Une réflexion sur les différences de genre et les temps d'attente

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable

À l'été dernier, le Rapport final du conseiller fédéral sur les temps d'attente a été publié. Il s'agit du premier document important se penchant sur une problématique qui génère de plus en plus d'anxiété au Canada depuis quelques années. Bien que la réalisation d'une analyse comparative entre les sexes (ACS) ne figurât pas au mandat du Dr Brian Postl, conseiller fédéral, le rapport reconnaît la nécessité urgente d'intégrer l'ACS dans les recherches portant sur la réforme en santé pour que des soins appropriés et de bonnes qualités soient offerts à tous les hommes, femmes, garçons et filles. Le rapport soutien t l'adoption de l'ACS et recommande que la recherche continue relative aux temps d'attente applique cette méthode de façon générale.

Pour entamer ce processus, un partenariat entre Les femmes et la réforme de la santé (FRS) et le Dr Postl a été mis sur pied. De cette collaboration est né un document signé par FRS qui explore la contribution que peut faire l'analyse comparative entre les sexes à la discussion sur la gestion des temps d'attente. Ce document figure à l'annexe du rapport final.

Dans Analyse comparative entre les sexes et temps d'attente : Nouvelles questions, nouvelles connaissances, madame Jackson et al., auteures du document et membre du FRS, soulignent les faits suivants : face à la santé, à la maladie et à son traitement, l'expérience des femmes et des hommes diffère; chaque sexe n'a pas les mêmes besoins ni les mêmes facilités d'accès aux soins de santé; et les programmes et services ne produisent pas forcément les mêmes résultats sur les uns et sur les autres. L'examen des documents sur les remplacements de la hanche ou du genou (arthroplastie totale) par exemple révèle des différences entre les sexes, notamment en ce qui concerne la nécessité de procéder à une intervention chirurgicale et les patients qui sont inscrits effectivement sur une liste d'attente en vue de celle-ci. Plus précisément, des preuves existent à l'effet que le taux d'arthrose est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et que les femmes souffrant d'arthrite ont moins de ressources pour faire face aux répercussions de la maladie que les femmes atteintes d'autres affections chroniques. Les femmes souffrent aussi davantage de douleurs arthritiques que les hommes et sont plus nombreuses à présenter une incapacité et à avoir besoin d'une aide personnelle pour leurs activités quotidiennes. Elles sont cependant moins nombreuses à faire état d'une aide non rémunérée (en partie parce que les femmes âgées sont plus nombreuses à vivre seules). La façon dont on définit actuellement les temps d'attente et l'établissement des listes pour l'arthroplastie totale masquent les différences qui existent entre le cheminement des patients et celui des patientes au sein du système de santé.

L'étude de cas d'arthroplastie totale démontre que l'ACS constitue une pratique scientifique supérieure. Elle améliore la validité et la fiabilité des données produites. Par le fait même, elle améliore les recommandations, les interventions stratégiques et les résultats qui en découlent, et ce, tant pour les individus et les ménages que pour les collectivités et les économies.

Le groupe de travail Les Femmes et la réforme de la santé continue d'utiliser l'ACS pour étudier la question des temps d'attente et de l'accès aux soins en des temps appropriés. En janvier 2007, le groupe FRS communiquera les résultats et les recommandations présentés dans Nouvelles questions, nouvelles connaissances dans le cadre d'un forum sur la politique de Santé Canada qui sera tenu à Ottawa, en vue de faire la démonstration de l'ACS sur la question des temps d'attente auprès des décideurs. En début 2007, il publiera aussi le document Les femmes et les temps d'attente, un guide rédigé dans un langage accessible, qui explique comment cette problématique touche les femmes et quels sont les enjeux pour celles-ci.

Les Femmes et la réforme de la santé [anciennement le Comité coordonnateur des femmes et la réforme en santé] est un groupe de collaboration composé des Centres d'excellence pour la santé des femmes (CESF) et du Réseau canadien pour la santé des femmes. Son mandat est de coordonner la recherche relative à la réforme de la santé et de la traduire en politiques et pratiques. Les Femmes et la réforme de la santé reçoit l'appui du Programme de contribution à la santé, de Santé Canada. Les idées exprimées dans ce document ne représentent pas forcément les points de vue de Santé Canada.

Le document Analyse comparative entre les sexes et temps d'attente : Nouvelles questions, nouvelles connaissances est diffusé sur le site Web de FRS, à l'adresse http://www.cewh-cesf.ca/PDF/health_reform/genderWaitTimesFR.pdf , ainsi qu'à l'adresse http://www.cewh-cesf.ca/reformesante/publications/sommaire/attente.html, où figurent d'autres exemples du travail réalisé par le groupe.

La version intégrale du document Rapport final du conseiller fédéral sur les temps d'attente est publiée sur le site Web de Santé Canada, à l'adresse http://hc-sc.gc.ca/hcs-sss/pubs/care-soins/2006-wait-attente/index_f.html .


Recommandations de FRS concernant la recherche et les politiques en matière de temps d'attente équitables

  • Les stratégies de gestion des temps d'attente, ainsi que la recherche, les politiques, les programmes et les services qui s'y rapportent, devraient être guidés par l'analyse comparative entre les sexes tout en tenant compte du facteur diversité.
  • La définition du « temps d'attente » devrait tenir compte des cheminements distincts des femmes et des hommes en tant que patients; en particulier, des facteurs susceptibles de causer des retards à chaque étape du parcours, tels que les disparités touchant les modes d'aiguillage;
  • Les données sur les temps d'attente devraient être ventilées selon le sexe et tous les autres indicateurs sociaux pertinents (p. ex. race, origine ethnique, âge, statut socioéconomique ou revenu, incapacité, lieu de résidence).
  • On ne devrait PAS se fonder sur les « tendances historiques de l'utilisation » pour évaluer les besoins courants en matière d'arthroplastie totale, car celles-ci sous-estiment les besoins des femmes en matière de chirurgie. D'autre part, il faut faire preuve de prudence quand on les utilise dans d'autres domaines.
  • Les cliniciens et les coordonnateurs des listes d'attente devraient recevoir une formation sur l'analyse comparative entre les sexes. Il faudrait aussi élaborer et mettre en œuvre des outils de diagnostic et d'aiguillage adaptés aux sexospécificités, qui permettront d'évaluer de façon plus équitable les symptômes et les besoins particuliers à chaque sexe (avant et après l'intervention).
  • Pour établir et gérer des listes d'attente de manière équitable, il faut tenir compte des ressources dont ont besoin les hommes et les femmes après l'intervention. L'absence de soutien peut influencer la décision d'envisager un traitement, tant chez les patients que chez les cliniciens.