Les sages-femmes continuent de faire face à de nombreux défis

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En dépit des progrès réalisés au cours des dix dernières années, la sage-femmerie doit encore relever de nombreux défis. Dans certaines provinces, c'est la lutte pour le financement qui retient l'attention, dans d'autres la légitimité même de la profession. Beaucoup de médecins et d’infirmières considèrent maintenant les sages-femmes comme des collègues et peuvent conseiller à leurs patientes de faire appel à leurs services pour l'accouchement. Cependant, dans certaines communautés, des professionnels de la santé se montrent hésitants voire hostiles envers la profession, celles qui la pratiquent et leurs clientes. L'accès à la formation de sage-femme est un problème pour celles qui habitent à l'extérieur des grands centres où sont offerts les programmes de formation, et dans les provinces où il n'existe aucun programme. Les sages-femmes autochtones et inuites rencontrent encore des difficultés considérables en matière de formation et de réglementation.

Les intervenantes luttent tous les ans pour obtenir du financement, même dans les provinces où la profession est établie depuis des années. L'assurance contre la faute professionnelle constitue l'une des plus grandes préoccupations de la profession et des ministères de la santé. Les primes ne cessent d’augmenter; on a même assisté à une hausse de 400 % au cours d’une seule année.

Le mouvement des consommatrices, étroitement lié à l’établissement de la sage-femmerie professionnelle, demeure dynamique dans plusieurs régions du pays. Ailleurs, il réapparaît pour affronter de nouveaux problèmes après les années d'accalmie qui ont suivi l’adoption d’une législation.

Dans certaines régions, l’acceptation accrue des sages-femmes face à la technologie médicale suscite quelques inquiétudes. En permettant aux sages-femmes d'administrer l'anesthésie épidurale, va-t-on modifier les valeurs fondamentales de la sage-femmerie ou plutôt soutenir le choix et la continuité des soins? Les établissements d'enseignement continueront-ils de former des sages-femmes qui prônent l'accouchement à domicile, le fondement même de la sage-femmerie, et qui valorisent les soins qui sont véritablement axés sur les femmes?

Une affiche aperçue dans la région de Toronto proclame à juste titre que la sage-femmerie est « la plus ancienne et la plus nouvelle des professions ». Riche en histoire et dotée d'une solide position philosophique, la sage-femmerie au Canada se définit peu à peu.

La sage-femmerie au Canada
Les sages-femmes s'occupent de 75 % des naissances dans le monde. Qu'en est-il au Canada?


  • En Ontario, la province canadienne qui compte le plus grand nombre de sages-femmes, elles procèdent à 4,5 % des accouchements.




  • Cinq provinces / territoires n'ont ni législation ni financement; dans deux provinces, la pratique est réglementée mais il n'y a aucun financement; et le Québec n'approuve pas l'accouchement à domicile, rendant ce choix sans danger et peu coûteux pratiquement impossible pour les femmes qui désirent obtenir des soins dignes de confiance.




  • Dans les provinces réglementées et non réglementées, beaucoup de femmes désirent les services d'une sage-femme mais doivent y renoncer en raison d'une pénurie d’effectifs.

La situation de la profession est radicalement différente selon le lieu de résidence au Canada et les nombreux obstacles à l'accessibilité des soins.

Province A fait l’objet d’une loi Financé Frais imposés Domicile / hôpital /Centre de naissance Programme de sensibilisation
Alberta Oui Non Oui Domicile / hôpital / Centre de naissance Non
Colombie-Britannique Oui Oui Non Domicile / hôpital Oui
Manitoba Oui Oui Non Domicile / hôpital Non
Terre-Neuve et Labrador Non Non Non Hôpital (en région éloignée seulement) Non
Nouveau-Brunswick Non Non No Domicile Non
Territoires du Nord-Ouest Non Non Oui Domicile Non
Nouvelle-Écosse Non Non Oui Domicile Non
Nunavut Partiellement (un projet pilote en 2002) Partiellement Non Centre de naissance (seulement à Rankin Inlet) No
Ontario Oui Oui Non Domicile / hôpital Oui
Île-du-Prince-Édouard Non Non Oui Domicile Non
Québec Oui Oui Non Centre de naissance Oui
Saskatchewan Oui Non Oui Domicile Non
Yukon Non Non Oui Domicile Non

 

Pourquoi l'accessibilité de la sage-femmerie est-elle nécessaire partout au Canada?

  • En 2020, il n'y aura pas suffisamment de médecins pour effectuer les accouchements au Canada.



  • Les sages-femmes prodiguent un type de soins que les médecins n’offrent pas.


    • Les sages-femmes peuvent offrir d'excellents soins prénataux en s'appuyant sur le principe du « choix éclairé », c'est-à-dire offrir aux femmes les renseignements dont elles ont besoin pour faire un choix judicieux pour elles et leur famille.




    • Les sages-femmes offrent un excellent soutien émotif, car elles passent 20 à 30 minutes de plus que les professionnels de la santé avec leurs clientes à chaque rendez-vous.




    • Les sages-femmes procurent une « continuité des soins »; ainsi, les mères savent que l'intervenante pendant la grossesse sera la même qui s'occupera de l'accouchement et du bien-être de la mère et de l'enfant en prodiguant des soins postnataux pendant six semaines.






  • Les sages-femmes respectent le choix des mères en matière d'accouchement. Elles offrent des soins de la plus haute qualité et un soutien assur é, quel que soit le résultat de l'accouchement.




  • Les sages-femmes sont les seules professionnelles reconnues qui pratiquent des accouchements en dehors du milieu hospitalier.




  • Les sages-femmes sont des adeptes convaincues de l'accouchement sans interventions inutiles (anesthésie épidurale, surveillance intra-utérine continue, épisiotomie) et possèdent les compétences pour aider les femmes à donner naissance en toute qui étude sans recourir à ces interventions.




  • Les interventions médicales sont utiles lorsqu'on s'en sert à bon escient; elles sont devenues monnaie courante dans de nombreux accouchements médicalement assistés; le prix à payer est souvent considérable pour la mère et le système de sant é.




  • Les sages-femmes prodiguent des soins à des femmes de tous les horizons et sont bien formées pour servir les femmes de diverses cultures et croyances religieuses.




  • Des centaines de femmes nous ont révélé que les soins prodigués par les sages-femmes leur ont permis de devenir des mères énergiques et pleines d'assurance pouvant transmettre à leurs enfants les m êmes qualités.




  • Dans certaines régions du pays, la pénurie de médecins signifie que les femmes ne peuvent pas obtenir les soins gynécologiques appropriés, comme le test de dépistage du cancer du col de l'utérus, des conseils en matière de contraception ou des médicaments prescrits. Les sages-femmes sont en mesure d'offrir ces services à leurs clientes à titre complémentaire.




  • Dans certaines communautés, il faut procéder au transfert co ûteux des femmes vers un plus grand centre pour l'accouchement.




  • Les sages-femmes ont réussi à aider beaucoup de femmes avec l'allaitement maternel, dont on a démontré les bienfaits à long terme chez les enfants. Le problème courant des nouveau-nés déshydratés qui se retrouvent au service des urgences de l'hôpital est résolu par les visites fréquentes à domicile et les soins apportés par une intervenante en qui la mère a confiance.




  • Grâce aux examens périodiques de la mère et de l'enfant pendant six semaines, souvent exécutés à domicile, on peut éviter ou déceler rapidement les problèmes potentiels comme la dépression du post-partum. En plus de connaître les symptômes de la dépression, la sage-femme connaît suffisamment la mère pour constater des changements dans sa personnalité et son comportement.

Obstacles à l'universalité de la sage-femmerie au Canada

1) Manque de soutien gouvernemental (législation)
Dans les provinces où il n'y a pas de réglementation, très peu de sages-femmes pratiquent en raison des problèmes occasionnés par l'absence de dispositions officielles ainsi que la difficulté de gagner leur vie. Dans ces provinces, les quelques sages-femmes en activité ne peuvent prescrire des tests de sang et d'urine courants ou s’occuper des femmes dont la grossesse particulière ou les croyances personnelles favorisent l'accouchement à l'hôpital.

2) Pénurie de financement gouvernemental
Dans les provinces où il n'y a pas de réglementation, ou celles où la réglementation n’est pas accompagnée d'un financement, les femmes doivent payer elles-mêmes les services de la sage-femme. Malgré la pratique courante des tarifs dégressifs selon le revenu, plusieurs femmes n'ont pas les moyens de s’offrir ce service; on empêche ainsi l'accès de la sage-femmerie à celles qui sont déjà marginalisées dans notre société (les femmes pauvres, les nouvelles immigrantes et les jeunes m ères).

3) Pénurie de sages-femmes
Dans les provinces où la profession de sage-femme est réglementée et subventionnée, les sages-femmes sont très en demande et elles ne suffisent pas à la tâche

4) Possibilités réduites de formation
Pour augmenter le nombre de sages-femmes, il faut en former davantage. L'Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique offrent un programme de formation universitaire; mais cela ne suffit pas. Les femmes des autres provinces qui désirent une formation ne peuvent compter sur un programme dans les régions où elles résident et travaillent. Ainsi, de nombreuses sages-femmes potentielles ne peuvent s’inscrire dans les programmes existants, ce qui réduit le nombre de sages-femmes m ême dans les provinces où la profession est déjà établie.

5) Manque de compréhension du milieu de la santé
Dans notre pratique, nous avons profité de relations respectueuses entre les sages-femmes et les médecins. Cependant, on constate de nombreux cas -- certains bien documentés -- de sages-femmes considérées comme des professionnelles de niveau inférieur par les médecins et les infirmières. Cette situation compromet les soins prodigués aux femmes.

Dans certaines régions réglementées, des hôpitaux octroient -- ou refusent -- des privilèges à des sages-femmes. Le refus d'accorder certains privilèges peut empêcher la sage-femme de s’occuper de clientes qui choisissent d'accoucher à l'hôpital. Ces femmes sont laissées sans soins ou doivent se contenter des soins m édicaux.

6) Incapacité de prodiguer des soins à domicile
Certains professionnels de la santé refusent encore de reconnaître la sécurité de l'accouchement à domicile et font campagne contre cette pratique et tentent de bloquer ou de modifier l'adoption d'une réglementation à l'égard de la sage-femmerie. Ils agissent ainsi en dépit des études, notamment une étude récente de l'Association médicale canadienne, qui révèlent que l'accouchement à domicile est un bon choix pour beaucoup de mères et d'enfants.

Que doit-on faire?
Faire pression sur les gouvernements fédéral et provincial dans le but de :

  1. Réglementer et subventionner la pratique de la sage-femmerie dans toutes les provinces et les territoires, en faire un choix véritable d'un océan à l'autre, accessible aux différentes populations du Canada.



  2. Décentraliser les possibilités de formation pour les futures sages-femmes. Pour ce faire, il faut créer des écoles satellites et investir dans l'apprentissage en ligne. En outre, on doit permettre aux sages-femmes expérimentées, en régions où il n'existe pas de programme de formation universitaire, d'agir comme formatrices auprès des futures sages-femmes. Il faut ainsi permettre aux étudiantes d’apprendre et d’étudier en dehors du programme de formation officiel.



  3. Reconnaître la sage-femmerie au sein du système de santé par une plus grande sensibilisation aux bienfaits de cette profession et de la pratique actuelle au Canada. Cette initiative entraînera de meilleures relations de travail et des privilèges accrus accordés aux sages-femmes dans les hôpitaux



  4. Reconnaître l'accouchement à domicile comme un choix viable et sans danger pour les femmes dans toutes les provinces et les territoires, et autoriser les professionnelles formées à pratiquer l'accouchement.

Miranda Hawkins et Sarah Knox sont les auteures de l'ouvrage paru récemment, The Midwifery Option: A Canadian Guide to the Birth Experience (Harper Collins, 2003). Pour obtenir d'autres renseignements, visitez le site www.midwiferyoption.ca.