Les femmes autochtones trop souvent victimes de violence raciste et sexiste : L’initiative Sœurs d’esprit dénonce le nombre alarmant de disparitions et de meurtres chez les femmes autochtones du Canada.

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Selon l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), la sécurité des femmes autochtones pose un problème des plus urgents au Canada. En effet, même si celles-ci ne comptent que pour 3 % de la population, elles sont surreprésentées chez les victimes de violence raciste et sexiste; trop souvent, leur sexe et leur identité font d’elles la cible de tels actes.

« La situation actuelle des femmes autochtones est le produit de plusieurs réalités historiques », explique Beverly Jacobs, présidente de l’AFAC. « Au Canada, trop de personnes ignorent que les Autochtones, en particulier les femmes, constituent systématiquement une cible. »

Jusqu’en 1985, par exemple, une femme autochtone qui épousait un non-autochtone perdait automatiquement son statut d’« Indienne », de même que le droit de s’établir sur une réserve et d’accéder à certains programmes et services. Ainsi, des milliers de femmes se sont vues obligées de quitter leur réserve et de vivre isolées de leur milieu culturel.

Également, le régime des pensionnats aura laissé en héritage un cycle de traumatisme et de violence qui s’est répercuté sur plusieurs générations d’hommes et de femmes autochtones. De plus, certaines politiques adoptées dans les années 60 ont permis aux autorités de retirer des enfants autochtones à leur famille pour les placer dans des foyers non autochtones. Le résultat ? Des familles brisées, une identité fracassée et, dans de nombreux cas, le traumatisme et la violence.

« Même en 2007, déplore Beverly Jacobs, les femmes autochtones et leurs familles sont victimes de racisme systémique. Cette expérience a des répercussions néfastes sur l’ensemble de la communauté autochtone au Canada. Et les femmes sont plus vulnérables que jamais. »

Le projet Sœurs d’esprit, 2005-2010

En mars 2004, dans le but d’attirer l’attention sur le taux alarmant d’actes violents commis contre les femmes autochtones au Canada, l’AFAC lançait une initiative d’envergure nationale baptisée Sœurs d’esprit.

Échelonné sur une période de cinq ans, ce projet axé sur la recherche, l’éducation et l’élaboration de politiques vise à sensibiliser la population canadienne aux conséquences de la violence raciste et sexiste dirigée contre les femmes autochtones, qui se solde souvent par leur disparition ou par leur mort.

Le projet a pour objectif principal de lutter contre la violence envers les femmes autochtones (Premières nations, Inuits et Métis), en particulier la violence raciste et sexiste, c’est-à-dire celle dont elles font l’objet en raison de leur identité et de leur sexe. Celle-ci se produit généralement dans la sphère publique, où l’indifférence sociale constitue un facteur de risque supplémentaire pour les femmes de ces groupes.

Le projet comporte également un volet scientifique réparti entre recherche qualitative (récits personnels) et recherche quantitative (statistiques). Ce volet se déroulera avec la collaboration de familles autochtones qui déplorent la disparition ou l’assassinat d’un de leurs membres de sexe féminin. Il permettra de brosser un portrait des circonstances, des causes profondes et des tendances.

« Même si la publication de tous nos résultats, recommandations et conclusions n’est pas prévue avant 2010, explique Beverly Jacobs, nous pouvons d’ores et déjà annoncer que notre base de données compte plus de 340 noms. Chaque nom renvoie à une fille, une sœur, une mère ou un être cher dont une famille pleure la disparition. Sœurs d’esprit a été créé pour ces femmes. Les membres de notre personnel se dévouent pour elles et pour leurs familles. »

L’AFAC a également conçu des trousses éducatives destinées aux communautés et organisations autochtones. Ces outils seront en outre présentés à l’occasion d’ateliers et de congrès nationaux et internationaux dans l’optique de sensibiliser le grand public et de faire connaître le travail de l’association.

Tout au long du processus, l’AFAC compte organiser plusieurs rencontres ayant pour but de rassembler des familles qui ont perdu un être cher à la suite d’une disparition ou d’un meurtre. Ces rencontres donneront également aux participants et participantes l’occasion d’exprimer leurs besoins et de formuler leurs recommandations, ce qui permettra de guider le travail de l’association.

« Nous avons tenu notre deuxième rencontre familiale à Vancouver tout récemment », explique Jennifer Lord, coordonnatrice du développement communautaire à l’AFAC. « Nous avons invité plus de 30 parents, lesquels représentaient douze de nos sœurs disparues ou assassinées. La rencontre fut inspirante pour tous et toutes. Quiconque s’intéresse à notre projet devrait communiquer avec l’AFAC et unir ses efforts aux nôtres. »

« Sœurs d’esprit est fondé sur le pouvoir de la parole, ajoute Beverly Jacobs; un grand nombre de nos sœurs n’ont jamais été entendues auparavant, ni leurs familles. Voilà quelle est l’ambition de l’AFAC, et ce qui a motivé la création de notre projet. Nous voulons travailler avec les femmes et leurs proches pour les aider à reprendre possession de leur mode de vie traditionnel et de leur destin. Parallèlement, nous voulons obliger les gouvernements, l’appareil judiciaire et les forces policières à se départir de leurs attitudes racistes envers les femmes autochtones et leurs familles. »

Pour d’autres renseignements : www.nwac-hq.org ou 1 800 461-4043.