Un accès aux soins en temps équitables : Une réflexion sur les différences entre les sexes

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Les temps d’attente dans le monde de la médecine et des soins de santé ont fait l’objet d’un long débat au Canada. Combien de temps une personne doit-elle attendre pour consulter un médecin, obtenir un rendez-vous ou une consultation ponctuelle, subir un test diagnostic et obtenir les résultats, être admise à un hôpital, avoir un lit dans une salle commune (plutôt que d’attendre dans un corridor), être traitée? Ce sont là des questions qui reviennent constamment et qui sont régulièrement abordées par les médias.

Les témoignages personnels sont convaincants et nous sommes tous(toutes) touché(e)s lorsque nous entendons parler d’un(e) patient(e) qui n’a pas reçu des soins adéquates. Nous sommes aussi soulagé(e)s lorsque nous entendons des récits plus heureux – l’histoire d’un(e) ami(e) ou d’un(e) parent(e) qui a reçu de bons soins au sein du réseau de santé canadien, un acquis auquel nous tenons.

Toutefois, comme l’indique les propos ci-dessus, la notion de « temps d’attente » est large. C’est une expression souple qui indique le « temps » nécessaire pour obtenir des soins, à partir du moment où l’on désire consulter un médecin, jusqu’à la phase de traitement et l’étape de guérison. De plus, dans les témoignages que livrent les médias ou les individus, le sexe et le vécu de la personne qui attend ne sont pas précisés, ni le type de service sollicité.

Depuis plus de 10 ans, le groupe Les Femmes et la réforme en santé (FRS) s’est penché sur les effets des soins et des réformes de la santé sur les Canadiennes. Le groupe applique l’analyse comparative entre les sexes dans les recherches, les recommandations stratégiques et les communications pour identifier les raisons qui expliquent l’importance de ces réformes dans la vie des femmes, et pour identifier les enjeux qui touchent la population féminine. Dans le cadre de cette démarche, FRS a organisé un atelier en mars 2007 auquel ont participé des planificateur(trice)s et des décideur(euse)s œuvrant dans le domaine de la santé à l’échelle provinciale et fédérale. L’atelier avait pour objectif de favoriser une discussion sur la façon d’utiliser l’analyse comparative entre les sexes pour mieux comprendre les notions liées aux temps d’attente et leurs effets sur les femmes.

Le groupe de travail a organisé cette rencontre après avoir été invité à contribuer au contenu d’une annexe figurant au Rapport final du conseiller fédéral sur les temps d’attente, publié en 2006. Dans cette annexe, les auteures parlant au nom du groupe Les Femmes et la réforme en santé démontrent l’apport de l’analyse comparative entre les sexes dans une démarche pour mieux comprendre la dimension du « temps d’attente » en ce qui a trait à une procédure spécifique, notamment l’arthroplastie totale (chirurgie de remplacement de la hanche et du genou). Les auteures de l’article décrivent le cheminement qui mène à la chirurgie. En examinant la question de plus près, on découvre que le périple commence bien avant qu’une personne ne voit son nom mis sur la liste d’attente pour une intervention chirurgicale.

En appliquant l’analyse comparative entre les sexes (ACS), les auteures démontrent que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être atteintes de troubles qui requièrent une arthroplastie totale. Elles démontrent aussi que les médecins aiguillent plus d’hommes que de femmes vers ce type de chirurgie. De plus, les femmes sont plus nombreuses à refuser une date de chirurgie, pour des raisons précises (elles prennent soin d’une autre personne, elles ne peuvent pas s’absenter du travail, ou elles n’ont personne pour les aider à la maison pendant leur convalescence). Les auteures ont constaté qu’une étude axée sur l’ACS permet de répondre à des questions qui sont rarement posées et en engendre de nouvelles.

En appliquant l’ACS pour traiter des « temps d’attente » dans cette étude de cas, le groupe FRS recommande d’aborder la question de façon plus pertinente. Donc, au lieu de parler de « temps d’attente », il faudrait parler « d’accès à des soins de santé en temps équitables » (Timely Access to Care), qui est devenu le titre d’un atelier offert en mars 2007, organisé conjointement par les membres du groupe FRS et du PCSF.*

L’atelier comportait deux objectifs. Dans un premier temps, la rencontre visait à stimuler les débats en matière de politiques, pour analyser plus profondément la question des temps d’attente, en constante évolution, et introduire une notion plus large, celle d’un « accès à des soins en temps équitables », en tenant compte des déterminants de la santé et des approches axées sur la santé de la population. Dans un deuxième temps, à l’aide d’exemples concrets, l’atelier devait démontrer que la considération des besoins et des circonstances vécus par divers groupes de femmes et d’hommes, avec une attention particulière aux groupes marginalisés, ajoute une plus-value aux politiques, aux recherches et au processus d’élaboration de programmes en matière de temps d’attente, tout en élargissant la discussion sur l’accès à des soins en temps équitables. Grâce à l’ACS, les gouvernements de tous les paliers peuvent améliorer la planification et la prestation de soins.

Environ 60 éminents chercheur(euse)s et analystes de Santé Canada et du Service de santé publique Canada, provenant de secteurs provinciaux et régionaux, ont été convié(e)s à la rencontre. En plénières et dans de petits groupes de travail, les participant(e)s ont exploré des idées, mis à défi les à prioris, soulevé des questions concernant les notions et les paradigmes de l’accès à des soins en temps équitables au Canada, et exploré les perspectives additionnelles qu’engendre l’ACS.

L’atelier a débuté par une discussion en panel à laquelle ont participé le Dr Michael Rachlis, bien connu pour ses écrits, ainsi que Pat Armstrong, Ph.D., professeure de sociologie à l’Université York et présidente du groupe FRS. Dans son discours d’ouverture, le Dr Rachlis a souligné que les temps d’attente sont toujours inadéquats et que la conception de modèles simplifiés visant à augmenter la rapidité d’intervention des médecins et des infirmières ne peut pas à elle seule éliminer les listes d’attentes. Madame Armstrong a complété ces points importants dans ses propos d’ouverture, soulignant l’importance de disposer d’un plus grand éventail de données sur les patient(e)s, leurs antécédents, le soutien dont ils(elles) disposent à domicile, les personnes qui en prennent soin, et notamment leur contexte de vie.

Avec ces commentaires d’introduction comme toile de fond, le groupe FRS a invité les participant(e)s à se joindre à l’un des quatre groupes de discussion pour explorer l’ACS et l’accès aux soins en temps équitables au chapitre des programmes pour les populations autochtones, des chirurgies de la hanche et du genou, du milieu de travail dans le domaine de la santé, ainsi que de la santé mentale. À l’aide d’études de cas et d’exercices, les animatrices des ateliers ont transmis aux participant(e)s des outils pour appliquer l’ACS en matière de données de surveillance, de conception de programmes et de problèmes de santé.

Les ateliers ont démontré la pertinence de l’ACS dans les domaines de la recherche, des politiques et de la conception de programmes en contextes de soins. Les conférencier(ière)s invité(e)s et le panel de discussion au programme de la matinée se sont penchés sur les concepts clés, les applications et les résultats de recherche, mettant en lumière la contribution de l’ACS quant à l’amélioration de l’efficacité et des résultats en matière de santé, tant pour les hommes que pour les femmes.

À la suite de ces ateliers, cinq participant(e)s ont été invité(e)s à parler des connaissances qu’ils(elles) ont acquises au cours de la journée et à partager leurs impressions sur les possibilités d’application de l’ACS dans le cadre de leurs propres projets. Chaque participant(e) a émis une perspective unique au cours de ce panel, mettant davantage l’accent sur l’importance d’intégrer l’ACS pour nourrir la réflexion sur l’accès en temps équitables. Ils(elles) ont aussi énoncé des objectifs clairs quant à l’intégration de cet outil d’analyse.

Tous les panélistes ont reconnu que le recours à l’ACS était particulièrement pertinent dans leurs propres milieux et projets, en raison de son approche qui remet en question les à prioris selon lesquels les hommes et les femmes seraient traités de façon égale, et à cause aussi de la possibilité d’échanger sur les dimensions d’inclusion et de contexte. À la suite des apprentissages acquis pendant la journée, nombre de ceux(celles) qui ont participé au panel de réflexion ont affirmé qu’ils(elles) traiteraient des questions d’accès en temps équitables en tenant davantage compte des différences entre les sexes et qu’ils(elles) inviteraient leur entourage à faire de même.

Pour plus d’information, consultez le site du groupe de travail
Les Femmes et la réforme en santé


Analyse comparative entre les sexes et temps d’attente : Nouvelles questions, nouvelles connaissances

 

*Les organismes suivants figurent parmi les bénéficiaires du Programme de contribution pour la santé des femmes : le Aboriginal Women’s Health and Healing Research Group; le Centre d’excellence de l’Atlantique pour la santé des femmes; le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la C.-B.; le Réseau canadien pour la santé des femmes; le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu; le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies; Les Femmes et la réforme en santé; et Action pour la protection de la santé des femmes.