Cliniques privées et temps d’attente : Les services privés font grimper les coûts de la santé, prolongent les temps d’attente et lèsent les femmes

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Au Canada, les temps d’attente pour obtenir des soins constituent depuis longtemps un problème majeur. C’est un fait que peu de gens songeraient à contester. Pourtant, on a l’impression que ceux et celles qui réclament une amélioration de la qualité et de l’efficacité des services, et défendent du même coup le principe de l’universalité, ont du mal à se faire entendre dans le concert médiatique qui accueille la création des cliniques privées.

Temps d’attente et établissements de santé privés

Les défenseurs d’un système de santé privé parallèle prétendent que la cohabitation public-privé permettra de résoudre la crise des temps d’attente. Les personnes qui en ont les moyens paieront pour obtenir des services privés; ceci aura pour effet d’accroître les fonds destinés au système public et de libérer des places sur les listes d’attente, de sorte que nous pourrons tous être soignés plus rapidement. Un système de santé privé permettrait donc de faire baisser les coûts et de renforcer le système public.

Ces arguments tiennent-ils ? Quelles pourraient être les conséquences pour les femmes canadiennes ?

En réalité, les cliniques privées contribuent à l’allongement du temps d’attente

Tout démontre que les systèmes de santé parallèles ne contribuent aucunement à réduire les listes d’attente. Une étude sur la prestation des soins par le secteur privé montre qu’en Angleterre et en Nouvelle-Zélande, les listes et les temps d’attente sont plus longs que dans les pays où, comme c’est le cas au Canada, la majorité des soins de santé sont dispensés par un système public à un seul payeur (soit le gouvernement).

Comment expliquer cette augmentation des temps d’attente ? Entre autres raisons, les établissements privés accueillent des patients plus jeunes et en meilleure santé, qui souffrent de maladies plus faciles et moins coûteuses à traiter, abandonnant les cas onéreux au système public. Par ailleurs, les médecins qui travaillent à la fois dans le public et dans le privé (où ils gagnent davantage) ont intérêt à maintenir de longues listes d’attente, puisqu’elles incitent les patients à se tourner vers le privé, un effet qu’on pourrait qualifier de « pervers ».

L’argument le plus convaincant à l’encontre des soins privés reste le plus évident : le système privé draine des médecins et des infirmières dont on a absolument besoin dans le public. Comme le signale la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé, « il est difficile de comprendre comment l’exode vers les établissements privés peut réduire les temps d’attente dans le système public ».

Les soins de santé coûtent plus cher dans le privé que dans le public

La prestation des soins tend à coûter plus cher dans le privé que dans le public. En Suède et en Australie, le système privé a compromis l’égalité d’accès aux soins, prolongé les temps d’attente dans le secteur public et accru de manière substantielle les coûts administratifs et globaux. Les données touchant les soins directs aux patients indiquent que les chirurgies confiées en sous-traitance au secteur privé tendent à coûter plus cher que dans le public. Les établissements privés sont soumis à l’obligation d’engendrer des profits pour leurs actionnaires, alors que les établissements publics peuvent investir ces sommes dans les soins aux patients.

La question du coût des soins privés a une importance particulière pour les femmes, étant donné qu’elles gagnent en moyenne moins que les hommes. Elles sont aussi moins susceptibles de jouir d’une assurance-santé complémentaire. Par ailleurs, les taux de maladies chroniques et d’incapacité sont plus élevés chez les femmes, ce qui limite leur admissibilité aux régimes d’assurance privés.

Il y a de plus en plus de raisons de croire que la qualité des soins est supérieure dans le système public

Pour survivre, les établissements privés sont soumis à l’impératif d’engendrer des profits. Une façon d’y parvenir est de rogner sur la qualité des soins. Selon une analyse publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne (vol. 166, no 11, 2002), les hôpitaux privés posent un risque de décès plus élevé que les hôpitaux publics.

D’autres études ont démontré que la sous-traitance des services de santé appauvrit la qualité des soins. En effet, les établissements privés sont moins enclins à offrir des programmes de formation continue à leurs employés. En définitive, quand la qualité des soins diminue, ce sont les femmes qui en pâtissent, car elles représentent aussi bien la majorité des bénéficiaires que des prestataires.

Dans un système privé, les profits passent avant les personnes

Pour augmenter leurs profits, les établissements privés doivent limiter les coûts de la main-d’œuvre. Comment s’y prennent-ils ? En offrant des salaires inférieurs, en réduisant le nombre d’employés affectés à une tâche, en limitant les avantages sociaux et en supprimant la sécurité d’emploi. Ce sont d’abord les femmes qui subissent les contrecoups de ces compressions, car elles représentent 80 % de la main-d’œuvre rémunérée du secteur de la santé. Nombreuses sont celles qui élèvent des enfants. Leurs conditions de travail, parfois inadmissibles, entraînent des répercussions sur leur santé, leur bien-être et leur vie familiale.

Pour en savoir davantage ou consulter les sources des études citées dans cet article :
www.cwhn.ca/ressources/rcsf/privateClinics_f.html ou 1 888 818-9172.

Suggestions de lectures :

« Analyse comparative entre les sexes et temps d’attente »
par Beth E. Jackson, Ann Pederson et Madeline Boscoe du groupe de travail Les femmes et la réforme en santé

« Une réflexion sur les différences de genre et les temps d’attente »
par Beth E. Jackson, Ann Pederson et Madeline Boscoe du groupe de travail Les femmes et la réforme en santé

Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé, collection À bas les mythes