liminer les préjugés sur les différences et les handicaps

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable




Lorsque les conceptrices d'un projet sur l'image du corps se sont mises à explorer le concept du soi chez les femmes ayant des différences faciales et physiques, elles ne savaient pas tout à fait à quoi s'attendre. Toutefois, elles ne s'attendaient pas à ce que le thème du traitement des femmes par leurs pourvoyeurs de soins soit l'une des principales questions abordées dans les discussions.

C'est donc pour cette raison que le projet, qui a débuté sous le nom de Disabilities and Physical Differences Initiative of the Body Image Project [Initiative en matière de handicaps et de différences physiques du projet sur l'image du corps] et qui a été conjointement géré par le Sunnybrook and Women's College Health Sciences Centre [Centre des sciences de la santé de Sunnybrook et du Collège des femmes] et l'organisme AboutFace International [Virage international], est devenu Building Bridges Across Difference and Disability [Éliminer les préjugés sur les différences et les handicaps], une nouvelle brochure conçue pour aider les professionnels de la santé dans leurs interventions auprès des clientes ayant des différences faciales et physiques.

Anna Pileggi, directrice de AboutFace International, un organisme de soutien pour les personnes ayant des différences faciales et des handicaps et l'un des partenaires du projet Body Image, souligne que la perte de pouvoir provoquée par l'attitude des professionnels de la santé constituait l'une des préoccupations majeures au sein des groupes de discussion qui se sont réunis partout en Ontario.

Lorsqu'un enfant naît avec une différence faciale, ou lorsqu'une personne se retrouve avec une différence faciale ou un handicap plus tard dans sa vie à la suite d'un accident, d'une maladie ou de traitements violents, les professionnels de la santé sont souvent les premiers intervenants avec lesquels l'enfant ou la personne entrera en contact, explique la coordonnatrice du projet, Hilde Zitzelsberger. « Dans ces interactions, de nombreux messages portant sur la signification du corps et la valeur des gens qui ont un corps différent sont véhiculés. C'est presque inconscient, et c'est pour cela qu'on reconnaît à peine les effets à long terme de ces messages », précise madame Zitzelsberger.

Les participantes des groupes de discussion, qui ont échangé sur l'image du corps et le concept de soi, ont fréquemment souligné l'impact négatif des interactions avec les professionnels de la santé et ont suggéré des moyens pour amener ces intervenants à promouvoir un concept de soi positif chez leurs clientes, notamment par le biais de changements de comportements et de langage. Par exemple, les médecins utilisent souvent des termes cliniques comme « défigurement » et « difformité » en parlant de la condition de leurs patientes. Les clientes participant aux groupes de discussion ont suggéré l'usage de l'expression « différence faciale », qui est davantage respectueux de la réalité d'une personne vivant avec une différence. Ces réflexions étaient trop précieuses pour être mises sur les tablettes et, avec l'accord de nombreux intervenants de la santé qui étaient frustrés par leur propre manque de connaissances, il fut décidé de rassembler ces réflexions et d'en faire une brochure.

« Les clientes subissent des effets négatifs ou positifs dans toutes les situations où elles reçoivent des soins », précisent les auteures de Building Bridges Across Difference and Disability dans le document. C'est pourquoi la brochure de 19 pages met l'accent sur des stratégies visant à créer des expériences positives, des approches qui s'inspirent d'entrevues avec des clientes, des professionnels de la santé et des chercheurs. Building Bridges offre un éventail de suggestions pratiques que les intervenants peuvent immédiatement appliquer dans le cadre de leur pratique. « Parfois, les professionnels de la santé disent “Eh bien, je ne peux changer que ces trois points” », rapporte madame Pileggi, « et c'est parfait ainsi. Avec de petits changements viennent de grands changements. »

La brochure Building Bridges n'est diffusée que depuis trois mois, et il est trop tôt pour en évaluer l'impact. Toutefois, elle a suscité une réaction d'enthousiasme chez les soignants œuvrant dans grand nombre de domaines. « La prestation de soins a lieu à bien des niveaux dans une communauté. Nous voulions que cette brochure mette l'accent sur les interactions entre les clientes et les professionnels de la santé, peu importe leur discipline » précise madame Zitzelsberger, qui n'est pas surprise de constater que les conseils prodigués dans la brochure sont appliqués dans plusieurs domaines, dont l'intervention sociale, la psychiatrie et la médecine.

Building Bridges Across Difference and Disability: A Resource Guide for Health Care Providers est disponible uniquement en anglais. Vous pouvez obtenir la brochure en communiquant avec AboutFace, au 1-800- 665-3223, ou en écrivant à l'adresse info@aboutfaceinternational. org. Des frais de 3 $ sont chargés aux personnes résidant hors de l'Ontario.


Éliminer les préjugés dans votre pratique

Voici quelques suggestions qui vous aideront à améliorer vos interactions avec les personnes ayant des différences faciales et physiques ou des handicaps :

  • Informez-vous auprès de votre cliente des termes qu'elle utilise pour parler de sa différence ou de son handicap et utilisez les mots qu'elle préfère.




  • Ne prenez pas pour acquis que la différence ou le handicap est un problème pour la cliente. La différence ou le handicap fait peutêtre partie de son identité et il est possible qu'elle en soit fière.




  • Ne prenez pas pour acquis que la cliente vous consulte à cause de sa différence ou de son handicap. Il se peut qu'elle sollicite vos services pour des raisons qui n'ont aucun lien avec ces différences.




  • Considérez les fauteuils roulants comme une extension du corps d'une personne. Ne touchez pas ou ne bougez pas le fauteuil roulant, les béquilles, le triporteur ou l'ambulateur d'une cliente, à moins qu'elle ne vous en donne la permission.




  • Si votre cliente est en fauteuil roulant, asseyezvous sur une chaise de même hauteur pour vous entretenir avec elle.




  • Demandez la permission avant d'examiner ou de toucher le corps d'une cliente. Expliquez ce que vous faites et pourquoi vous posez ces gestes.

De la brochure Building Bridges Across Difference and Disability