Gardasil : Ce que vous devez savoir sur le vaccin contre le VP : Le test de Pap est toujours le meilleur outil de prévention du cancer du col de l’utérus

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En janvier 2007, le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a recommandé que toutes les filles âgées de 9 à 13 ans soient vaccinées au Gardasil, un vaccin récemment approuvé, dans le but de prévenir deux des souches du virus du papillome humain (VPH) responsables du cancer du col de l’utérus; il a également stipulé que le vaccin serait bénéfique pour les adolescentes et les femmes âgées de 14 à 26 ans.

Toutefois, nombre d’organisations de femmes remettent en question cette recommandation et soulignent le fait qu’il existe jusqu’à présent peu de données sur l’efficacité et l’innocuité du vaccin (notamment pour les groupes d’âges moins élevés ciblés par le CCNI).

Des inquiétudes existent aussi à l’effet que ce vaccin comporte des coûts économiques substantiels et que son introduction aurait un impact sur les budgets de santé de tout le pays.

Les organisations de femmes œuvrant dans le domaine de la santé soulignent également la présence de preuves importantes suggérant que le vaccin contre le VPH ne constitue pas la seule – ni même la meilleure – approche à la prévention du cancer du col de l’utérus.

Le cancer du col de l'utérus :

Le cancer du col de l’utérus est causé par une infection persistante à un virus sexuellement transmis appelé virus du papillome humain (VPH). Il existe plus de 100 types (souches) de VPH. Environ 35 types de VPH s’attaquent aux organes génitaux et reproductifs. Le VPH à risque élevé et le VPH à risque faible figurent parmi ces 35 types.

Les infections au VPH à risque élevé qui perdurent causent le cancer lorsque d’autres facteurs sont également présents (par exemple, un système immunitaire stressé ou affaibli, une mauvaise alimentation ou le tabagisme). Bien que les infections au VPH à risque faible  entraînent moins souvent le cancer, elles causent néanmoins des verrues génitales. Celles-ci sont semblables à des verrues qui apparaissent sur d’autres parties du corps et sont habituellement traitées à l’azote liquide ou retirées au moyen d’une chirurgie. Elles n’entraînent pas un cancer.

Si elles détiennent un système immunitaire en bonne santé, la plupart des personnes infectées au VPH peuvent elles-mêmes évincer le virus de leur corps – avec ou sans traitement – en trois ans (9 à 13 mois en moyenne). La plupart des femmes qui contractent une infection au VPH  ne développent pas un cancer du col de l’utérus.

Il est important de se rappeler que l’affaiblissement du système immunitaire, une condition qui augmente le risque de cancer du col de l’utérus chez les femmes, peut être causé par nombre de facteurs, y compris la pauvreté et une mauvaise alimentation. Que ce soit en Amérique du Nord ou dans d’autres parties du monde, les femmes qui meurent de ce type de cancer sont souvent pauvres. Les efforts pour éliminer cette maladie doivent donc s’appuyer sur l’intégration de cette donnée importante et sur la volonté de s’attaquer à la pauvreté.

Gardasil : le vaccin contre le VPH et la prévention du cancer du col de l’utérus

Gardasil est le premier vaccin contre le VPH dont l’usage a été approuvé au Canada et aux É.-U. Ce vaccin prévient les infections au VPH de types 6 et 11, qui causent des verrues génitales, et celles de types 16 et 18, qui provoquent le cancer.

Le vaccin ne constitue pas un traitement ni une cure contre le cancer du col de l’utérus ou les verrues génitales, mais il prévient les infections causées par ces types spécifiques de VPH s’il est administré aux jeunes filles et aux femmes avant leur première relation sexuelle.

Des publicités portant sur le cancer du col de l’utérus et les verrues génitales sont maintenant diffusées dans divers médias. Le jumelage de l’information concernant les verrues et le cancer peut semer la confusion, puisque plusieurs pensent que la présence de verrues génitales entraîne un risque de cancer du col de l’utérus. Ce n’est pas le cas. De plus, les pubs peuvent provoquer une peur excessive en négligeant de mentionner que ce type de cancer touche un nombre relativement faible de femmes et qu’il est rarement fatal au Canada et aux É.-U.

Le vaccin est aussi très cher. Il est administré en une série de trois injections, sur une période de six mois, et le coût est d’environ 405 $CAN, pour chaque femme et jeune fille.

Si le budget de santé publique canadien venait qu’à couvrir les frais de vaccin contre le VPH, lesquels seraient énormes, l’ajout causerait un stress important à un système de santé déjà en difficulté. De surcroît, nous ne savons toujours pas si les bienfaits de ce vaccin justifieraient ses coûts très élevés. L’utilisation de fonds publics pour offrir à toutes les femmes un accès à des tests de Pap réguliers peut s’avérer une utilisation plus efficace des ressources publiques.

L’importance du dépistage à l’aide du test de Pap

Le dépistage d’anormalités cervicales à l’aide du test de Pap a énormément réduit l’incidence de cancer du col de l’utérus au Canada. Selon les données, le dépistage et les traitements appropriés peuvent prévenir 90 % des cas. Le test de Pap doit être régulièrement offert à toutes les jeunes filles et toutes les femmes, tel que recommandé.

Le cancer du col de l’utérus est responsable d’environ 0,002 % des décès recensés dans la population féminine canadienne, soit environ 400 femmes par année. Dans les régions du monde où le test de Pap n’est pas disponible et où la pauvreté et la malnutrition augmentent les risques de développer ce type de cancer – sans aucun traitement disponible – les milliers de femmes meurent chaque année de cette maladie évitable.

Si un test de Pap s’avère anormal et révèle des cellules atypiques, ou encore une lésion de bas grade, le corps se répare lui-même dans la plupart des cas, sans traitement. Toutefois, si les résultats d’un test de Pap révèlent une présence possible ou certaine d’une lésion de haut grade, d’autres tests devront être effectués. Il faudra possiblement procéder à un traitement pour éliminer les cellules anormales. Un test ultérieur dans le cadre d’un suivi indiquera si les cellules anormales persistent et s’il faut intervenir.

Dans 90 % des cas, l’élimination des cellules anormales prévient un cancer invasif. En Amérique du Nord, nombre de femmes dont le test de Pap révèle des résultats anormaux – une situation inquiétante – ne développent pas le cancer du col de l’utérus.

Depuis l’introduction du test de Pap au Canada, le taux de décès causés par le cancer du col de l’utérus a chuté de moitié. Aux É.-U., l’incidence de ce type de cancer a dégringolé de 74 % entre 1955 et 1992.

Le vaccin contre le VPH n’élimine pas la nécessité de subir un test de Pap, puisqu’il ne protège pas contre toutes les formes d’infections au VPH pouvant causer un cancer. De plus, il n’est aucunement efficace si une femme est déjà atteinte du type de virus ciblé par le vaccin.

Malheureusement, ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent régulièrement accéder au test de Pap. Celles qui en sont privées sont souvent des immigrantes, des femmes pauvres, des femmes autochtones ou des femmes en régions éloignées qui n’ont pas accès à des soins de santé adéquats. Les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes ne subissent pas aussi des tests de dépistage à une fréquence adéquate parce que les professionnel(le)s de la santé qui les traitent croient à tort qu’elles n’ont pas besoin d’un tel test. Ces femmes sont donc plus à risque de développer un cancer du col de l’utérus. Par ailleurs, elles sont vraisemblablement moins capables de se payer un vaccin contre le VPH.

Gardasil : le vaccin contre le VPH n’est pas le seul outil de prévention du cancer du col de l’utérus

Les femmes qui ont de multiples partenaires sexuel(le)s ou qui deviennent sexuellement actives à un jeune âge sont plus à risque de développer un cancer du col de l’utérus. Les femmes qui reçoivent le vaccin contre le VPH doivent être prévenues du risque de développer une fausse impression de sécurité relativement à leur vie sexuelle.

Le vaccin contre le VPH n’élimine pas le besoin de se protéger lors des relations sexuelles ou d’être prudente quant à ses choix de partenaires sexuel(le)s et la fréquences des relations. L’utilisation de méthodes anticonceptionnelles obstructives (comme les condoms) est toujours nécessaire pour prévenir le VIH/sida et d’autres types d’infections qui ne sont pas ciblées par le vaccin.

L’efficacité du vaccin contre le VPH est maximisée si celui-ci est administré avant toute exposition au VPH, notamment avant qu’une femme ou une jeune fille ne vive sa première relation sexuelle (contact peau à peau). Par conséquent, le US Advisory Committee on Immunization Practice [Comité consultatif sur la vaccination] recommande une vaccination systématique des petites filles de 11 et 12 ans. Au Canada, le vaccin a été approuvé pour les filles et les femmes de 9 à 26 ans. Toutefois, la recherche sur l’innocuité et l’efficacité menée jusqu’à ce jour inclut relativement peu de filles dans la catégorie d’âges moins élevée. Les données actuelles en matière d’innocuité ne s’appliquent donc pas à cette population.

Certaines firmes pharmaceutiques et certaines organisations de santé publique promeuvent l’administration du vaccin contre le VPH à toutes les femmes ainsi qu’à toutes les petites filles dès l’âge de neuf ans, comme moyen d’éliminer le cancer du col de l’utérus. Par contre, l’introduction du Gardasil, le seul vaccin approuvé, révèle une stratégie « de réduction » plutôt que « d’élimination ». En effet, le vaccin protège contre deux types de VPH, lesquels sont responsables de 70 % des cas de cancer du col de l’utérus, sans pour autant offrir de protection contre les autres types de VPH, responsables de 30 % des cas.

Dans une telle conjoncture, les propositions de faire de ce vaccin une mesure obligatoire à cette étape-ci ne constituent peut-être pas la meilleure voie à suivre, si l’on veut faire bon usage des fonds de santé publics.

Le test de Pap et le test de dépistage du VPH demeurent d’importants outils pour la prévention du cancer du col de l’utérus, mais ils ne sont pas offerts systématiquement à toutes les filles et toutes les femmes comme il se devrait. Le vaccin contre le VPH peut possiblement s’avérer aussi un outil utile, mais nous ne disposons pas encore de toute l’information qui nous permet d’en connaître l’innocuité à long terme, surtout pour les jeunes filles.

Jusqu’au jour où nous en saurons davantage sur l’innocuité à long terme et sur la durée des effets du vaccin Gardasil contre le VPH, ainsi que sur son efficacité quant à la réduction des taux de cancer du col de l’utérus, l’argent consacré au budget de la santé serait mieux dépensé s’il était consacré à l’amélioration des programmes de dépistage (dont des registres Pap) et des programmes offrant des tests de Pap aux populations les plus marginalisées (les femmes pauvres, les nouvelles arrivantes, les femmes autochtones et les femmes en régions rurales et éloignées).

 

Pour d’autres renseignements sur le cancer du col de l’utérus et le vaccin contre le papillomavirus : www.rcsf.ca; www.whp-apsf.ca; 1 888 818-9172.