La violence et les traumatismes dans la vie des femmes atteintes de maladies mentales graves : des causes souvent négligées de côté, selon une étude

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Une nouvelle étude réalisée par le Centre d’excellence pour la santé des femmes – C.-B. révèle que les effets de la violence chez les femmes gravement atteintes de maladies mentales ont souvent été mis de côté dans l’élaboration de politiques, la planification en santé mentale, la pratique clinique et les manuels didactiques. L’étude précise pourtant qu’il faut absolument tenir compte de la violence et des abus perpétrés pour comprendre la maladie mentale et pour aider les femmes à guérir et à conserver un bien-être.

L’auteure de l’étude, Marina Morrow, chercheuse à l’Université de la Colombie-Britannique, note que malgré le nombre croissant de recherches révélant l’impact de la violence et des traumatismes sur la santé mentale des femmes, peu de programmes de santé sont conçus pour répondre aux besoins des femmes violentées aux prises avec des troubles mentaux chroniques et persistants. Tel est le cas notamment pour les femmes ayant reçu un diagnostic de trouble de personnalité limite, les femmes aux prises avec la toxicomanie et la maladie mentale, les femmes en prison, les femmes atteintes de troubles de croissance et les populations autochtones, immigrantes et réfugiées.

Les participantes à l’étude ont indiqué que de nombreux professionnels de la santé mentale sont réticents à reconnaître l’impact de la violence et des traumatismes dans la vie des femmes. Ils diminuent l’importance de ces facteurs ou les voient comme des questions qui n’ont aucun lien avec la santé mentale. En raison d’une telle vision, les outils d’évaluation et les programmes de traitements en place actuellement ne tiennent pas toujours compte de la violence et des traumatismes subis. Ces pratiques limitent gravement la capacité du système de santé mentale à répondre aux besoins des femmes de façon efficace et peut donner lieu à des erreurs de diagnostics ou retarder grandement la prestation d’une aide adéquate.

Les intervenants en santé mentale interrogés dans l’étude ont aussi indiqué qu’ils avaient très peu de possibilités de formation dans le domaine de la violence envers les femmes, autant dans leurs institutions d’éducation respectives que dans leur milieu de travail. Les programmes et les occasions qui s’offrent ne sont pas considérés comme des prérequis dans le cadre d’une formation en santé mentale. Les intervenants ont souligné le besoin de mettre en place des formations qui mettent en lumière les liens entre la violence, les traumatismes, la santé mentale et la toxicomanie.

Contexte

De plus en plus, la fréquence de la violence faite aux femmes et l’impact de cette violence et des traumatismes sur la santé physique et mentale sont des phénomènes maintenant reconnus. Les statistiques canadiennes suggèrent qu’au sein de la population générale, 29 % des femmes qui sont ou qui ont été mariées ou qui l’ont été ont été sexuellement ou physiquement agressées par leur partenaire. Vingt et un pour cent des femmes sont agressées au cours de leur grossesse, et dans 40 % de ces cas, la violence a commencé pendant la grossesse. Bien qu’il n’existe aucunes données pancanadiennes récentes sur le sujet de l’abus sexuel d’enfants, en 1984, une étude canadienne a constaté qu’environ une femme sur deux et un homme sur trois ont subi des actes sexuels non désirés. Dans quatre cas sur cinq, ces incidents ont été commis lorsque la personne était enfant ou à l’âge de l’adolescence.

Le taux de violence sexuelle à l’endroit des enfants semble être encore plus élevé chez les femmes internées en institutions psychiatriques. Une recherche menée en Colombie-Britannique auprès de femmes hospitalisées à l’Hôpital psychiatrique de Riverview a constaté que 50 % des patientes avaient été sexuellement agressées pendant l’enfance. Une autre étude, qui incluait les abus physiques en plus de la violence sexuelle, constatait que 83 % des femmes hospitalisées avaient été violentées. Des études américaines qui se penchent sur la présence d’abus sexuels dans la vie des femmes ayant reçu un diagnostic de maladie mentale ont révélé des taux semblables. Certains chercheurs ont relevé des différences quant à la gravité et la durée des sévices lorsqu’ils ont comparé les populations cliniques aux populations non cliniques, et les femmes de la première catégorie ont dit avoir vécu un taux de violence plus élevé, et ce, pendant plus longtemps.

Dans les cas extrêmes, la violence a provoqué des blessures physiques importantes et la mort. Un autre éventail de problèmes de santé physiques a été lié aux abus et aux traumatismes subis, y compris les troubles du système nerveux, l’insomnie, les migraines, les problèmes respiratoires, les troubles cardiovasculaires, les problèmes du système endocrinien, les troubles gastro-intestinaux et génito-urinaires, ainsi que les troubles de l’appareil génital et les probl èmes sexuels.

Toutefois, les chercheurs tentent de plus en plus de comprendre l’impact des traumatismes infligés pendant l’enfance sur la santé mentale. Des études ont établi des liens entre ces traumatismes et la dépression, les troubles de la personnalité limite, les troubles de personnalités multiples et la toxicomanie. Ceux-là ont également été liés au syndrome de stress post-traumatique.

Selon les estimations, les coûts occasionnés par la violence faite aux femmes au Canada, en termes de santé, s’élèvent annuellement à 1 539 650 387 $. Il existe peu d’études évaluant les coûts de la violence, en terme de soins psychiatriques. Par ailleurs, une étude canadienne qui évalue combien il en coûte pour soigner 15 survivantes de violence ayant reçu un diagnostic de troubles de personnalités multiples a constaté que ces femmes étaient hospitalisées pendant une moyenne de 98,7 mois dans des institutions de santé mentale canadienne avant de recevoir un diagnostic adéquat, et que le coût des soins qu’elles recevaient au cours de leur vie s’élevait à 4 144 114,50 $. Selon les estimations de cette étude, une économie de 84 899,44 $ pourrait être réalisée si des diagnostics adéquats étaient livr és plus tôt.

Bien que toutes les femmes soient exposées à la violence peu importe la race, l’appartenance ethnique, la culture, l’habileté physique et mentale, l’âge, le vécu sexuel ou le statut économique, le risque et l’impact associés à la violence sont davantage élevés chez les femmes socialement marginalisées ou vivant dans la pauvreté. Les femmes qui souffrent de graves troubles de santé mentale sont particulièrement à risque en raison de leur maladie, leur situation sociale et leur milieu de vie. Dans un tel contexte, la violence fait partie de leur passé ainsi que de leur réalité quotidienne. Cette catégorie de femmes bénéficie de peu de soins et de soutien en raison de la stigmatisation spécifique et de la discrimination exerc ées envers les personnes atteintes de maladies mentales.

Vous pouvez obtenir des extraits de l’étude complète en consultant le site www.bccewh.bc.ca/ ou en composant le (604) 875-2633.