Du réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu
La violence envers les filles est un problème social répandu. Bien qu’il existe une abondante documentation concernant l’abus sexuel dans l’enfance (ASE) – la plupart portant sur la recherche clinique ou la prestation de services – il existe très peu d’écrits traitant de la question des seins et de l’allaitement chez les survivantes d’ASE.
Chaque femme vit les effets de l’abus sexuel dans l’enfance de façon différente. Pour nombre de survivantes, l’ASE entraîne des effets permanents et peut influencer les sentiments qu’elles ont et les décisions qu’elles peuvent prendre à cet égard. La gestion de certaines expériences comme l’allaitement en public et l’utilisation d’une pompe tire-lait peut s’avérer particulièrement difficile. La réaction d’une survivante lorsqu’elle allaite dépend de l’atteinte qu’elle a subie aux seins lorsqu’elle a été victime d’ASE, du rôle que ses seins ont joué pendant l’étape de rétablissement et de guérison, de son expérience d’allaitement antérieure et du soutien périnatal dont elle bénéficie.
L’anthropologue Penny Van Esterik, de l’Université York, et Karen Wood, directrice de Tamara’s House, qui offre des services aux survivantes d’abus sexuels à Saskatoon, ont fait équipe récemment pour mener une recherche-action participative sur l’impact de l’ASE chez les survivantes, leurs expériences d’allaitement et leurs décisions d’allaiter leur nourrisson. L’étude avait pour objectif de cerner les éléments qui favoriseraient la pratique de l’allaitement et amélioreraient les services de soutien pertinents. Puisant de la documentation sur l’ASE et des entrevues menées auprès d’informatrices clés, les deux chercheuses ont constaté que l’allaitement, moyennant un appui adéquat, pouvait offrir aux survivantes d’ASE des possibilités de guérison – possibilités qui ne sont pas actuellement exploitées.
Dans le cadre de leur recherche, mesdames Van Esterik et Wood ont constaté que nombre de consultantes en allaitement et leurs adjointes ne sont pas toujours informées des abus que leurs clientes ont subis ni des réactions que ces dernières auront lorsque leurs seins seront touchés. Le problème de l’ASE est souvent occulté.
Dans un effort pour améliorer les expériences d’allaitement et la prestation de services aux femmes victimes d’abus et à leurs enfants, les chercheuses ont analysé les résultats de leur recherche et ont produit deux feuillets d’information, en consultation avec des informatrices clés – les survivantes d’ASE.
L’une des fiches de renseignements Assisting Adult Survivors of Childhood Sexual Abuse through Breastfeeding [La prestation d’un soutien aux survivantes d’abus sexuel dans l’enfance par le biais de l’allaitement] s’adresse aux conseillères en allaitement et aux mères aidant d’autres mères qui allaitent leur nourrisson. Elle recommande l’adoption des pratiques adaptées suivantes :
En utilisant ce modèle de pratiques adaptées, les conseillères en allaitement et les mères qui offrent un soutien à d’autres mères peuvent jouer un rôle particulier et aider les survivantes d’abus à reprendre contact avec leur corps et à guérir à l’aide de l’allaitement.
Selon Mme Van Esterik, « les femmes qui ont vécu l’abus sexuel dans l’enfance sont souvent fragiles et parfois incapables de demander le soutien dont elles ont besoin ni même de savoir ce qu’elles désirent. Si elles ne sont pas accompagnées selon des pratiques adaptées et si elles ne bénéficient pas d’un soutien important, les femmes qui désirent allaiter et qui en sont capables sont privées de cette expérience. »
Mme Woods précise que « non seulement les enfants sont-ils privés d’une expérience sanitaire bienfaisante dont les effets durent toute une vie, mais les mères sont privées d’un vécu qui aurait pu les aider à guérir leurs blessures ».
Selon les participantes de l’étude, les survivantes d’ASE peuvent toujours faire des choix qui les amènent à mieux vivre leur interaction avec les prestateur(trice)s de services, peu importe si elles décident de leur parler ou non de leur passé. En réponse à ces commentaires, les auteures de l’étude ont produit un autre feuillet d’information, Infant Feeding for Women Who Were Sexually Abused in Childhood [L’allaitement chez les femmes qui ont vécu l’abus sexuel dans l’enfance], qui puise des recommandations que font les survivantes à d’autres survivantes et qui inclut les suggestions suivantes :
Selon les deux chercheuses, les femmes qui ont collaboré à leur étude veulent que les professionnel(le)s de la santé soient conscients du fait que toute femme peut avoir vécu un abus sexuel dans l’enfance et qu’elles peuvent vivre, avec un soutien, une expérience d’allaitement positive. Comme le témoigne l’une des participantes, « Mon corps a été créé pour cela ! C’est à cela que ces parties servent ! Pas juste pour, vous savez… Je n’ai pas été touchée de façon respectueuse dans ma vie, et cette expérience [l’allaitement] m’a vraiment aidée à guérir. »
Les deux auteures de l’étude ont constaté qu’à bien des égards, la recherche avait généré plus de questions que de réponses. Toutefois, elle avait offert à de nombreux professionnels de la santé la possibilité de comprendre les liens qui existent entre les programmes de santé maternelle et les programmes d’éradication de la violence sexospécifique.
« Par ailleurs, il est impératif de mener de plus amples recherches pour assurer la mise en place de changements en matière de politiques et de programmes qui susciteraient des bienfaits pour la santé des nourrissons, des enfants et des femmes à long terme », ajoutent les deux auteures.
Cette recherche a été menée en partenariat avec le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM), www.nnewh.org.
Penny Van Esterik est professeure d’anthropologie à l’Université York. La Société canadienne d’anthropologie lui a récemment décerné le Prix Weaver-Tremblay 2007 dans le domaine de l’anthropologie appliquée, en raison de ses efforts pour l’amélioration de l’alimentation des femmes et des enfants à l’échelle nationale et internationale, et aussi pour sa contribution exceptionnelle au créneau de l’anthropologie nutritionnelle et féministe.
Karen Wood est directrice de Tamara’s House, une ressource qui offre des services aux survivantes d’abus sexuels. Cette organisation féministe à but non lucratif est vouée à la prestation de services visant à soutenir le processus de guérison chez les survivantes de l’abus sexuel dans l’enfance. Elle est également candidate au doctorat au département de Santé communautaire et d’Épidémiologie, à l’Université de la Saskatchewan.
*Infant Feeding for Women Who Were Sexually Abused in Childhood (feuillet d’information)
www.nnewh.org/pubs/Info%20Sheet%20for%20Survivors%20of%20CSA.pdf
*Assisting Adult Survivors of Childhood Sexual Abuse (CSA) through Breastfeeding (feuillet d’information) www.nnewh.org/pubs/Info%20Sheet%20for%20Lactation%20Consultants.pdf
*Getting Through Medical Examinations: A Resource for Women Survivors of Abuse and their Health Care Providers (feuillet d’information), du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies, www.cwhn.ca/resources/csa/index.php
*Women Survivors of Childhood Sexual Abuse: Knowledge and Preparation of Health Care Providers to Meet Client Needs, du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies, www.pwhce.ca/womenSurvivors.htm
Les plus récents
À propos du RCSF Nouvelles et Articles Ressources Votre Santé Joignez-vous à nous!
© 2012 Le Réseau canadien pour la santé des femmes.

Le Réseau canadien pour la santé des femmes et les Centres d'excellence pour la santé des femmes reçoivent une aide financière de Santé Canada par l'entremise du Programme de contribution pour la santé des femmes. Les opinions exprimées ne reflète pas nécessairement la politique officielle de Santé Canada.
