Qui se mérite le titre de ravailleur(euse) de la santé?

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par PAT ARMSTRONG, HUGH ARMSTRONG ET KRISTA SCOTT-DIXON

Un nouveau rapport commandé par le Comité coordonnateur des femmes et la réforme en santé (CCFRS) et le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM) soutient que la qualité des soins de santé d’un bout à l’autre du Canada est menacée par les nouvelles pratiques du travail qui ne reconnaissent pas l’apport de certain(e)s travailleur(euse)s dans la prestation de bons soins. Des statistiques à l’échelle nationale révèlent que les emplois dans les hôpitaux et dans le domaine des soins à domicile, comme les postes de nettoyage, de préparation des repas, de blanchiment, de tenue de dossiers médicaux et autres, sont de plus en plus qualifiés « d’auxiliaires » ou de secondaires. Ce type de travail est donc sous-traité à des entreprises de services et les travailleur(euse)s à leur emploi, dont bon nombre sont des immigrant(e)s ou des personnes de couleur, souffrent aussi lorsque leur employeur réduit les salaires, les heures de travail et les avantages sociaux pour augmenter les profits.

En général, les médecins et les infirmier(ière)s sont perçu(e)s comme des travailleur(euse)s de la santé. Par contre, les chiropracticien(ne)s et les homéopathes sont-ils(elles) considéré(e)s comme des médecins ? Les aide-soignant(e)s et les préposé(e)s aux soins comme du personnel infirmier ? Et qu’en est-il des préposé(e)s au nettoyage  des hôpitaux, de la main-d’oeuvre de buanderie, des cuisinier(ière)s, des préposé(e)s au classement et aux rendez-vous, des préposé(e)s aux soins à domicile et au soutien personnel ? Leur apport est-il considéré comme essentiel à la qualité des services dispensés par l’équipe médicale ?

Étonnamment, nombre de ces postes sont considérés comme « auxiliaires ». Par exemple, le Rapport Romanow sur l’avenir des soins de santé au Canada classe dans des catégories distinctes le personnel qui administre des soins directs et celui qui prodigue des soins  auxiliaires. Bien que le concept de services auxiliaires n’y soit pas défini, le rapport présente des exemples qui ont trait à la préparation de la nourriture, au nettoyage et à l’entretien. Les travailleur(euse)s de bureau et la main-d’œuvre de buanderie figureraient également dans la catégorie du personnel auxiliaire, puisqu’il(elle)s ne prodiguent aucun soin « direct ».

Mais dans la pratique, la frontière entre ces deux types d’emplois demeure floue. Ces derniers font intrinsèquement partie des soins et se recoupent constamment. À titre d’exemple, le personnel oeuvrant comme auxiliaire familial prépare les repas et fait des travaux ménagers, tout en prodiguant des soins directs. Dans un même temps, le personnel qui offre des services de soins personnels à domicile et dans les hôpitaux fait du nettoyage et prépare les repas, deux tâches qui le classent aussi dans les deux catégories. Pour ajouter au casse-tête, de nombreux(euses) infirmier(ière)s diplômé(e)s à l’étranger travaillent maintenant comme aide au soutien personnel, aide auxiliaire,  préposé(e)s au nettoyage, cuisinier(ière)s et commis de gestion. De plus, de nombreux(euses) infirmier(ière)s accrédité(e)s dans ce pays font les tâches de nettoyage quand les préposé(e)s au nettoyage sont absent(e)s.

Le terme « auxiliaire » implique également un statut distinct ou secondaire dans la prestation des soins, un statut qui ne reconnaît pas la contribution de ces travailleur(euse)s au succès des interventions, au rétablissement, au maintien de la santé et à la prévention des maladies ou des handicaps. Par ailleurs, les milieux dans lesquels les soins sont dispensés font également partie des soins et contribuent autant à la guérison que le font les interventions cliniques. Par exemple, les modèles d’intervention en soins primaires n’incluraient pas habituellement l’apport des préposé(e)s au nettoyage. Toutefois, un environnement propre favorise grandement le succès des interventions médicales et joue un rôle vital en matière de prévention, notamment chez les personnes malades. Le rôle des préposé(e)s au nettoyage, qui est d’assurer un environnement sécuritaire, est tout à fait essentiel.

Ce qui nous mène à classer certain(e)s travailleur(euse)s dans la catégorie des professionnel(le)s de la santé et d’en exclure d’autres est une question cruciale dans l’arène de la conception des politiques de la santé et pour les femmes, qui font la plupart de ces tâches. La définition que nous utilisons reflète et renforce les pratiques qui scindent les travailleur(euse)s de la santé en deux camps, chaque camp étant traité différemment. L’une des conséquences est la sous-traitance de plus en plus répandue des services dits auxiliaires à des entreprises qui effectuent des tâches dites semblables dans le secteur à but lucratif non lié à la santé. Cette situation entraîne des conséquences désastreuses sur le plan des salaires et des conditions de travail. En Colombie-Britannique, les salaires des travailleur(euse)s auxiliaires sous contrat ont été coupés de près de la moitié. Ces dernier(ière)s sont donc maintenant privé(e)s de fonds de retraite, de régimes d’assurance contre l’invalidité prolongée, de congés parentaux ou d’heures de travail garanties.

À l’exception des domaines de la gestion, de l’entretien et des services de sécurité, les femmes constituent la majorité écrasante du personnel qui fait les repas et le nettoyage, fournit des services de soutien à domicile, sert les repas et assure la tenue de livre. Ces postes sont traditionnellement réservés aux femmes et sont de plus en plus occupés par des femmes racialisées, bien qu’ils soient parfois occupés par des hommes marginalisés. Par conséquent, les compétences, les efforts, les responsabilités et les mauvaises conditions de travail liés à ces postes ne sont pas reconnus et sont souvent sous-estimés. En Colombie-Britannique, les salaires que gagne ce bassin majoritairement féminin sont maintenant les mêmes que ceux qui étaient offerts en 1968. Fait peu étonnant, les emplois majoritairement occupés par des hommes sont maintenant mieux rémunérés, ce qui augmente davantage l’écart entre travailleur(euse)s auxiliaires. Les syndicats de la C.-B. ont poursuivi le gouvernement sous la Charte canadienne des droits et libertés, affirmant que cet écart relève de la discrimination envers les femmes. Mais la cause a été rejetée par les tribunaux inférieurs.

Le travail auxiliaire faisait jadis partie des tâches infirmières et il en est toujours une composante lorsqu’il n’est pas accompli par d’autres travailleur(euse)s, notamment parce qu’essentiel aux soins. Il est essentiel à la prestation de soins sécuritaires et importants, et au bon déroulement d’un projet social plus élargi dans le domaine de la santé publique, du bien-être et des soins. Celles et ceux qui accomplissent ces tâches sont des travailleur(euse)s de la santé et doivent être reconnu(e)s comme tel(le)s.

Pour obtenir la version complète du rapport Critical to Care : Women and Ancillary Work in Health Care [Essentiels aux soins : les femmes et le travail auxiliaire dans le domaine de la santé], visitez le site yorku.ca/nnewh/index_EN.htm.