Directrice exécutive du Réseau canadien pour la santé des femmes reçoit un doctorat honorifique

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Madeline Boscoe, directrice exécutive du Réseau canadien pour la santé des femmes et coordonnatrice de la politique et de la défense des intérêts des femmes à la Women's Health Clinic [Clinique de santé des femmes] de Winnipeg, a reçu un doctorat honorifique de l'Université d'Ottawa, le 5 juin 2005. Madame Boscoe a été reconnue pour ses contributions remarquables à la promotion de la santé des femmes et des filles du Canada.

Depuis plus de vingt ans, Madeline Boscoe travaille en éducation à la santé et à la défense des droits des femmes à la Clinique de santé des femmes de Winnipeg. Elle est également membre fondatrice du Réseau canadien pour la santé des femmes et y oeuvre en tant que directrice exécutive depuis 1995.

L'Université d'Ottawa décerne à chaque année des doctorats honorifique aux personnes qui offrent une contribution importante à leur profession ou à la société en général. « Un doctorat honorifique signifie que le(la) récipiendaire mérite que soient reconnues les réalisations extraordinaires accomplies dans sa vie ou sa carrière », précise-t-on au Cabinet du recteur.


L'Université d'Ottawa honore le mouvement pour la santé des Canadiennes

« Pour moi, cette récompense qui m'est décernée est en réalité une récompense qui souligne notre travail collectif. »

Remarques d'ouverture (abrégées) de Madeline Boscoe, adressées à l'Université d'Ottawa

Madame la chancelière, chers membres de la communauté d'enseignement de l'Université d'Ottawa, chers invité(e)s. C'est un privilège que d'être avec vous aujourd'hui. Je me sens particulièrement honorée d'être conviée par cette une université qui considère la recherche sur la santé des femmes comme une priorité.

Quand j'ai appris que je recevrais cet hommage, je me suis demandée quelles pourraient être les réflexions et les leçons que je pourrais partager avec vous qui seraient pertinentes en cette occasion spéciale.

Il y en a quelques-unes qui, je pense, pourraient s'avérer utiles pour vous, en tant que prestatrices et prestateurs de soins de santé, chercheuses et chercheurs, ou citoyennes et citoyens. Je suis convaincue que ces leçons contribueront à améliorer la santé des femmes et ainsi que celle des hommes.

J'ai eu de la chance. J'ai pu travailler à l'amélioration de la santé et de la condition des femmes avec une communauté étendue et diverse – le mouvement pour la santé des femmes.

J'imagine mes collègues avec moi ici, ce soir. Je considère cet honneur qu'on me fait comme étant en réalité un hommage à notre travail collectif.

Tout comme la plupart des mouvements sociaux, le mouvement pour la santé des femmes a permis aux personnes souvent marginalisées par la société de s'exprimer et leur a donné éventuellement le pouvoir de participer aux décisions ayant trait aux politiques et aux choix des priorités en matière de santé.

Le mouvement pour la santé des femmes est né du mouvement féministe élargi et a pris force à ses côtés, les deux partageant une critique et une insatisfaction sociales fondées sur le refus des rôles sociaux rigides et inéquitables imposés aux femmes, rôles qui ont dégradé leur condition et leur état de santé. Ce système de soins, qui ne prenait pas en compte les femmes – et qui, souvent, continue à ne pas le faire – nous a beaucoup préoccupées. Nous étions deux fois déçues, comme bénéficiaires et comme pourvoyeuses de soins.

Nous nous sommes rassemblées pour partager nos expériences et nos connaissances et nous avons intentionnellement utilisé le mot « nous » afin de renforcer notre engagement envers l'équité et d'éviter de percevoir certaines d'entre nous comme des « expertes » qui en savent plus que les autres. Nous avons examiné nos cols utérins, nous avons inséré des diaphragmes, nous nous sommes battues pour des soins de santé à domicile et nous sommes devenues des sages-femmes.

Nous avons partagé des témoignages sur nos interactions avec le réseau de santé et nous avons commencé à poser des questions.

Nous avons compris que posséder des connaissances signifie posséder le pouvoir – et nous avons revendiqué la reconnaissance de nos expériences comme un savoir. Nous avons compris que dans le monde de la recherche, ceux qui formulaient les questions contrôlaient les réponses. C 'est ainsi que nous avons initié nos propres recherches… sur les questions qui nous préoccupaient le plus.

Par le biais de discussions et de débats, nous avons conçu des services de santé axés sur de nouvelles approches qui rejettent la surmédicalisation de notre santé et de notre bien-être.

Par exemple, nous nous sommes penchées sur l'utilisation fréquente des tranquillisants et des stimulants et nous avons compris que nous n'étions pas « folles » mais plutôt « fâchées » puisque l'on faisait fi de l'impact que la pauvreté, la violence et le racisme avaient sur notre santé. Fâchées puisque l'attention portée à notre santé était due au fait qu'on nous voyait comme des « réceptacles » de foetus ou des agentes non rémunérées ayant pour rôle de transmettre de l' information-santé à nos familles et à nos à nos communautés.

Nous avons compris que pour assurer l'égalité et le respect des droits des femmes, l'accès aux soins de santé génésique était crucial.

Nous étions fâchées du fait que des événements tout à fait normaux de notre vie, tels que l'accouchement et la ménopause, étaient réduits à des anomalies qui nécessitaient des interventions.

Bref, nous avons compris que la santé des femmes est une question politique, sociale et économique, et que nous ne voulions plus « être patientes », comme disait Sharon Batt, une militante de longue date dans la lutte contre le cancer du sein.

Si je me penche sur quelque-uns des projets auxquels je participe présentement – la sauvegarde et l'amélioration de l'assurance-maladie, la participation du public aux décisions concernant « l'innocuité » des implants mammaires, l'accès aux sages-femmes ou aux maisons de naissance, la mise à profit du travail de nos collègues québécoises pour mettre en place une « loi contre la pauvreté », je peux constater la récurrence de deux thèmes.

L'une concerne le besoin de changer la relation entre les prestateurs et prestatrices de soins et leurs clientes et patientes, et l'autre est liée au rôle qui nous revient à nous, en tant que professionnel(le)s de la santé au sein de notre démocratie.

J'ai collé sur le mûr de mon bureau les paroles d'une femme qui a participé à un groupe de soutien d'endométriose que j'ai animé il y a quelques années : « Plus j'en apprends sur le sujet, plus il est difficile de trouver des médecins avec lesquels je peux discuter », disait-elle.

Que voulait-elle dire?

Plusieurs choses, je pense.

  • Elle avait dû devenir une spécialiste dans les domaines qui touchaient ses problèmes de santé;
  • Elle n'était pas prête à accepter aveuglément l' information ou les traitements qu'on lui proposait;
  • En posant des question et en remettant en cause l'ordre établi, elle a provoqué des tensions dans ses relations avec les fournisseurs et fournisseuses de soins à tel point que, parfois, ces professionnel(le)s la voyaient – elle, ainsi que d'autres comme elle – comme des « patientes difficiles » qu'ils refusaient de soigner.

Elle savait déjà que nous devions réfléchir sur la façon dont nous structurons les soins de santé. Elle savait que nous avions besoin de nouvelles approches :

  • qui font participer nos patientes et nos clientes de façon beaucoup plus directe à la planification, au contrôle et à la prestation des soins;
  • qui appuient l'adoption de modèles de services innovateurs;
  • qui sont fondées sur des équipes multidisciplinaires professionnelles et paraprofessionnelles axées sur la collaboration;
  • qui font participer les citoyens et les citoyennes au développement et à la synthèse de la recherche;
  • enfin, et surtout, qui assurent la collaboration et l'égalité des relations entre les prestateurs et les prestatrices de soins et les personnes qui en bénéficient.

De plus, nous devons repenser nos rôles en tant qu'éducatrices en santé – même hors du travail.

En tant que dispensateurs et dispensatrices de soins de santé, nous contribuons depuis longtemps à l'élaboration de politiques saines en matière de santé. La gestion sécuritaire de l'eau et des déchets, la mise en place de programmes de nutrition, la promotion de l'habitude de se laver les mains et la lutte contre le tabagisme ne constituent que quelques exemples.

Nous avons toujours promu la santé publique.

Je pense qu'il nous revient maintenant, à nous toutes et tous, la tâche essentielle de faire comprendre à la société que la santé n'est pas seulement tributaire de notre comportement mais qu'elle est aussi, sous plusieurs aspects, un produit – on pourrait même dire « un effet secondaire » – de la politique gouvernementale.

Les prestatrices et les prestateurs de soins ont toujours su intuitivement que la pauvreté nuit non pas seulement à la santé des pauvres mais aussi à la santé de toute la collectivité.

Nous devons de toute urgence aider le reste de la société à saisir le lien entre l'exclusion sociale et l'inégalité des revenus et les effets nocifs de ces facteurs sur la santé de la population. C'est une tâche de longue haleine qui, à mon avis, constitue un défi aussi grand que celui d'expliquer la théorie des germes ou la relation entre le tabagisme, la dépression et les maladies cardiovasculaires.

Je vous demande donc de vous engager dans le processus de révision du salaire minimum, dans la promotion des programmes de logements sociaux, dans la révision des structures fiscales et dans d'autres débats sur les politiques publiques qui touchent la santé. À défaut de réduire la pauvreté et les injustices sociales dans notre société, nous ne pourrons protéger ni améliorer la santé des femmes – ou des hommes....

Écouter les voix critiques des personnes en marge de la société peut s'avérer une expérience enrichissante et profonde pour nous toutes et tous. Rappelez-vous le principe « d'abord, ne pas nuire » et le fait que la compassion et l'empathie sont des habilités essentielles dans le travail qui vous attend. Recherchez la joie. Puis, n'ayez pas peur de remettre en question les idées préconçues et d'essayer de changer les choses.

Texte complet des remarques d'ouverture disponible à l'adresse http://www.cwhn.ca/ressources/rcsf/madSpeech_f.html.

 

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