Les journaux font l’éloge des bienfaits des nouveaux médicaments mais passent les risques sous silence

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Les journaux quotidiens, cette importante source d’information à laquelle nous faisons confiance, nous communiquent des renseignements sur les nouveaux médicaments d’ordonnance qui sont incomplets et qui peuvent promouvoir des attentes irréalistes en ce qui a trait aux bienfaits des nouveaux médicaments, selon une étude publiée récemment par le Centre canadien de politiques alternatives.

Le rapport Drugs in the News [Les médicaments aux actualités] révèle que les articles publiés dans les journaux mettent plus souvent l’accent sur les bienfaits des nouveaux médicaments et offrent peu d’information sur les effets nocifs potentiels. Parmi les articles d’actualité examinés dans plus de 20 grands quotidiens, 68 % ne faisaient aucune allusion aux effets potentiellement néfastes, et ceux qui en parlaient les minimisaient et les mentionnaient en fin d’article.

L’étude a également fait les constatations suivantes :

  • Les effets des médicaments sur la santé ne sont souvent présentés qu’en termes descriptifs, sans données précises ou scientifiques quant à l’efficacité du médicament.
  • Seulement un article sur quatre comportait des données de base quantifiant les bienfaits ou les effets néfastes des médicaments, et 30 % des articles qui offraient cette information le faisaient en termes mensongers.
  • Lorsque les effets potentiellement nocifs étaient mentionnés, ils étaient plus souvent décrits en des termes qui minimisaient les risques pour les patients (« mineurs » ou « rares »). Toutefois, les bienfaits étaient plus souvent décrits en des mots qui mettaient l’accent sur les bienfaits potentiels (« remède ayant fait ses preuves » ou « extrêmement efficace »).
  • Les contre-indications – les conditions dans lesquelles ce médicament pourrait avoir des effets nocifs – étaient mentionnées dans seulement 4 % des articles.
  • Seulement un article sur six mentionnaint des options de rechange en matière de traitement (par exemple, un médicament offert à moindre coûts).
  • Des détails sur les intérêts financiers agissant discrètement dans les coulisses – comme, par exemple, l’identité de la firme qui a financé l’étude sur l’efficacité d’un médicament, ou les liens financiers entre un patient porte-parole et une firme pharmaceutique – ont été mentionnés dans moins de 3 % des articles.

Les auteurs de l’étude s’entendent toutefois pour dire que l’inclusion d’information sur les produits pharmaceutiques n’est pas une mission facile pour les journalistes. « Cela nécessite une capacité d’interpréter des données scientifiques complexes tout en résistant au marketing agressif de l’industrie pharmaceutique », précise Barbara Mintzes, coauteure de l’étude. « Avec ce que les firmes nous donnent comme information, il est très facile d’écrire des articles en faveur de ces nouveaux médicaments, alors qu’il est très difficile de trouver de l’information provenant de sources indépendantes. »

Le Dr Joel Lexchin, urgentologue à Toronto et professeur agrégé à la School of Health Policy and Management [École de politiques et de gestion en matière de santé] de l’Université York, espère que le rapport s’avérera un outil pour les journalistes qui rédigent des articles sur les nouveaux médicaments. « Les médias doivent faire un meilleur travail lorsqu’il s’agit de retracer les fonds, et les lecteurs doivent être mieux informés à ce sujet. »

Vous pouvez obtenir le rapport d’étude complet en consultant le site www.policyalternatives.ca ou en contactant le bureau du CCPA, au (604) 801-5121.


Ce que vous devez savoir concernant les médicaments d’ordonnance – et ce que les médias ne vous disent pas toujours

Information concernant un médicament
Quelle maladie ce médicament peut-il traiter, selon l’approbation officielle? L’obtention d’une approbation régulatrice pour un médicament en vue de traiter une maladie spécifique assure la présence de preuves indiquant qu’un médicament produit un effet positif sur le patient atteint de la maladie. Si un médicament n’a pas été approuvé pour une affection spécifique, il n’existe aucune preuve assurant qu’il peut avoir un effet positif et les patients peuvent être exposés inutilement à des effets secondaires.

Les contre-indications d’un médicament
Qui doit éviter de prendre ce médicament? Les contre-indications identifient les patients chez qui ce médicament peut causer des torts plutôt que des bienfaits. (Par exemple, l’Atorvastatin ne doit pas être prescrit aux femmes enceintes ou aux patients atteints de maladies du foie.)

Les bienfaits cliniques
Les bienfaits proclamés d’un médicament produisent-ils un effet tangible et important sur la santé des patients? (L’Atorvastatin peut réduire le cholestérol, mais des preuves existent-elles attestant que ce médicament diminue les risques de crise cardiaque? Le Donepezil peut produire des changements en ce qui a trait aux tests cognitifs, mais aide-t-il les patients à mener à bien leurs activités quotidiennes?) Les bienfaits non cliniques du médicament, souvent appelés substituts ou résultats intermédiaires, peuvent produire une impression d ’efficacité exagérée.

Les effets nocifs cliniques
Tout médicament comporte des risques et des bienfaits. Les effets nocifs du médicament sont-ils mentionnés? Cette information est-elle aussi détaillée que celle faisant état des bienfaits? Il faut offrir aux consommateurs une information équilibrée sur tous les effets des m édicaments.

L’ampleur
Des chiffres sont-ils présentés pour expliquer clairement l’ampleur des bienfaits ou des effets nocifs? (Par exemple, sans chiffres pour préciser l’ampleur des bienfaits et des effets nocifs, comment un patient peut-il savoir si les bienfaits sont proportionnellement sup érieurs aux risques?)

Des chiffres absolus
L’ampleur des bienfaits et des effets nocifs ont-ils été présentés en termes de « valeur absolue »? Par exemple, un médicament peut réduire le nombre de patients qui sont frappés d’une crise cardiaque de 10 sur 100 à 7 sur 100. En termes de valeur « relative », le risque est réduit de 30 %, alors qu’en termes de « valeur absolue », le risque a été réduit de 3 %. Les valeurs relatives peuvent être fallacieuses et tout chiffre de plus de 10 % est habituellement un chiffre relatif

Le temps
Pendant combien de temps un patient doit-il prendre un médicament pour en éprouver les bienfaits? Les traitements aux médicaments administrés pour guérir des maladies graves sont habituellement d’une durée très précise. Les médicaments pour maladies chroniques ou les médicaments préventifs peuvent être administrés pendant une période indéterminée ou prolongée. Les personnes traitées doivent être informées de la durée minimale du traitement nécessaire à l’obtention de bienfaits ainsi que de tout bienfait et tout effet nocif pouvant découler d ’un traitement à long terme.

Les solutions de rechange, avec et sans médicament
Les solutions de rechange, avec ou sans médicaments, ont-elles été mentionnées dans l’article? Il existe souvent plusieurs possibilités quant au traitement d’un problème spécifique, dont la pharmacothérapie et autres options. Les différents traitements axés sur les médicaments peuvent comporter des bienfaits et des effets nocifs complètement différents ou des caractéristiques étonnamment similaires, selon leur mécanisme d’action. Toutefois, la présentation de solutions de rechange axée sur des médicaments peut offrir aux patients des options qu’ils peuvent explorer lorsqu’ils décident d’un traitement avec leur médecin. D’autres solutions de rechange sans médicament, telles que l’exercice et un changement d’alimentation, doivent aussi être incluses dans tout débat sur les m édicaments présenté dans les actualités.

Les coûts
Quel est le coût d’un traitement avec médicaments? Dans un monde idéal, la question du coût ne serait abordée que dans la comparaison de médicaments identiques, mais puisque c’est la population qui porte en bout de ligne le fardeau des dépenses élevées au chapitre des médicaments, les consommateurs doivent savoir ce qu’il déboursent. (Par exemple, du point de vue des consommateurs, vaut-il la peine de prendre de l’Oseltamivir pour réduire les symptômes de la grippe de 5-7 jours à 4-6 jours, à un coût de 45 $ ou plus?) Il faut tenir compte aussi du coût des tests de diagnostic et ce qu’il en coûte pour émettre une ordonnance et évaluer l ’efficacité du médicament.

La méthodologie
Quelle est la méthodologie employée dans cette étude? La validité des données issues des recherches sur les médicaments dépend de la méthodologie employée, et un sondage effectué auprès de 100 personnes livre des résultats beaucoup moins fiables qu’un essai clinique mené auprès de 1000 personnes. La méthodologie qui génère les données les plus fiables en matière de médicaments est l’étude sur échantillon aléatoire et contrôlé. Dans le cadre d’une telle approche, les chercheurs donnent, de façon aléatoire, le médicament ou un placebo à des patients. Ni les chercheurs ni les patients ne connaissent l’identité des personnes qui prennent le médicament et de celles qui prennent le placebo. Les études menées auprès d’un plus grand nombre de patients et de plus longue durée génèrent aussi des données plus fiables. La publication d’une étude dans des revues médicales approuvées par des collègues ne garantit pas que les résultats offrent de l’information cohérente, permettant d’évaluer l’innocuité et l’efficacité de nouveaux médicaments. Toutefois, la qualité des données présentées uniquement à des rencontres et à des conférences ou publiées dans des revues non approuvées par des coll ègues est encore plus douteuse.

Les sources de financement
L’identité des firmes pharmaceutiques qui financent les recherches et les porte-parole a-t-elle été révélée? Tout comme les reportages politiques, les reportages pharmaceutiques doivent aussi examiner les sources de financement. Bien qu’il existe des mesures de réglementation pour minimiser la présence de médicaments inefficaces et dangereux sur le marché, les allégeances financières peuvent influer fortement sur l’interprétation des données en matière de médicaments. Dans un même temps, les firmes pharmaceutiques offrent de la documentation éducative et met à la disposition du public des conférenciers invités dans le cadre de soirées d’information, sous le couvert de groupes ou d’organismes de soutien aux patients. Vous trouverez ci-dessous une liste de ressources qui offrent de l’information sur les médicaments et qui ne sont pas li ées à l’industrie pharmaceutique.

Sources d’information indépendantes en matière de médicaments*

Australian Prescriber
www.australianprescriber.com
Tél.: 61 (2) 6289-7038 téléc.: 61 (2) 6289-8641
CMA Infobase (guidelines)
www.cma.ca/cpgs
Tél.: 1 (800) 663-7336 téléc.: 1 (613) 565-2382
British National Formulary
www.bnf.org
Cochrane Library
www.cochranelibrary.com
Tél.: 1 (888) 855-2555 téléc.: 1 (613) 236-8864
Drug and Therapeutics Bulletin
www.which.net/health/dtb/main.html
Tél.: 44 (20) 7770-7571 téléc.: 44 (20) 7770-7665
Drugs of Choice
Tél.: 1 (888) 855-2555 téléc.: 1 (613) 236-8864
Food and Drug Administration (USA)
www.fda.gov/cder
Medical Letter
www.medletter.com
Tél.: 1 (800) 211-2769 téléc.: 1 (914) 632-1733
Prescrire International
www.esculape.com/prescrire
Tél.: 33 (1) 492-372-65 téléc.: 33 (1) 480-787-32
Therapeutics Letter
www.ti.ubc.ca/pages/letter.html
Tél.: 1 (604) 822-0700 téléc.: 1 (604) 822-0701
Association des pharmaciens du Canada
http://www.pharmacists.ca/
Tél.: 1 (800) 917-9489 téléc.: 1 (613) 523-0445
Worst Pills, Best Pills
www.citizen.org/hrg
Tél.: 1 (202) 588-1000 téléc.: 1 (202) 588-7798

 

Tirée du rapport Drugs in the News: How well do Canadian newspapers report the good, the bad and the ugly of new prescription drugs? par Alan Cassels, Merrilee Atina Hughes, Carol Cole, Barbara Mintzes, Joel Lexchin et James McCormack (2003). Vous pouvez vous procurer l’étude en consultant le site www.policyalternatives.ca ou en téléphonant au CCPA, au (604) 801-5121.

* Source: Therapeutics Initiative [Initiative en matière de thérapies] (basée à l’Université de la Colombie-Britannique). Sources of Drug Therapy Information. Therapeutics Letter, num éro 35, mai / juin 2000. www.ti.ubc.ca/pages/letter35.htm