Les soins de maternité en milieu rural Un Service en voie de disparition

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par LE CENTRE D’EXCELLENCE DE L’ATLANTIQUE POUR LA SANTÉ DES FEMMES

Les femmes canadiennes qui habitent en milieu rural éprouvent de plus en plus de difficulté à obtenir des soins de maternité de qualité – quand elles réussissent à y accéder, selon une nouvelle étude réalisée par Jude Kornelsen et Stefan Grzybowski et subventionnée par le Fonds de recherche en matière de politiques de Condition féminine Canada.

S’adressant au congrès annuel de l’Association canadienne des sages-femmes, Jude Kornelsen a indiqué que l’on assistait actuellement « à la dissolution de certains services en région rurale, sans que la nécessité en ait été démontrée. Nos recherches révèlent que de telles décisions ont des répercussions désastreuses sur la vie des femmes, des familles  et des communautés rurales. »

Publiée sous le titre Les soins de maternité en milieu rural : Expériences des femmes et répercussions sur les politiques et la pratique, la nouvelle étude examine les expériences des femmes dans quatre localités de la Colombie-Britannique. Néanmoins, ses  conclusions ne se limitent pas à cette seule province, prévient Christine Saulnier, agente principale de recherche au Centre d’excellence de l’Atlantique pour la santé des femmes. « Elles s’appliquent de manière toute pertinente ici même dans la région de l’Atlantique, étant donné la forte composante rurale de la population et le nombre de collectivités éloignées qu’on y trouve. »

Mme Saulnier rapporte à ce sujet les propos d’une femme de la région : « Depuis mon deuxième accouchement, on a fermé les chambres de naissance car on manquait d’argent pour embaucher un deuxième anesthésiste. Il ne me restait plus qu’à choisir entre un voyage d’une heure et quart et un autre d’une heure et demie pour aller accoucher dans l’hôpital le plus proche capable d’offrir ce service. La voiture ou l’ambulance était bien le dernier endroit où j’avais envie de me retrouver pendant les contractions, sans compter que les coûts étaient à ma charge », a-telle expliqué.

L’étude de Kornelsen et Grzybowski approfondit nos connaissances sur les effets sociaux et psychologiques qu’entraîne la décision de limiter les services locaux en matière de maternité, notamment sur l’expérience de la naissance. Voilà une question qui soulève de nombreuses préoccupations sur le seul plan de la santé physique. Les données suggèrent en effet qu’il existe un lien entre l’absence de services de proximité et la hausse des taux de mortalité périnatale et d’accouchements avant terme.

« Dans certaines des localités que nous avons étudiées, c’est la première fois dans l’histoire que des femmes doivent se déplacer pour obtenir des services de base en matière d’accouchement », affirme Jude Kornelsen, également membre du département de médecine familiale à l’Université de la Colombie- Britannique. « C’est un fait particulièrement navrant dans le cas des communautés autochtones qui peuplent ces régions depuis parfois des dizaines de milliers d’années. »

Entre autres questions soulevées par les participantes à l’étude, soulignons les coûts de déplacement qu’entraîne un accouchement loin de chez soi. Les conditions climatiques, la garde des autres enfants laissés à la maison et le fait d’être séparée de sa famille pendant l’accouchement et les jours ou semaines qui le précèdent sont également des sources de stress physique et émotionnel.

Le rapport propose des recommandations visant à améliorer l’accès aux services de  maternité pour les femmes en milieu rural. L’un des éléments de solution les plus importants concerne l’intégration des sages-femmes, dans le cadre de services financés et réglementés par des organismes comme la Société canadienne de pédiatrie, le College of Midwives de la Colombie-Britannique et la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada. Les sages-femmes pourraient ainsi jouer un rôle effectif dans les soins de maternité en milieu rural. Kornelsen et Grzybowski préconisent également l’adoption de nouveaux modèles de collaboration qui permettront d’éliminer les obstacles à la prestation de soins interdisciplinaires (p. ex. les restrictions concernant le partage des soins entre sages-femmes et omnipraticiens). Ces collaborations pourraient donner lieu à des projets novateurs, notamment en ce qui concerne l’enseignement prénatal, la formation interdisciplinaire à l’intention des fournisseurs de soins locaux et le recours au soutien informel que peuvent offrir les doulas.

Les soins de maternité en milieu rural : Expériences des femmes et répercussions sur les politiques et la pratique, par Jude Kornelsen et Stefan Grzybowski, en collaboration avec Michael Anhorn, Elizabeth Cooper, Lindsey Galvin, Ann Pederson et Lana Sullivan. Pour une version complète du rapport, consulter www.swc-cfc.gc.ca/pubs/pubspr/0662407997/index_e.html ou appeler au (613) 995-7835.