De nouveaux médicaments visent à supprimer les menstruations chez les femmes et les filles en bonne santé : « Les menstruations ne sont pas une maladie », déclarent d’éminent(e)s chercheur(euse)s

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La récente décision donnant le feu vert à l’utilisation prolongée d’un contraceptif hormonal entraînant la suppression des menstruations chez les femmes et les filles en bonne santé, un produit connu sous plusieurs noms, dont Lybrel (2007), Seasonale (2003) et Seasonique (2006) aux États-Unis, et Seasonale (2007) au Canada, a été saluée par les médias grand public comme une très bonne nouvelle. Plusieurs organisations professionnelles médicales de pointe ont approuvé cette décision.

Toutefois, la Society for Menstrual Cycle Research a publié une déclaration beaucoup plus prudente et critique concernant le nouveau contraceptif « inhibiteur de cycle ». Dans le cadre de leur rencontre annuelle (juin 2007, à Vancouver), d’éminent(e)s chercheur(euse)s américain(e)s et canadien(ne)s ont discuté de l’intérêt que les consommatrices et la communauté médicale portent à l’égard du contraceptif hormonal d’utilisation prolongée qui réduit ou supprime les menstruations. Les discussions ont donné lieu à un consensus général.

« La Société considère que les menstruations ne sont pas une maladie », rapporte Christine Hitchcock, membre du conseil d’administration de la SMCR et associée de recherche au Centre for Menstrual Cycle and Ovulation Research [Centre de recherche sur le cycle menstruel et l’ovulation], de l’Université de la Colombie-Britannique. « Il faut effectuer d’autres recherches pour évaluer les risques potentiels à la santé et l’innocuité à long terme de ce contraceptif inhibiteur de cycle. »

Dans les quatre années qui ont suivi la dernière déclaration de la SMCR concernant la suppression des menstruations, d’autres études ont été publiées portant sur l’innocuité endométriale et les tendances de saignements prévus et imprévus.

« Deux études rassurantes d’une durée d’un an portant sur l’innocuité endométriale, réalisées après une utilisation prolongée ou continue du contraceptif, n’ont révélé aucun changement anormal », note Mme Hitchcock. « Mais les études excluent toujours le vécu des femmes dont le cycle menstruel est normal (celles qui ne prennent pas de contraceptifs hormonaux). Les essais aléatoires de Seasonale ont ciblé des femmes selon des critères d’utilisation normale ou prolongée, et les essais de Lybrel se sont limités à l’observation, sans recours à un groupe témoin », précise-t-elle.

Une autre lacune à signaler, comme l’indique la SMCR dans sa déclaration, est l’absence d’études à long terme évaluant les problèmes de santé potentiels causés à certaines parties du corps autres que l’utérus, comme les seins, les os et le système cardiovasculaire. De plus, il faut de toute urgence mener de plus amples études pour identifier les effets sur le développement des adolescentes – les jeunes femmes et les filles –,  public cible du marché des contraceptifs inhibiteurs de cycle.

Selon Mme Hitchcock, « il est important de noter que ce type de contraceptif ne fait pas que réduire ou supprimer les saignements menstruels, il élimine aussi l’interaction hormonale complexe liée au cycle menstruel. Nous n’avons pas encore tout à fait saisi les effets de ce cycle sur la santé des femmes. Par contre, nous avons beaucoup d’information concernant les contraceptifs oraux que l’on prend pendant trois semaines, suivies d’une semaine de pause, mais nous ne savons pas vraiment ce qui se produit lorsque l’on prend ces pilules sur une période continue ou pendant des années, sans aucun répit. »

Certaines femmes trouvent déplaisants les saignements irréguliers qui peuvent accompagner la suppression menstruelle. « Les études les plus récentes sur le sujet démontrent que les cas de saignements inattendus pendant la prise de ces pilules sont fréquents et les femmes qui cessent d’utiliser ce produit le font surtout à cause de cet inconvénient », déclare Mme Hitchcock.

Ingrid Johnston-Robledo, membre du conseil d’administration de la SMCR et professeure au département de Psychologie de l’Université d’État de New York, affirme que « les recherches doivent se pencher sur les implications sociales, psychologiques et culturelles qu’entraîne la suppression des menstruations, ainsi que sur les effets biomédicaux. »

La SMCR est préoccupée par le fait que pour vendre des contraceptifs inhibiteurs de cycle, les firmes pharmaceutiques décrivent le cycle menstruel comme un phénomène anormal, indésirable, inutile et même malsain. « Les messages selon lesquels les fonctions naturelles seraient des imperfections ou qu’elles devraient être médicalement contrôlées peuvent engendrer une image corporelle négative, notamment chez les jeunes femmes », précise Mme Johnston-Robledo.

Selon l’argumentation et les publicités présentées, les crampes débilitantes et les saignements abondants constitueraient des raisons suffisantes pour justifier la suppression des menstruations. Ces mêmes pubs recommandent l’utilisation systématique de ce produit à toutes les femmes qui désirent supprimer leurs menstruations pour des raisons pratiques.

« Bien que nous reconnaissions les contraceptifs inhibiteurs de cycle comme une solution à certains problèmes médicaux (comme les cas graves d’endométriose), par prudence, nous ne recommandons pas [aux femmes qui ont un cycle normal] de prendre ce produit pour des raisons de « mode de vie », jusqu’à ce que son innocuité soit prouvée au-delà de tout doute », affirme Mme Hitchcock.

Historiquement, les effets néfastes liés aux thérapies hormonales féminines (p. ex. les traitements pour les maladies du cœur et les thérapies hormonales destinés aux femmes ménopausées, le lien entre les contraceptifs oraux et les caillots sanguins, le DES et les divers troubles de santé) ont mis des années à faire surface. De plus, l’évaluation des risques potentiels en matière de médicaments destinés à des femmes en santé doit être faite de manière plus poussée que celle d’un médicament conçu pour traiter une maladie.

Des critiques de la déclaration de la SMCR affirment que les femmes doivent avoir le choix de prendre ou non des contraceptifs inhibiteurs de cycle, ce à quoi Mme Hitchcock réplique : « Nous croyons fermement que les femmes ne peuvent choisir que si elles disposent d’une information précise et complète ».

Pour plus d’information sur la Society of Menstrual Cycle Research, consultez le site : http://menstruationresearch.org