Progression du VIH/sida chez les femmes canadiennes

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Les politiques et les programmes en matière de prévention, de traitement, de soins et de soutien ne répondent pas aux besoins des filles et des femmes

Par Barbara Clow
Du Centre d'excellence pour la santé des femmes de la région de l'Atlantique.

À l'approche de la Conférence internationale sur le sida prévue en 2006 à Toronto, à laquelle participeront plus de 20 000 délégués et journalistes des cinq continents, il semble opportun de porter un regard neuf sur l'épidémie qui sévit au Canada. En effet, les choses ont bien changé depuis dix ans.

Au Canada, la majorité des personnes vivant avec le VIH ou atteintes de maladies imputables au sida sont des hommes ayant des rapports homosexuels et des utilisateurs de drogues injectables, mais on constate qu'un nombre croissant de femmes – de jeunes femmes, notamment – deviennent infectées par contact hétérosexuel. Malheureusement, les politiques et les programmes actuels ne répondent pas adéquatement aux besoins des différents groupes de femmes à risque. Si nous ne prenons pas immédiatement des mesures appropriées, l'épidémie de VIH au Canada pourrait connaître une évolution semblable à celle qui a été observée ailleurs, c'est-à-dire s'étendre dans la population générale par contact hétérosexuel principalement.

Depuis le début des années 1990, le nombre de nouveaux cas d'infection diminue chez les hommes ayant des rapports homosexuels et chez les utilisateurs de drogues injectables. C'est là une bonne nouvelle. En revanche, le taux d'infection par contact hétérosexuel augmente de façon constante : il est passé de 13 % en 1993 à 43,7 % en 2003. Cette hausse s'observe principalement chez les jeunes femmes âgées de 15 à 29 ans. Aujourd'hui, la transmission du VIH par contact hétérosexuel représente 75 % de tous les nouveaux cas d'infection au sein de la population féminine.

Certaines différences physiologiques entre femmes et hommes augmentent le risque d'infection pour la femme. À cause des tissus fragiles que comportent les organes génitaux féminins et des concentrations élevées de virus que peut contenir le sperme, la transmission du VIH s'effectue plus facilement de l'homme à la femme que l'inverse.

Du point de vue culturel et social, les attentes à l'égard de chaque sexe et les rôles qui leur sont attribués constituent autant de facteurs critiques qui augmentent la vulnérabilité des femmes face aux infections à VIH. Les femmes ne jouissent pas du même pouvoir social, économique et politique que les hommes; il leur est parfois difficile, voire impossible, de refuser d'avoir des rapports sexuels ou d'imposer des pratiques sexuelles sans risque.

Les rôles et les stéréotypes sexuels limitent en outre la capacité des femmes de lutter contre une infection à VIH ou associée au sida. Selon Santé Canada , « le taux de survie des femmes atteintes du sida est inférieur à celui des hommes », un phénomène attribuable aux facteurs suivants : « la difficulté de diagnostiquer et de traiter précocement la maladie en raison de la méconnaissance des premiers symptômes chez les femmes; l'exclusion de ce groupe des essais de médicaments et l'inaccessibilité des traitements antirétroviraux; l'absence de recherches sur l'histoire naturelle du VIH chez la femme; les taux de pauvreté supérieurs parmi les femmes et la difficulté d'obtenir des soins de santé adéquats et, enfin, la tendance de nombreuses femmes à accorder moins d'importance à leur propre santé qu'à celle de leurs enfants et de leur famille ».

Et ce risque est encore plus important pour certains groupes de femmes au Canada. À titre d'exemple, le taux d'infection est deux fois plus élevé chez les femmes autochtones que chez les autres. Comme partout ailleurs dans le monde, les femmes les plus démunies et marginalisées sont celles qui sont les plus vulnérables à la maladie.

Dans l'ensemble, les politiques et les programmes mis en place en matière de prévention, de traitement, de soins, de soutien et d'atténuation des conséquences ne sont pas axés sur les besoins propres des femmes et sur les caractéristiques spécifiques de la maladie; ils n'en tiennent d'ailleurs aucunement compte dans certains cas.

Le gouvernement et les décisionnaires peuvent prendre les moyens nécessaires pour juguler la vague épidémique qui sévit au Canada et à l'étranger : en faisant progresser les travaux du Conseil ministériel sur le VIH/sida; en favorisant une analyse sexospécifique de la Stratégie canadienne sur le VIH/sida et des programmes provinciaux et territoriaux en la matière; et en encourageant l'élaboration de stratégies répondant aux besoins de chaque sexe dans toutes les régions du pays.

De manière spécifique, il faut approfondir notre connaissance des effets distinctifs du VIH et des maladies associées au sida sur les femmes et les hommes, en appuyant notamment la recherche et les activités de sensibilisation du public et des professionnels. Tous les ordres de gouvernement doivent s'engager à intégrer une approche sexospécifique aux politiques et aux programmes pour tout ce qui touche la prévention, le traitement, les soins et le soutien.

De manière générale, il faut élargir notre approche en matière de VIH/sida et tenir compte des besoins de tous les Canadiens et Canadiennes sans égard à leur orientation sexuelle, leur sexe, leur origine ethnique ou leur situation. Cela signifie peut-être qu'il faudra procurer de nouvelles ressources aux organismes et aux programmes de soutien qui se consacrent à la tâche de redonner espoir aux personnes touchées par le VIH/sida, tout en veillant à préserver les acquis.

Par ailleurs, le gouvernement canadien doit honorer ses engagements internationaux en matière de réduction de la pauvreté, d'élimination de la discrimination et de la violence envers les femmes, de développement de l'enfance, de droits humains, de prévention et de traitement du VIH/sida dans le monde. Et il est de notre devoir d'exiger qu'il les tienne.

Si le Canada ne réagit pas rapidement et adéquatement face à l'évolution des modes de transmission, l'épidémie de VIH risque de devenir endémique, avec les conséquences désastreuses que cela suppose pour tous les Canadiens et Canadiennes.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez visiter : www.acewh.dal.ca

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*Les statistiques citées ici proviennent des sources suivantes : Le VIH et le sida au Canada – Rapport de surveillance en date du 31 décembre 2003 , Santé Canada; Actualités en épidémiologie sur le VIH/sida – 2003, Santé Canada; Les femmes et le VIH/sida au Canada , Bureau pour la santé des femmes, Santé Canada, 2004.


Sites Web sur les femmes et le VIH/sida

VIH, les femmes et les jeunes
Ce site, un projet de la Fédération pour le planning des naissances du Canada, offre des ressources comprenant des feuillets d'information sur le test de dépistage du VIH, la grossesse, la prévention et la santé des personnes séropositives. Les fournisseurs de services qui travaillent auprès des femmes et des jeunes trouveront aussi des ressources pour la promotion des intérêts et la défense des droits. Le site comprend également un jeu-questionnaire, des récits de faits vécus et un glossaire.
VIH/sida : Sois consciente des risques–sois consciente de tes choix
Ce site Web, créé par la Société canadienne du sida, s'inscrit dans le cadre d'une campagne nationale de sensibilisation sur le VIH/sida pour les jeunes femmes. Vous y trouverez un jeu-questionnaire, les documents de la campagne, un glossaire et des liens vers d'autres sources d'information.
« De tête et de cœur »
Cette revue, publiée par le Centre de ressources et d'intervention en santé et sexualité (CRISS), offre de l'information aux femmes infectées ou touchées par le VIH/sida. Elle traite de questions tels la vie familiale, le VIH au travail, le traitement du VIH et le VIH et la santé des femmes.
Centre canadien d'information sur le VIH/sida
Le Centre canadien d'information sur le VIH/sida fournit de l'information sur le VIH/sida et des services de communication sur la prévention, les soins, les traitements et les services de soutien. Le Centre maintient la plus grande bibliothèque de ressources sur le VIH/sida au Canada et distribue des milliers d'affiches, de dépliants et de manuels chaque année.
Réseau canadien d'info-traitements sida
Le Réseau canadien d'info-traitements sida fournit des renseignements pour aider les personnes vivant avec le VIH/sida et leurs équipes soignantes à prendre des décisions éclairées concernant leurs soins de santé et aide les médecins et les autres professionnels de la santé à se tenir au fait des dernières découvertes en matière de traitements. Le groupe lutte pour l'avancement de la recherche, l'amélioration des traitements et un meilleur accès aux soins.
Société canadienne du sida
La Société canadienne du sida est une coalition de plus de 100 organismes qui défend les droits des individus et des communautés touchés par le VIH/sida, facilite le développement des programmes, des services et des ressources pour les organismes membres, et fournit un cadre national pour la participation communautaire aux programmes de lutte contre le sida au Canada.
Canadian AIDS Treatment Information Exchange (CATIE)
CATIE provides information to help people living with HIV/AIDS, and their caregivers, make informed health care decisions, and assists physicians and other health care professionals to access the latest information on AIDS treatment advances. The group advocates for improved research, better treatments and easier access to treatments.
Canadian AIDS Society
The Canadian AIDS Society (CAS) is a coalition of community-based AIDS organizations that advocates for people and communities affected by HIV/AIDS. CAS facilitates the development of programs, services and resources for member groups, and provides a national framework for community-based participation in Canada's response to AIDS.

 

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