d’établir des stratégies assurant l’inclusion des femmes au processus. L’atelier a eu lieu grâce au soutien de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) et l’Université Carleton.
L’atelier organisé par le RCSF suit de 20 ans fermes la publication d’un rapport historique émis par l’Association canadienne pour la santé mentale, intitulé « Women and Mental Health in Canada: Strategies for Change » [Les femmes et la santé mentale au Canada : stratégies de changement] (avril 1987), et de presque 15 ans la publication d’un rapport publié par le Groupe de travail fédéral-provincial-territorial sur la santé des femmes, intitulé « Un effort conjoint pour la santé mentale des femmes » (mars 1993). Ces deux publications portaient principalement sur le thème de la santé mentale. Les participant(e)s à l’atelier ont pris appui sur ces documents toujours pertinents, ainsi que sur une recherche plus récente, menée par l’Ad-hoc Working Group on Women, Mental Health, Mental Illness and Addiction [Groupe de travail ad hoc sur les femmes, la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie], créé en 2006 par le RCSF.
Le RCSF a récemment mis ce groupe de travail sur pied pour répondre au rapport sénatorial de la Commission présidée par le sénateur Michael Kirby, intitulé De l’ombre à la lumière, lequel a largement occulté les problématiques afférentes à la santé mentale des femmes. En 2006, le groupe de travail s’est prononcé officiellement sur le rapport sénatorial, dans un document intitulé « Women, Mental Health and Mental Illness and Addiction in Canada: An Overview » [Les femmes, la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie au Canada : un survol]. Ce document souligne l’importance d’adopter l’analyse des influences du genre et du sexe (AIGS) pour comprendre, de façon précise et exhaustive, les problématiques de santé mentale au Canada.
Les participant(e)s à l’atelier se sont réuni(e)s pour s’assurer que la Commission n’omet pas d’inclure dans ses réflexions les fruits de ces importantes recherches, lesquelles se penchent sur certaines préoccupations en santé mentale féminine et constituent un modeste échantillon des recherches réalisées pendant plus de deux décennies. L’atelier a donc débuté avec de l’information contextuelle, notamment un survol du rapport sénatorial Kirby sur la santé mentale, présenté par Marina Morrow, Ph.D., du Centre d’excellence pour la santé des femmes, région de la C.-B. Ce survol a mis en évidence l’absence d’AIGS dans le rapport et les conséquences de cette lacune importante quant à la santé des femmes et des filles.
Les participant(e)s à l’atelier ont également entendu le Dr Howard Chodos, représentant de la nouvelle Commission de la santé mentale, ainsi que Madeleine Dion Stout, coprésidente du conseil d’administration de la Commission et une des membres fondatrice du Aboriginal Women’s Health and Healing Research Group (AWHHRG) [Groupe de recherche sur la santé et la guérison des femmes autochtones]. Les participant(e)s ont également pris part à des groupes de discussion pour faire un remue-méninges sur des préoccupations précises, comme la campagne anti-stigmate proposée par la Commission, et aussi les liens entre certaines problématique en santé mentale et les jeunes, la violence, les traumatismes, et les questions de santé mentale qui ont trait aux milieux de travail et à la population active.
De nombreux(euses) participant(e)s à l’atelier se sont engagé(e)s à travailler ensemble dans l’avenir dans le but de produire des recommandations écrites destinées à la Commission et d’élaborer d’autres stratégies qui amèneraient cette dernière à faire de l’AIGS et de la question de la santé des femmes la pierre angulaire de son travail continu. Le Réseau canadien pour la santé des femmes a accepté de coordonner les initiatives issues de l’atelier. Il recueille donc présentement les rapports et l’information portant sur les programmes de santé mentale novateurs et met sur pied un groupe de travail pancanadien sur les rapports sociaux entre les sexes, les femmes et la santé mentale, pour offrir une rétroaction au travail continu de la Commission.
Pour suivre ce dossier, consultez le site www.rcsf.ca ou composez le 1 888 818-9172.
Par le Réseau canadien pour la santé des femmes, adaptation d’une présentation de Marina Morrow, à l’atelier sur les femmes, les rapports sociaux entre les sexes et la santé mentale, livrée à l’Université Carleton, le 15 octobre 2007.
Les questions de sexe biologique et de sexe social sont des éléments dont on doit tenir compte dans les discussions sur la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie. Certains troubles de santé peuvent être plus présents chez l’un ou l’autre sexe. Par exemple, au Canada, les femmes sont près de deux fois plus à risque que les hommes d’être atteintes ou de recevoir un diagnostic de dépression et d’anxiété, alors que l’alcoolisme est plus présent chez les hommes. Les femmes sont aussi plus nombreuses que les hommes à souffrir de troubles affectifs saisonniers, de troubles alimentaires, de troubles paniques et de phobies. Les hommes, notamment les hommes âgés, risquent davantage de se suicider, alors que les femmes feront plus de tentatives de suicide et adopteront davantage des comportements d’automutilation sans pour autant avoir l’intention de mourir (mécanisme d’adaptation déclenché en situation de stress).
Parfois, les problèmes de santé semblent frapper autant les hommes que les femmes. En réalité, ils se manifestent différemment et les symptômes ne sont pas les mêmes, selon le sexe. Par exemple, la schizophrénie chez les hommes apparaît généralement plus tôt que chez les femmes. Cette maladie requiert donc des traitements et des services différents chez l’un ou l’autre sexe. Pour ce qui est de la toxicomanie, les substances utilisées chez les hommes et les femmes ne sont pas les mêmes, quant à la force, la prévalence et l’impact sur la santé.
Il faut aussi tenir compte des différences sur le plan pharmacologique, différences liées au sexe, comme la masse du corps excluant la graisse, les concentrations hormonales et l’absorption gastrique, des facteurs qui, selon les études, influent sur l’absorption, la distribution, la métabolisation et l’élimination des substances ainsi que sur leurs effets biochimiques et physiologiques. Les antidépresseurs et les tranquillisants (psychotropes) sont davantage prescrits aux femmes. Elles sont donc beaucoup plus nombreuses que les hommes à consommer ces médicaments, qui créent une assuétude et entraînent d’autres problèmes, comme le risque de chutes.
Les femmes consultent les ressources en santé mentale plus fréquemment et affichent un taux plus élevé d’hospitalisation pour des troubles psychiatriques. Les hommes se retrouvent plus souvent en soins psychiatriques tertiaires et sont davantage criminalisés. Les discussions sur les services de santé mentale ont révélé que les femmes gèrent le stress et les événements de vie de façons différentes et utilisent d’autres moyens pour signaler leur détresse.
Les rôles attribués aux femmes et aux hommes dans la société influent également sur la santé mentale. Les femmes portent le poids des responsabilités associées à leur rôle de conjointe, de mère et de soignante. Plus de 80 % des personnes soignantes sont des femmes. Les gens qui dispensent des soins sans rémunération affichent un taux de stress très élevé, lequel influe sur la santé émotionnelle et la santé physique. Les femmes qui dispensent des soins font souvent partie de la « génération sandwich », prenant soin tant d’enfants que de parents âgés. Celles qui prennent soin d’un proche atteint d’une grave maladie mentale permanente doivent souvent adopter le rôle d’infirmière, de conseillère, d’avocate, d’intervenante en situation de crise, de soignante à domicile et de soutien de famille.
Les responsabilités liées à la prestation de soins sans rémunération ont également des effets sur les liens que les femmes entretiennent avec le monde du travail rémunéré. Les femmes quittent des emplois rémunérés, travaillent plus souvent à des emplois à temps partiel et ont moins accès à des avantages sociaux. Cette situation en matière d’emploi contribue à hausser, à différentes périodes de vie, le taux de pauvreté chez les femmes et explique les raisons qui font que l’accès aux nouveaux programmes sociaux, comme les garderies, les soins à domicile ou les soins en santé mentale, sont des « problématiques de femmes ». Les femmes, notamment les aînées, les femmes autochtones et les mères monoparentales, affichent un taux de pauvreté disproportionné, comparativement aux hommes.
Par ailleurs, les femmes et les hommes ne constituent pas des groupes homogènes. Les facteurs de statut socioéconomique, de race, d’appartenance ethnique, d’âge, d’habiletés, d’orientation sexuelle et de rapports sociaux entre les sexes interagissent entre eux et influent sur la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie de nombreuses manières. Les expériences de réétablissement et de préimmigration influent sur la santé mentale et augmentent parfois l’anxiété et la dépression. Les obstacles dus à la langue, la dépression liée au climat, la diminution du réseau familial, le chômage, l’absence d’intégration sociale et la discrimination figurent parmi les éléments stresseurs postmigratoires que vivent les nouveaux arrivants au Canada. Cette situation touche davantage les femmes, puisque les immigrantes et les réfugiées ont moins l’occasion que leurs compatriotes masculins d’apprendre le français et l’anglais au cours de la période suivant la migration. De plus, le taux de chômage chez les immigrantes et les réfugiées est de beaucoup supérieur à celui enregistré chez les femmes nées au Canada. Les immigrantes et les réfugiées sont aussi plus nombreuses à occuper des emplois sous-rémunérés.
Dans les communautés autochtones, la colonisation et les pensionnats ont brisé la continuité culturelle. Ce legs explique les taux élevés de dépression, d’alcoolisme et de suicide. Selon les estimations, le taux de suicide chez les femmes autochtones est plus de trois fois supérieur à celui relevé chez les femmes non autochtones. Les taux de suicide sont aussi plus élevés chez les lesbiennes, les gais et les bisexuel(le)s que ceux recensés dans la population générale. En Colombie-Britannique, les jeunes femmes qui s’identifient comme lesbiennes sont près de cinq fois plus à risque de se suicider que les jeunes femmes qui ne s’identifient pas comme tel.
Les expériences de violence / d’abus, de santé mentale et de toxicomanie sont intimement liées entre elles. Les femmes sont plus à risque de vivre des expériences de victimisation interpersonnelle, y compris l’abus sexuel dans l’enfance et à l’âge adulte, ainsi que la violence infligée par un partenaire intime. La consommation de substances et les problèmes de santé mentale sont fréquents chez les survivantes de violence, de traumatismes et d’abus. Ces difficultés, vécues de façons complexes et indirectes, agissent comme des catalyseurs les uns sur les autres.
Par conséquent, l’inclusion de l’analyse comparative entre les sexes dans les sphères de la santé mentale, de la maladie mentale et de la toxicomanie au Canada améliore la qualité et la fiabilité des résultats. La qualité des recommandations, des interventions et des résultats s’en trouve donc améliorée, pour le mieux être des individus et des communautés.
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