Améliorer la disponibilité de la contraception d'urgence

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Elle doit être abordable et facile à obtenir pour toutes les femmes

Par DIANE SAIBIL
Action pour la protection de la santé des femmes et Réseau canadien pour la santé des femmes

De bonnes nouvelles !
Le 19 avril 2005, Santé Canada s'est joint à la tendance internationale en annonçant l'adoption, au palier fédéral, d'une proposition visant à ce que la contraception orale d'urgence (COU), également appelée Plan B ou « pilule du lendemain », passe du statut de médicament d'ordonnance à celui de médicament sans ordonnance. De concert avec cette initiative, l'Association nationale des organismes de réglementation de la pharmacie (ANORP), qui détermine les modalités de la disponibilité des médicaments sans ordonnance dans la plupart des provinces, a immédiatement classé la COU dans l'annexe II. Cela signifie que la COU est dorénavant disponible partout au Canada « en vente libre », sans qu'une visite chez le médecin ou une ordonnance soient requises; toutefois, pour l'obtenir, il faut demander l'assistance du pharmacien.

Nous appuyons fortement la décision de Santé Canada de faire passer le statut de la COU de celui de médicament d'ordonnance à celui de médicament sans ordonnance. Mais pour que la COU soit encore plus facilement accessible à toutes les femmes canadiennes, les gouvernements doivent aller encore plus loin et faire de la contraception d'urgence un médicament non catégorisé – c'est-à-dire disponible sans que l'aide ou l'intervention d'un pharmacien soit nécessaire .

Des préoccupations persistantes
Un médicament en vente libre : Une plus grande disponibilité de la COU peut aider à réduire le nombre de grossesses non désirées. Comme il s'agit d'un médicament sécuritaire, efficace et facile à utiliser, son utilisation en temps opportun est un aspect important à prendre en considération. La COU est plus susceptible d'empêcher une grossesse lorsqu'elle est prise dans les 24 heures suivant les rapports sexuels. Plus le délai s'allonge, plus son taux d'efficacité baisse. Manifestement, il est de toute première importance d'obtenir ce médicament rapidement, et sa classification doit être établie en conséquence.

Les femmes et les adolescentes doivent pouvoir obtenir la COU dans un lieu accessible tous les jours, y compris les week-ends et les jours fériés, tant en milieu rural qu'en milieu urbain. La COU doit être facile à trouver et à acheter.

La classification de vente sous le contrôle du pharmacien (annexe II) signifie que seules les pharmacies peuvent vendre la COU – une restriction considérable dans les petites villes et en milieu rural. Certains pharmaciens ont déjà déclaré qu'ils refuseront de vendre la COU à cause de leurs convictions religieuses ou autres. Même si ces pharmaciens sont censés aiguiller les clientes vers d'autres sources d'approvisionnement, il est probable que ce type de refus contribuera à créer des obstacles de taille à la disponibilité équitable et en temps opportun du produit, surtout dans les petites villes et en milieu rural, où il n'y a parfois qu'une seule pharmacie.

Le droit à la vie privée : Les lignes directrices existantes à l'intention des pharmaciens exigent qu'il y ait une consultation avec la cliente avant de lui remettre des pilules de contraception d'urgence. À notre avis, il s'agit d'une intervention inutile qui contrevient au droit à la vie privée des femmes. Il ne faut pas traiter les femmes comme des patientes lorsqu'il n'y a aucune nécessité médicale. Les femmes et les adolescentes sont parfaitement en mesure d'évaluer leurs besoins, de comprendre les indications et les instructions se trouvant sur l'emballage et d'utiliser la COU efficacement et en toute sécurité sans intervention médicale. Nous encourageons fortement les pharmaciens à jouer un rôle accru à titre d'éducateurs en matière de santé, mais selon nous, il est inapproprié de rendre la consultation obligatoire pour toutes les femmes et les adolescentes désirant se procurer des moyens de contraception d'urgence.

Le besoin de COU est une question privée, et ces médicaments doivent être disponibles d'une façon qui respecte le plus possible la vie privée des personnes. Dans le contexte actuel, où la COU n'est disponible que sur consultation avec un pharmacien, la consommatrice se trouve souvent dans l'obligation de procéder à cette consultation dans un endroit très public. En effet, bien qu'on encourage les pharmacies à se doter d'un espace privé pour ces consultations, bon nombre d'entre elles n'ont pas de salle située en retrait des aires de vente.

Évidemment, il est impossible d'assurer la confidentialité complète parce qu'il faut acheter la COU dans un lieu public. Toutefois, le fait de pouvoir prendre un produit sur une tablette et de passer directement à la caisse garantit une plus grande confidentialité que d'avoir une discussion au comptoir des ordonnances.

Une confidentialité encore plus grande peut être assurée si la consommatrice dispose de plusieurs endroits où se procurer la COU. Imaginons une femme ou une adolescente qui doit acheter ses pilules contraceptives d'urgence le dimanche dans la seule pharmacie qui est ouverte. À son arrivée à la pharmacie, elle s'aperçoit qu'un ami de la famille travaille à la caisse. La confidentialité de son achat serait grandement accrue si elle pouvait se procurer le médicament ailleurs. Elle serait alors plus susceptible d'acheter le médicament et de le prendre dans le délai optimal.

Le coût des médicaments en vente libre : Enfin, il y a la question des coûts. Les régimes publics et privés d'assurance médicaments ne remboursent généralement pas les médicaments en vente libre ni les frais de consultation des pharmaciens. Par conséquent, il est probable que le coût de la pilule contraceptive d'urgence augmentera à mesure que les provinces retireront les contraceptifs d'urgence des listes provinciales de médicaments. Dans ce contexte, les femmes à faible revenu et celles qui possèdent une assurance médicaments se verront obligées d'assurer elles-mêmes ces coûts.

Comme l'avaient prévu les chercheuses Joanna Erdman et Rebecca Cook, la classification de la COU dans le groupe des médicaments en vente libre sous le contrôle du pharmacien oblige les femmes à payer les frais de consultation en plus du prix du médicament. Ces frais peuvent varier entre 15 $ et 45 $. Or, si la COU était disponible en vente libre sans intervention du pharmacien, il n'y aurait pas de frais de consultation, ce qui rendrait le médicament beaucoup plus abordable.

Bien que ce ne soit pas la responsabilité des autorités chargées de la réglementation des listes de médicaments, les gouvernements provinciaux devraient considérer la COU comme un médicament essentiel accessible à toutes les femmes, quel que soit leur revenu.

Un appel à l'action
La disponibilité de la contraception d'urgence est un élément clé de tout programme complet de santé génésique et sexuelle des femmes. Elle revêt une importance particulière pour la santé des adolescentes et des jeunes femmes, le groupe d'âge qui, par rapport à l'ensemble de la population féminine, est le plus à risque en matière de grossesse non désirée.

Pour que la contraception d'urgence soit pleinement accessible, elle doit être disponible de façon pratique et rapide, quel que soit l'âge de la femme qui souhaite s'en procurer. Les femmes des milieux ruraux ou urbains et celles ayant peu de ressources financières doivent pouvoir l'obtenir sans difficulté. Enfin, elle doit être disponible dans le respect du droit à la vie privée et du droit de faire des choix libres et éclairés en matière de soins de santé. Le recours à la contraception d'urgence est le fruit d'une décision responsable et éclairée de la part d'une femme désireuse de prévenir une grossesse non désirée. Il doit être respecté en tant que tel.

Action pour la protection de la santé des femmes (APSF) et le Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF) veulent que la disponibilité de la contraception d'urgence soit améliorée. Or, la méconnaissance de la contraception d'urgence, son coût et la réglementation actuelle limitent inutilement cette disponibilité.

En tant que première étape vers l'amélioration de cette disponibilité, nous comptons présenter une requête aux autorités réglementaires canadiennes pour qu'elles classent le Plan B dans les médicaments « non catégorisés », ce qui lui permettra d'être vendu dans tout point de vente au détail. Nous vous invitons et vous encourageons à appuyer cette position.

Pour de plus amples renseignements et pour joindre vos efforts aux nôtres, visitez le www.whp-apsf.ca ou composez le 1 888 818-9172.

 

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