Réforme de la santé La réduction des dépenses aux frais des patients et de la main-d'œuvre

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Les leçons de Florence Nightingale toujours pertinentes

par Pat Armstrong avec le Comité coordonateur des femmes et la réforme en santé

Dans les discussions actuelles sur l'éventualité que des entreprises privées construisent et gèrent des hôpitaux – le soi-disant partenariat entre secteurs public et privé (PPP), on commet une omission criante. Cette lacune est encouragée par le rapport Romanow, alors que l'histoire des soins de santé et les travaux de recherche à ce sujet démontrent qu'il s'agit en fait d'un point essentiel. Et c'est un aspect que Florence Nightingale n'avait certainement pas oublié lorsqu'elle s'est attachée à réformer les hôpitaux pour améliorer la sécurité des soins.

Je veux parler ici du travail accompli par le personnel d'entretien et par les employés des services d'alimentation, de blanchisserie, de diététique et de bureau. Dans le rapport Romanow, on emploie le terme « services auxiliaires » pour le désigner, en laissant entendre qu'il pourrait être donné en sous-traitance à des entreprises privées sans que les soins de santé n'en pâtissent; le terme « personnel non médical » revient aussi de plus en plus souvent dans les médias. Les recherches menées ici et à l'étranger démontrent que si l'on adopte le modèle proposé, les travailleurs et les travailleuses affectés à ces services seraient à l'emploi d'entreprises privées soucieuses de restreindre les dépenses, ce à quoi elles parviendraient en accélérant le rythme de travail et en réduisant les salaires, les avantages sociaux et la sécurité d'emploi.

Or Florence Nightingale avait initié sa réforme en enseignant à ses collègues infirmières comment nettoyer les hôpitaux et nourrir les patients convenablement. Les principes qu'elle prônait à l'époque sont confirmés par toutes les recherches menées jusqu'à aujourd'hui sur les déterminants de la santé. Nous savons que l'environnement social, physique et psychologique influe sur la santé. Ces déterminants jouent un rôle critique en milieu hospitalier et reflètent la nature spécifique du travail relevant des soins de santé.

Les travailleurs et les travailleuses de la santé viennent en aide à des personnes vulnérables, sur lesquelles l'environnement a un effet considérable. Plus que tout autre milieu, l'environnement dans lequel se déroule la prestation des soins comporte des risques particulièrement sérieux pour les malades qui les reçoivent. Si les draps ne sont pas bien lavés, par exemple, ils peuvent mettre en danger la vie des patients. Ils peuvent poser un risque tout aussi sérieux pour les employés de la blanchisserie : le seul exemple de l'hépatite A ou B suffit pour que l'on saisisse immédiatement la nature du problème.

En milieu hospitalier, l'environnement est un aspect inhérent à la prestation des soins; il revêt une importance tout aussi grande que les actes médicaux qui sont posés. En effet, la réussite même de ces interventions en dépend. Voilà pourquoi il nous faut reconnaître que ceux et celles qui créent cet environnement sont des travailleurs de la santé et que leurs compétences relèvent du domaine des soins de santé.

Les soins de santé exigent nécessairement le travail concerté d'une équipe; au sein de ces équipes, il y a ceux qui pratiquent des interventions chirurgicales et ceux qui veillent à la propreté du matériel requis pour les faire, ceux qui déterminent les aliments que les patients mangeront et ceux qui les préparent, ceux qui décident des dossiers à conserver et ceux qui les constituent. Cette interdépendance entre les uns et les autres brouille la ligne de démarcation entre les soins dits auxiliaires et les soins directs. Toutes les personnes qui travaillent dans ce secteur doivent posséder un savoir-faire spécifique et la plupart se considèrent comme des fournisseurs de soins de santé à part entière, quel que soit leur rôle.

En Grande-Bretagne, le Comité spécial sur la santé de la Chambre des communes a fait la mise en garde suivante : « La distinction parfois fausse que l'on établit entre personnel médical et personnel non médical peut créer au sein de l'établissement une sorte d'apartheid préjudiciable au moral des employés et à la santé des patients. » C'est précisément ce type d'apartheid qui verrait le jour avec les PPP.

Affirmer que les soins de santé concernent la vie et la mort semble être une évidence. Des soins de piètre qualité comportent des risques élevés, ce qui signifie que le travail spécialisé revêt une très grande importance au sein de ce milieu par rapport à d'autres secteurs. Il s'ensuit également que la santé des travailleurs et des travailleuses peut aussi engendrer des répercussions pour les patients qui nécessitent des soins. Les employés qui ne bénéficient pas d'assurance santé complémentaire se présenteront au travail même quand ils sont malades, ce qui est nocif pour la santé des patients. Les employés temporaires connaissent souvent mal le milieu de travail où ils évoluent et les patients qu'ils soignent, d'où une augmentation du risque de commettre des erreurs critiques. L'absence de sécurité en matière d'emploi et de salaire se traduit parfois par une loyauté chancelante à l'égard de son travail, un niveau de formation moindre et une charge de travail accrue; ce sont tous là des facteurs qui contribuent à détériorer la qualité des soins tout en posant un risque pour la santé des bénéficiaires.

Dans pareil contexte, il deviendra de plus en plus difficile pour les travailleurs et les travailleuses d'utiliser leur savoir-faire pour répondre aux exigences variées et aux crises qui font le quotidien du milieu des soins de santé. Bref, plus le travail sera précaire, et plus les risques seront élevés, non seulement en ce qui touche la santé des travailleurs et des travailleuses, mais également en ce qui concerne la qualité des soins de santé.

Une première version de cet article a été publiée dans le Toronto Star.