L’égalité des femmes a fait d’énormes progrès : mais il reste du chemin à faire

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Félicitations à Shari Graydon, membre du Comité consultatif des expert(e)s du Réseau canadien pour la santé des femmes. Shari a reçu le Prix de la Gouverneure générale en commémoration de l’affaire « personne » (octobre 2007), pour son travail en défense des droits à titre de présidente d’Évaluation-Média et du Fonds pour l’avenir des femmes.

Ce prestigieux prix est décerné aux individus qui ont activement contribué à l’amélioration de la condition féminine. Il commémore l’œuvre des « Cinq femmes célèbres » – Emily Murphy, Henrietta Muir Edwards, Louise McKinney, Irene Parlby et Nellie McClung qui, en 1929, ont lutté et gagné pour les femmes le droit d’être reconnues par la loi comme des personnes (et par conséquent le droit de siéger au Sénat).

 

John F. Kennedy a jadis déclaré : « Les choses ne se produisent pas d’elles-mêmes. Il faut agir pour qu’elles se produisent. »

Tous les 18 octobre, nous célébrons au Canada un exemple classique de cet vérité : l’affaire « personne ».

Il y a huit décennies, cinq militantes féministes de l’Alberta ont contesté la décision de la Cour suprême du Canada, qui statuait que les femmes ne bénéficiaient pas du statut juridique de personne. Le 18 octobre 1929, le Conseil privé d’Angleterre a renversé cette décision.

Le gouvernement canadien ne s’est pas précipité pour accorder aux femmes le statut de personne et le droit de vote, ou pour mettre en place des lois empêchant les employeurs de congédier leurs travailleuses qui se mariaient. Ce sont les femmes elles-mêmes qui, de par leurs actions, ont assuré la victoire de ces batailles pour l’égalité, comme elles le font encore aujourd’hui. Elles consacrent leur temps et leur argent à lutter pour obtenir des lois plus justes en matière d’agression sexuelle et de divorce, pour améliorer les droits matrimoniaux des femmes autochtones, pour assurer à leurs sœurs des prestations de maternité et l’équité salariale.

Dans les années 60, les femmes se sont battues pour que nous puissions accéder légalement à la contraception. Dans les années 80, nous nous sommes battues pour que le viol d’une femme par son conjoint soit considéré comme un acte criminel. Et aussi récemment qu’en 2005, nous nous sommes battues contre l’acceptation de la sharia comme loi dans notre pays.

Le Canada est reconnu par la communauté internationale pour son leadership en matière d’égalité des droits. Par ailleurs, ce leadership repose grandement sur le travail des femmes au chapitre de la recherche et de la défense des droits – un travail que le gouvernement fédéral a décidé, l’an dernier, de ne plus appuyer. À la suite de ce retrait, nombres d’organisations qui ont lutté pour offrir aux Canadiennes une société égalitaire risquent de disparaître, et plusieurs ont déjà rendu l’âme.

Le travail que j’accomplis bénévolement pour améliorer la condition féminine n’est possible que grâce aux ressources dont je bénéficie. Je mets à contribution mon temps et mon argent parce que je peux me le permettre. Je ne suis pas une mère monoparentale qui lutte pour nourrir ses enfants avec le salaire minimum. Je ne suis pas une immigrante dont l’accès à la citoyenneté dépend d’un homme qui la violente. Je ne suis pas une travailleuse du sexe pour qui la vie dans la rue est préférable à la violence qu’elle subit à la maison.

Je suis blanche, en bonne santé, scolarisée, sans enfant et mariée à un professionnel dont la carrière est florissante. J’ai des connaissances influentes, je fais un travail bien rémunéré et j’ai du temps de loisirs. Je bénéficie souvent d’une tribune pour m’exprimer. Je suis le type de femmes que l’on montre en exemple pour dire que la société n’a plus besoin du mouvement féministe. Par contre, ma vie n’est vraiment pas représentative.

Sur papier et sur le plan juridique, nous avons fait beaucoup de chemin en matière d’égalité des sexes. Toutefois, nombre de femmes ne bénéficient toujours pas des possibilités dont je jouis, et les inégalités sont encore nombreuses. Pour faire honneur à sa réputation, le Canada doit, à mon avis et à celui de nombreuses autres femmes, procéder aux changements suivants.

Nous voulons que les paroles de notre hymne national reflètent la présence des femmes. Nous voulons que les filles soient aussi chéries que les fils, et éduquées avec la vision qu’elles peuvent un jour se rendre à la lune ou diriger le pays. Nous voulons que les entreprises de lingerie considèrent comme inconcevable toute publicité destinée à vendre des strings et des soutien-gorge balconet à des petites filles de sept ans. Nous voulons aussi que les actualités qui rapportent les cas de violence envers les femmes le fasse de façon à contrer et non pas à perpétuer les mythes sur le viol.

Nous rêvons d’un monde dans lequel les femmes pourront se promener dans « la rue, la nuit, sans peur » les 364 autres jours de l’année… Dans lequel nos possibilités de gagner à la loterie sont plus élevées que les risques d’être assassinées par notre conjoint. Dans lequel le taux de condamnation pour agression sexuelle sera à tel point élevé que les hommes ne feront plus semblant de ne pas comprendre lorsqu’une femme dit « non » et ne chercheront plus à « la neutraliser avant de passer à l’acte ».

Nous voulons construire une société dans laquelle les menstruations seront une fois de plus considérées comme une manifestation de la merveilleuse capacité des femmes à perpétuer l’espèce et non pas comme une maladie désagréable qu’il faut enrayer. Nous voulons que les firmes pharmaceutiques investissent davantage dans le développement d’un contraceptif masculin et moins dans les pubs d’antidépresseurs qui ciblent les femmes. Et maintenant qu’il existe des preuves à l’effet que les taux de césariennes sont déraisonnablement élevés, nous exigeons que la tendance interventionniste en soins maternels soit renversée.

Nous voulons que l’image du pouvoir au Canada nous ressemble davantage, avec toute notre diversité… Qu’il y ait autant de femmes que d’hommes au Parlement, contrairement à la situation actuelle, où le Canada traîne lamentablement derrière le Rwanda et l’Iraq, avec seulement 21 % d’élues. Selon nous, si les femmes étaient activement recrutées, soutenues et invitées à se présenter dans des comtés où les possibilités de gagner étaient réelles, notre gouvernement s’attaquerait vigoureusement aux causes des problèmes sociaux et non aux symptômes du crime.

Nous verrions à coup sûr plus clairement jusqu’à quel point notre avenir économique collectif dépend de la volonté qu’ont les femmes de sacrifier leur santé physique et économique pour mettre au monde de futurs contribuables. L’incontournable nécessité d’un programme pancanadien en matière de garderies serait tout à fait claire, et le nombre d’enfants affligés par les contraintes de la pauvreté diminuerait.

Ces changements perpétueraient l’esprit de la tradition amorcée par les « Cinq femmes célèbres » et bénéficieraient toute la population canadienne. Des études réalisées partout dans le monde démontrent clairement que la prospérité économique et la santé passent d’abord par l’égalité des sexes. Quand les femmes sont scolarisées, qu’elles bénéficient de vrais choix en matière de maternité et d’emploi et qu’elles sont traitées avec respect, payées équitablement et protégées de la violence, la société entière se porte mieux.

Nous devons toutes et tous agir pour assurer notre bien-être collectif.