Les implants mammaires provoquent souvent des complications

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Depuis des décennies, les femmes qui ont reçu des implants mammaires ont signalé un taux de défaillance élevé en ce qui a trait à leur prothèse, ainsi que des maladies non identifiables. En 1992, les implants de silicone ont fait l’objet d’un moratoire gouvernemental aux États-Unis et au Canada jusqu’à ce qu’on puisse en assurer l’innocuité. Dans les années qui ont suivi, les chercheurs ont tenté de trouver plus d’information. Entre temps, la popularité des implants mammaires continue d’être à la hausse, et les implants remplis d’une solution saline remplacent leurs prédécesseurs en silicone.

Plusieurs femmes qui choisissent de se faire implanter des prothèses mammaires sont très satisfaites des résultats de leur chirurgie. Elles signalent des bienfaits psychologiques et émotionnels qui résultent d’une nouvelle image corporelle. Toutefois, de nombreuses femmes font l’expérience d’effets secondaires et ont l’impression que leur santé a été atteinte, à court et à long terme.

Au Canada, des milliers de femmes ont choisi de subir une chirurgie d’augmentation mammaire, dont 25 000 femmes de la Colombie-Britannique, selon les estimations. Comme dans toute l’Amérique du Nord, environ 20 % de ces chirurgies sont pratiquées pour des raisons de reconstruction après un cancer ou une mastectomie prophylactique, ou pour corriger une insuffisance ou une absence de développement des seins, et 80 % sont exécutées à des fins d’augmentation mammaire. De telles interventions ne sont pas considérées comme « essentielles » et c’est donc l’individu qui en assume les frais plutôt que l’assurance-santé. Cependant, si cette chirurgie entraîne des problèmes de santé – des complications locales bien connues aux complications systémiques très controversées – les femmes atteintes ont recours au système de santé public pour être soignées.

La recherche sur l’implantation de prothèses mammaires fait face à de nombreux défis. L’un d’eux, et non le moindre, est l’absence d’un registre central qui permettrait aux professionnels de la santé ou aux chercheurs de retracer les femmes qui reçoivent des implants mammaires ou de mener des suivis. Par contre, nous savons qu’un très grand nombre de femmes ont souffert de complications liées aux implants mammaires. Une étude menée à la clinique Mayo, aux États-Unis, révélait par exemple que 25 % des femmes ayant reçu des implants mammaires souffraient de complications locales nécessitant des chirurgies supplémentaires, et ce, dans les cinq ans suivant l’implantation. Nous savons également que 103 343 cas de réactions indésirables associées à l’implantation de prothèses mammaires au silicone ont été signalés à la U.S. Food and Drug Administration [Direction de la gestion des aliments et des médicaments des É.-U.], ainsi que 23 454 cas problèmes impliquant des implants à solution saline, entre le 1er janvier 1985 et le 17 septembre 1996.

Dans le cadre d’une étude récente, les chercheuses du Centre d’excellence pour la santé des femmes – C.-B. ont découvert, au Canada aussi un taux relativement élevé de complications dues aux implants mammaires. Les données recueillies auprès d’un groupe de 147 femmes ayant reçu des implants mammaires ont été comparées aux données relevées auprès d’un groupe de référence composé de femmes n’ayant pas reçu d’implants mammaires (583 femmes). Les chercheuses ont constaté que les femmes qui ont reçu des implants mammaires consultaient beaucoup plus souvent les médecins et les spécialistes que les femmes qui n’avaient pas reçu d’implants. L’étude indiquait également que les femmes ayant reçu des implants mammaires étaient plus de quatre fois plus à risque d’être hospitalisées et que leur nombre d’hospitalisation au cours de la période de recherche était beaucoup plus élevé que chez les femmes n’ayant pas reçu d’implants.

Les chercheurs ont également constaté que plus de la moitié (51 %) des répondantes du groupe d’étude ont signalé au moins une chirurgie supplémentaire liée aux implants mammaires après la chirurgie initiale. De ce nombre, la moitié (49 %) avait subi une chirurgie supplémentaire, 23 % en avait subi deux, 11 % en avait subi trois, et 17 % avait subi quatre chirurgies supplémentaires ou plus. L’importance des complications avait été telle chez certaines femmes que ces dernières voulaient se départir de leurs implants mammaires, et 40 % des répondantes avaient fait retirer leurs implants de façon permanente.

La chirurgie d’augmentation mammaire n’est pas jugée nécessaire et, dans la plupart des cas, cette intervention est exécutée dans les cliniques privées et payées par la clientèle. Toutefois, il semble qu’elle entraîne une hausse de demandes de soins à l’endroit du réseau public de la part des femmes ayant reçu des implants. Si, tel que le suggère la documentation, le taux de complications locales est d’au moins 25 % – et probablement 50 % ou plus – il est certain que des milliers de Canadiennes ont davantage recours aux ressources de santé publique à la suite de leur chirurgie.

Les complications à la suite d’une chirurgie d’augmentation mammaire

Il y a trois groupes importants de complications associées à l’implantation de prothèses mammaires : les complications locales, les complications systémiques et les complications psychologiques. La chirurgie d’augmentation mammaire comporte aussi les mêmes risques associés à toute implantation chirurgicale d ’un instrument médical.

1. Les complications chirurgicales
Toute chirurgie – et l’implantation de prothèses mammaires ne fait pas exception – comporte des risques tels que les complications provoquées par l’anesthésie générale, les infections, les hématomes, les hémorragies, les thromboses, les nécroses cutanées, le retardement de la guérison de la plaie et les chirurgies suppl émentaires.

Une femme qui reçoit un(des) implant(s) mammaire(s) aura probablement besoin, au cours de sa vie, d’une chirurgie supplémentaire ou de chirurgies ayant trait à ses implants. Le traitement pour contracture capsulaire, la correction de la taille ou de la position de l’implant, le contrôle des infections résultant d’autres complications locales ou systémiques, la prévention ou le traitement d’une fuite, d’une perforation ou d’autres problèmes de santé figurent parmi les probl èmes nécessitant des interventions chirurgicales.

2. Les complications locales
Les complications locales peuvent varier de très légères à très graves, et elles touchent un taux élevé de femmes qui reçoivent des implants mammaires. L’une des plus importantes complications est la contracture. La contraction des parois du tissu cicatriciel entourant l’implant mammaire peut causer le durcissement du sein, une sensation d ’inconfort et même des douleurs aiguës.

Selon Santé Canada, la contracture capsulaire se manifeste habituellement dans les deux ans suivant la chirurgie, chez environ 25 % des femmes ayant subi une chirurgie de ce type. D’autres chercheurs suggèrent un pourcentage pouvant atteindre les 70 %, et certains évaluent à 100 % le nombre de femmes munies d’implants qui développeront, à différents degr és, des contractures capsulaires au cours de la vie de l’implant.

Le dégonflement et la perforation de l’implant causés par une détérioration normale au fil du temps, les traumatismes causés aux seins, des dommages non détectés ou la fragilité de l’enveloppe de l’implant, constituent des complications importantes. Selon une étude, 70 % des implants qui ont été retirés 11 à 15 ans après l’implantation étaient perforés ou comportaient une fuite. Une étude gouvernementale américaine menée auprès de 344 femmes ayant reçu des implants révélait, après un examen à l’IRM, que les prothèses des deux tiers des participantes étaient perforées. Les implants qui dégonflent, fuient ou deviennent perforés peuvent laisser échapper leur contenu, qui se répand dans tout le corps. La solution d’eau salée contenue dans les implants devrait être inoffensive. Toutefois, en raison de la nature semi-poreuse de l’enveloppe de l’implant mammaire et, en partie, des problèmes de valves et des difficultés inhérentes à la stérilisation des matériaux constituant les implants, la solution saline ne conserve pas son état stérile, suggèrent les recherches. Une autre étude révèle que la plupart des implants mammaires à solution saline qui ont été retirés, peu importe leur âge, comportent des agents microbiologiques à l’intérieur, qui sont aussi présents dans les capsules entourant les prothèses. Une solution contaminée n’est pas considérée comme inoffensive si l ’implant se dégonfle ou devient perforé.

Des changements quant à la forme, au volume et à la sensibilité du sein, aux dépôts de calcium, à l’interférence mammographique, des sensations d’inconfort ou de douleur dans les seins et dans l’abdomen et aux écoulements du mamelon, figurent parmi les autres complications possibles.

3. Les complications systémiques
Dans la plupart des cas, les complications systémiques apparaissent plusieurs années après l’implantation de la prothèse. Ces complications ont tendance à être multi-symptomatiques, comme des symptômes associés à des maladies auto-immunes, des affections du tissu conjonctif, des « maladies provoquées par l’intervention humaine » ou des troubles ressemblant au syndrome de fatigue chronique / à la fibromyalgie. (Les maladies du système immunitaire et des tissus conjonctifs classiques associées aux implants de silicone sont la sclérodermie, le lupus érythémateux systémique, la connectivité mixte, l’arthrite rhumatoïde et le syndrome de Sjögren-Larsson.) Les femmes ayant des implants mammaires ont aussi signalé des troubles de granulomatose et des problèmes de ganglions lymphatiques, des grippes chroniques, des troubles respiratoires et des infections. Les multiples symptômes signalés par ces femmes incluent souvent des manifestations de plusieurs de ces maladies. Les implants mammaires suscitent également une autre inquiétude, bien que de moindre ampleur : le cancer.

Le lien entre les implants mammaires et les complications systémiques n’est pas encore tout à fait clair. Cependant, la recherche épidémiologique n ’a pas démontré une hausse marquée des risques.

4. Les complications psychologiques
Malheureusement, les études portant sur les conséquences psychologiques d’une chirurgie d’augmentation mammaire relèvent, pour la plupart, de l’anecdote et consistent surtout en des témoignages de chirurgiens qui font état du degré de satisfaction de leurs patientes. Ces rapports suggèrent que généralement, 70 % ou plus des patientes se disent satisfaites des résultats de la chirurgie. Par contre, de toute évidence, de telles études comportent d’importantes lacunes. Premièrement, combien de patientes avoueraient à leur chirurgien qu’elles sont insatisfaites des résultats de leur chirurgie? Deuxièmement, combien de chirurgiens avoueraient à leurs collègues que leurs patientes ne sont pas satisfaites des r ésultats?

De nombreuses études suggèrent qu’en général, la chirurgie cosmétique donne lieu à une amélioration post-opératoire immédiate quant à l’image corporelle, la qualité de vie et les symptômes de dépression. Toutefois, d’autres études ont démontré que les femmes qui subissent un retrait d’implants mammaires (explantation) rapportent des taux plus élevés d’anxiété relativement à leurs seins, d’insatisfaction relativement à la partie supérieure de leur torse, ainsi que de dépression, et ce, avant et après le retrait des implants, comparativement aux groupes de référence ayant subi des chirurgies cosmétiques et aux groupes de référence n’ayant pas subi de telles chirurgies. Ces résultats suggèrent que pour beaucoup de femmes, la chirurgie d’augmentation mammaire mène à une détérioration du sentiment de bien-être psychologique plut ôt qu’à une amélioration.

Les questions relatives aux politiques
Au Canada, les seuls implants mammaires disponibles à grande échelle sont ceux remplis d’une solution saline (un sac de silicone rempli d’eau salée). Toutefois, Santé Canada n’a pas encore fait l ’examen de ce produit.

Le Règlement sur les instruments médicaux a été introduit au Canada en 1975. Ce règlement imposait le dépôt d’une présentation des instruments dans les 10 jours précédant leur mise en marché, sans toutefois exiger un examen du produit. Le règlement a été amendé en 1977 de sorte que des preuves étaient exigées avant la mise en marché quant à l’innocuité et l’efficacité du produit. Par contre, la liste des instruments régis par cet amendement n’incluait pas les implants mammaires. En octobre 1982, un autre changement a été introduit, qui imposait une obligation de soumettre tous les instruments à un examen, avant la mise en marché, y compris les implants conçus pour être implantés dans des tissus ou dans des corps pour plus de 30 jours, ce qui incluait donc les implants mammaires.

L’amendement de 1982 exigeait que les données de tous les instruments implantables devaient être soumises à une évaluation pour en vérifier l’innocuité et l’efficacité avant la mise en marché, une procédure essentielle pour obtenir un avis de conformité et une approbation permettant la vente du produit au Canada. Cette évaluation incluait un examen des résultats de tests sur les animaux et les humains et des données de fabrication fournies par le fabricant, cet examen étant effectué par les scientifiques du Bureau de la radioprotection et des instruments médicaux de Santé et Bien-Être Canada. Par contre, l’évaluation n’était requise que pour les instruments introduits après la date de mise en vigueur de l’amendement. Or, la plupart des implants remplis d’une solution saline étaient disponibles sur le marché avant cette date et ont donc été exemptés du processus d’évaluation avant commercialisation.

Dernièrement, malgré le moratoire imposé sur les implants mammaires au silicone, Santé Canada a commencé à permettre l’usage de ce produit dans certaines circonstances. Il semble que leur popularité serait de nouveau à la hausse. À l’heure où les implants au silicone sont réintroduits, les effets des implants remplis de solution saline, actuellement disponibles à grande échelle, n’ont même pas fait l’objet de recherches sérieuses. La politique gouvernementale comporte donc certaines lacunes à ce chapitre et Sant é Canada doit remédier à la situation.

Du document Health Care Utilization Among Women Who Have Undergone Breast Implant Surgery, par Aleina Tweed, du Centre d’excellence pour la santé des femmes – Colombie-Britannique. Le rapport complet est disponible en ligne, à l’adresse www.bccewh.bc.ca/PDFs/hcubreastimplants.pdf. Vous pouvez également l’obtenir en composant le (604) 875-2633. .