L’ampleur du problème de l’itinérance chez les femmes est sous-estimée, révèle une étude

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable



L’ampleur du phénomène de l’itinérance chez les femmes est grandement sous-estimée, révèle une nouvelle étude. Commandé par l’organisme caritatif Sistering et financé par Santé Canada et Condition féminine Canada, le rapport Common occurrence: The Impact of Homelessness on Women’s Health [Une réalité fréquente : l’impact de l’itinérance sur la santé des femmes] affirme que l’itinérance est une question de grande importance quand on parle de santé des femmes et une réalité qui comporte de graves conséquences sur la santé émotionnelle, mentale, spirituelle et physique des femmes.

Prenant comme point de départ que les études antérieures n’ont pas abordé adéquatement la question de l’itinérance chez les femmes et qu’elles n’ont pas totalement cerné le continuum de ce problème, les chercheuses ont choisi de se pencher sur l’itinérance « cachée » ainsi que sur l’itinérance « visible ».

L’itinérance visible inclut les femmes qui sont hébergées dans des foyers et des abris d’urgence et celles qui vivent l’expérience difficile de dormir dans des endroits inadéquats pour les personnes, comme les parcs et les fossés, les entrées de portes, les véhicules et les édifices désaffectés.

L’itinérance cachée inclut les femmes qui demeurent temporairement chez des amis ou des membres de leur famille, celles qui endurent une cohabitation avec une personne pour ne pas être dans la rue, ou celles qui habitent dans un foyer où elles sont l’objet d’actes violents ou de conflits familiaux. L’itinérance cachée comprend aussi les femmes qui sont dans les situations suivantes : celles qui consacrent une grande part de leur revenu au logement et qui n’ont plus d’argent pour les nécessités de la vie, comme la nourriture; celles qui risquent d’être expulser de leur logement; et celles qui vivent dans des édifices hors normes ou physiquement dangereux, ou dans des logements surpeuplés.

« L’itinérance est maintenant un phénomène pouvant influer sur la santé des femmes », affirme Nancy Blades, directrice des programmes de Sistering. En tant qu’organisme militant pour les droits des femmes itinérantes, Sistering a cherché à sensibiliser les interlocuteurs clés du milieu de la santé sur le vécu des femmes itinérantes dans le système de santé canadien et sur la pauvreté féminine. « Nous voulions quantifier les expériences des femmes pour amener ces interlocuteurs à prendre conscience que l’itinérance féminine est souvent cachée », précise madame Blades.

Les chercheuses, qui ont utilisé une analyse fondée sur les rapports sociaux entre les sexes, ont interviewé plus de 125 femmes itinérantes à Toronto sur leur état de santé et ont recueilli des commentaires de 38 représentantes et représentants d’organismes œuvrant dans le secteur de la santé, du logement, des services sociaux et du logement d’urgence, à Toronto. « Nous avons mené des entrevues en 14 langues et interviewé des femmes de plusieurs âges, origines ethniques et orientations sexuelles, des femmes handicapées, des mères de famille, des travailleuses de rue, des immigrantes, des femmes aux prises avec des problèmes psychologiques, émotionnels, des troubles mentaux, et autres », précise madame Blades. De toutes les femmes interviewées, 93 % ont affirmé être aux prises avec des problèmes émotionnels et des troubles mentaux causés par leur situation de logement.

Dans cette étude, les chercheuses se penchent aussi sur les questions de santé liées spécifiquement à l’itinérance féminine, y compris les obstacles auxquels font face les femmes itinérantes dans les programmes de soutien actuels. Selon l’étude, les services sociaux et médicaux ne répondent pas totalement aux problèmes et aux besoins des femmes sur le plan de la santé, notamment parce que le continuum de l’itinérance féminine n’est pas bien compris.

Le rapport Common Occurrence Research Action Report: The Impact of Homelessness on Women’s Health est disponible à Sistering (20 $ l’exemplaire, plus 5 $ de frais d’envoi). Pour plus d’information, téléphonez au (416) 926-9762, poste 227, ou consultez le site Web www.sistering.org.


Pour aider à résoudre le problème de l’itinérance féminine visible et cachée, nous devons entreprendre les actions suivantes :

  • réclamer aux gouvernements provinciaux et au gouvernement fédéral la mise en place d’une stratégie pancanadienne pour le logement;




  • réclamer l’augmentation du soutien du revenu pour les femmes et les enfants afin d’empêcher que cette population ne passe de l’itinérance cachée à l’itinérance visible et ne s’enlise davantage dans la pauvreté;




  • multiplier les programmes de lutte contre la violence faite aux femmes pour fournir un appui aux victimes de la violence familiale;




  • améliorer la sécurité des foyers d’accueil d’urgence et en assurer l’accès;




  • augmenter la collaboration entre les institutions de santé et les groupes communautaires;




  • favoriser davantage la participation des femmes itinérantes dans le secteur de la santé, par exemple aux comités et aux programmes de services d’approche;




  • améliorer les services communautaires pour répondre aux préoccupations des femmes itinérantes;




  • établir des liens entre les organismes communautaires de femmes pour éviter que les femmes aux prises avec l’itinérance cachée ne souffrent d’isolement et de solitude et ne tombent dans la spirale de l’itinérance visible;




  • réclamer au gouvernement une augmentation du financement aux programmes de soutien aux personnes handicapées pour faire en sorte que les femmes et les enfants aux prises avec l’itinérance cachée et visible puissent satisfaire leurs besoins nutritionnels de base.

Adapté du rapport Common Occurrence: The Impact of Homelessness on Women’s Health (Sistering, 2002).