Les difficultés d'accès à l'information concernant les soins de maternité dans les régions rurales canadiennes

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Les mères, vivant en région, doivent pouvoir accéder plus facilement à l'information sur les services d'accouchement et les ressources pour parents, notamment parce que ces services et ces ressources se font de plus en plus rares. C'est le message principal qui se dégage d'une étude pilote menée récemment, et qui comparait les soins de maternité dans les régions rurales de l'Ontario et de l'Alberta. Selon cette étude, les femmes vivant en région rurale ont de la difficulté à accéder à de l'information et à des services de santé, parfois pour des raisons inattendues.

Les mères qui ont participé à l'étude pilote ont signalé l'importance d'accéder à différents types d'information. Même les mères, qui n'en sont pas à leur premier enfant, ont exprimé le besoin de recevoir de l'information à jour sur les lieux où sont dispensés les services d'accouchement et sur la disponibilité de ces services, puisque les endroits où ils sont offerts changent continuellement dans les régions rurales des deux provinces. De façon plus spécifique, les femmes ont souligné que la disponibilité constante des professionnels de la santé, qui assistent les femmes dans l'accouchement, administrent l'anesthésie, effectuent des césariennes et offrent des services d'urgence, ne constitue pas un acquis en région rurale. Au-delà des services médicaux de base, les femmes désirent aussi obtenir des réponses à leurs questions en tant que parents et recevoir du réconfort des professionnels de la santé lorsqu'elles abordent leur nouveau rôle de mère.

Selon les participantes, les médecins sont la première source d'information. Pour les femmes, ils servent souvent de tremplin pour accéder à d'autres ressources dans leur communauté. Par conséquent, les femmes sans médecin sont non seulement privées de soins de santé primaires mais aussi privées d'information essentielle sur leur réalité parentale. Bien que les membres de la famille, les amis et le personnel des services de santé publique constituent aussi un soutien important, en l'absence de médecins ruraux, il n'existe actuellement aucun mécanisme précis permettant aux mères de partager l'information entre elles.

Même lorsque l'information sur les ressources et les services était disponible, les femmes ont identifié des obstacles qui nuisaient à l'utilisation de ces ressources. L'un d'eux est le contexte géographique lui-même. Les déplacements en voiture sur de grandes distances et les conditions hivernales découragent souvent les nouvelles mères et les empêchent d'avoir recours aux services offerts. Les barrières sociales sont perçues aussi comme un obstacle important, surtout dans les petites communautés où « tout le monde connaît tout le monde ». Dans de tels cas, l'absence d'anonymat et l'importance des réputations influencent grandement la décision des femmes de recourir ou non à des garderies ou à d'autres services communautaires. C'est notamment le cas des mères adolescentes, qui disent se sentir si isolées et dépréciées qu'elles ne se sentent pas à l'aise d'utiliser les services locaux.

De plus, l'étude révèle la présence de trois facteurs importants qui présentent des défis particuliers aux intervenants désireux d'améliorer l'accès à des soins de santé convenables pour les femmes. Premièrement, l'étude remet en question l'hypothèse selon laquelle les femmes dépourvues de ressources financières et sociales sont particulièrement défavorisées en ce qui a trait à l'accès aux services. Bien qu'il soit vrai que les femmes peu scolarisées et privées de ressources telles que l'argent, un moyen de transport, ou des contacts sociaux risquent particulièrement d'être marginalisées, les expériences des femmes répertoriées dans l'étude suggèrent que même celles qui jouissent d'importants privilèges luttent pour comprendre le casse-tête intrinsèque que constituent les services de santé. La plupart des services se font de plus en plus rares. Les changements sont effectués de façon rapide et sans coordination, et les personnes les plus concernées sont mal informées. Par conséquent, toutes les femmes vivant en région rurale sont exposées à cette situation.

Deuxièmement, l'étude cerne l'ampleur du double fardeau que les femmes vivant dans les régions rurales doivent porter en raison de l'absence d'information. Dans la plupart des régions rurales, les services de base en matière de santé maternelle sont rarement disponibles de façon constante, autant sur le plan des lieux que de l'horaire. Les services de chirurgie, par exemple, sont offerts parfois dans certains hôpitaux, à certains moments, et il se peut qu'ils ne soient pas synchronisés avec les services d'anesthésie, les conseils en lactation ou les soins d'une sage-femme. Cette incertitude cause beaucoup d'anxiété chez les mères en région rurale, qui s'inquiètent des conditions dans lesquelles elles vont accoucher. Cette angoisse est aggravée par un manque d'accès à l'information ou par une incapacité d'agir à partir de l'information. Ce fardeau supplémentaire signifie que les mères en région rurale doivent soit mener une recherche sur les ressources disponibles, soit s'en passer.

Le projet pilote a aussi relevé un troisième facteur. Paradoxalement, la disponibilité de services médicaux traditionnels peut mener à une diminution de l'information sur laquelle les femmes en région rurale s'appuient pour prendre leurs décisions en matière de santé. Dans les régions où les services de médecins de famille étaient facilement accessibles, les femmes n'envisageaient souvent que les options de soins maternels présentées par leur médecin. Telle était la situation, peu importe si les médecins participaient à l'accouchement ou s'ils transféraient leurs patientes à d'autres médecins. Toutefois, dans les communautés où les services de médecins locaux n'étaient pas disponibles, les femmes étaient forcées de faire des recherches pour obtenir de l'information ou des services de santé. Obligées à chercher des solutions de rechange, les femmes envisageaient souvent un plus grand éventail de possibilités qu'elles ne l'auraient fait à l'origine. En Ontario par exemple, les femmes qui ne pensaient pas utiliser les services d'une sage-femme ont dû se pencher sur cette possibilité parce qu'elles devaient faire des choix éclairés concernant les soins qu'elles recevraient et que les options étaient souvent limitées.

Les résultats du projet pilote mettent en lumière non seulement le besoin d'éliminer les obstacles sociaux et structurels empêchant la diffusion de l'information sur les soins de santé maternelle et l'accès à différentes options, mais aussi le besoin de fonder cette démarche sur des stratégies tenant compte des réalités vécues dans les régions rurales canadiennes.

Pour plus d'information sur l'étude comparative des soins maternels en région rurale, veuillez communiquer avec Rebecca Sutherns, Ph.D., (pour les données sur l'Ontario) à l'adresse sutherns@sprint.ca, ou avec Ivy Lynn Bourgeault (pour les données sur l'Alberta) à l'adresse bourgea@mcmaster.ca. Vous pouvez les joindre également en communiquant avec le Programme d'étude sur la santé, à l'Université McMaster, au (905) 525-9140, poste 27961.