Des inondations à l'infertilité : Les nouveaux projets de recherche menes

Taille du texte: Normal / Moyen / Grand
Version imprimableVersion imprimable




Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique (CESFCB)

Santé des lesbiennes et des femmes bisexuelles
Répondant à son engagement de porter une attention spéciale aux besoins de groupes de femmes spécifiques, en particulier les femmes marginalisées, le CESFCB pilotait récemment trois projets de recherche sur la santé des lesbiennes et des femmes bisexuelles.

Mis sur pied dans le but de faire connaître les besoins de santé des lesbiennes et des femmes bisexuelles et d’améliorer l’accès de celles-ci à des soins de qualité, le Lesbian and Bisexual Women’s Health Project a produit trois nouvelles ressources. La première, intitulée Caring for Lesbian Health: A Resource for Canadian Health Care Providers, Policy Makers and Planners [Se préoccuper de la santé des lesbiennes : un guide à l’intention des prestataires de soins, des décisionnaires et des gestionnaires], est une édition révisée d’une brochure très populaire publiée à l’origine par le gouvernement de la Colombie-Britannique. Le document fait état de l’héritage tissé d’homophobie et d’hétérosexisme au sein du système de santé, cerne les préoccupations uniques des lesbiennes et des femmes bisexuelles en matière de santé et décrit les moyens à prendre pour améliorer l’accès à des soins de qualité.

Les cartes postales de la série Empower Yourself [Prenez votre vie en main] abordent d’importantes questions de santé communes aux lesbiennes et aux femmes bisexuelles : élever des enfants, entretenir de saines amitiés, chercher un médecin et faire de bons choix en matière de santé. Le feuillet A Tip Sheet for Health Care Providers souligne les moyens que peuvent prendre les prestataires de soins de santé pour améliorer la qualité des services offerts à cette clientèle.

Le CESFCB publiait récemment Out in the Cold: The Context of Lesbian Health in Northern British Columbia [En milieu hostile : perspective sur la santé des lesbiennes dans le nord de la Colombie-Britannique], par Lynda Anderson, Theresa Healy, Barbara Herringer, Barbara Isaac et Ty Perry. Les auteures se sont penché sur les expériences des lesbiennes relativement à l’ancien système de santé dans le nord de la province, en examinant les trois questions suivantes: quelle expérience ont-elles faite de ce système? À quels obstacles se sont-elles heurtées? Quels moyens ont-elles pris pour les surmonter et satisfaire leurs besoins, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du système?

L’étude, de nature qualitative, met en lumière les répercussions du climat social hostile aux homosexuels qui prévaut dans le nord de la province sur le système de santé. Pour les lesbiennes évoluant dans cet environnement, les préoccupations relatives à la sécurité et à la liberté personnelles sont intimement liées à la santé. Out in the Cold révèle toute la complexité du problème et les contradictions qui accompagnent cette réalité; on y fait des recommandations quant aux changements qui devront être apportés tant sur le plan des services qu’au sein de la collectivité pour éliminer les obstacles. Fondée sur un processus de recherche participative tout à fait unique, cette étude vient s’ajouter aux ouvrages de plus en plus nombreux sur la santé des lesbiennes; la frontière traditionnelle entre chercheuses et participantes a été brouillée, démarche qui a incité les participantes à agir pour faire changer les choses.

Une autre étude, Making Choices/Taking Chances: Lesbian/Bi/Queer Women, Assisted Conception and Reproductive Health [Faire des choix et prendre des risques: les lesbiennes, les femmes bisexuelles et les femmes queer face à la reproduction assistée et à la santé reproductive] traite de l’expérience des femmes queer qui ont tenté de tomber enceinte ou de devenir parent, la situant dans le cadre de l’évolution des méthodes de reproduction assistée et des lois actuelles en matière de droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenderistes. La chercheuse Jacquelyne Luce met en lumière le tissu complexe d’idées, d’attentes et d’expériences qui influencent la santé génésique et le bien-être des lesbiennes, des bisexuelles et des queer.

Près de deux années de recherche ethnographique sur le terrain sont à la base de cet ouvrage. Il prend, d’une part, la forme d’un récit dans lequel l’auteure relate ses propres expériences en tant que femme queer participant à un projet de recherche sur d’autres femmes queer et la santé génésique et, d’autre part, d’une analyse des histoires relatées par les participantes. L’enquête a été menée dans une variété de milieux géographiques et culturels un peu partout en Colombie-Britannique; elle a incité l’auteure à commenter les effets que peuvent avoir l’homophobie et l’hétérosexisme sur ce type de recherche, tout en soulignant les questions d’ordre méthodologique et les obstacles que doivent résoudre les chercheuses queer en santé.

Appréhensions : les obstacles que doivent surmonter les mères toxicomanes
Pour réaliser cette étude, Nancy Poole et Barbara Issac ont effectué des entrevues avec des résidentes de Vancouver et de Prince George aux prises avec des problèmes de consommation d’alcool ou de drogues, qui étaient enceintes ou mères d’enfants âgés de 16 ans et moins. L’étude a été soigneusement planifiée et menée avec l’intention de cerner des moyens de fournir des soins sexospécifiques adéquats, plutôt que de chercher à blâmer les principales intéressées.

Les participantes ont dressé la liste des principaux obstacles qui leur bloquent l’accès au traitement pour les toxicomanies : la honte; la peur de perdre leurs enfants si on juge qu’elles doivent être traitées; la peur de subir les préjugés de la société du fait d’être mère ou enceinte et de souffrir de problèmes de toxicomanie; les sentiments de dépression et de faible estime de soi; l’espoir de pouvoir régler le problème sans se soumettre à un traitement; le manque d’information sur les traitements offerts et les listes d’attente des programmes de traitement.

En outre, les répondantes ont cerné cinq facteurs clés facilitant l’accès aux programmes de traitement : le soutien démontré par les professionnels de tous horizons, l’appui des membres de la famille, des amis et des personnes rencontrées au sein du mouvement de rétablissement, la motivation à aller chercher de l’aide à cause des enfants et les programmes de traitement adaptés aux besoins spécifiques des femmes.

Le Lesbian and Bisexual Women’s Health Project est financé par Santé Canada et Condition féminine Canada et coordonné par le CESFCB. Le guide Caring for Lesbian Health: A Resource for Canadian Health Care Providers, Policy Makers and Planners, les cartes postales Empower Yourself et le feuillet Tip Sheet for Health Care Providers sont offerts en versions française et anglaise. On peut commander gratuitement un exemplaire sur papier en écrivant au Service des publications, Santé Canada, repère local 0900C2, Ottawa (Ont.), K1A 0A9, ou en téléphonant au (613) 954-5995; téléc : (613) 941-5366.

On peut commander les études Out in the Cold: The Context of Lesbian Health in Northern British Columbia, Making Choices/Taking Chances: Lesbian/Bi/Queer Women, Assisted Conception and Reproductive Health en communiquant avec le CESFCB, E311-4500 Oak St., Vancouver (C.-B.), V6H 3N1; tél : (604) 875-2633; téléc. : (604) 875-3716; courriel: bccewh@cw.bc.ca, http://www.bccewh.bc.ca. Des copies du de l’étude Apprehensions: Barriers to Treatment for Substance-Abusing Mothers sont en vente au coût de 15 $ au CESFCB ou en ligne à http://www.bccehw.bc.ca/pub.htm


Le Centre d’excellence pour la santé des femmes – région des Prairies (CESFP)

Les femmes, les droits des personnes handicapées et les technologies anténatales
The Ethical and Human Rights Implications of Prenatal Technologies: The Need for Federal Leadership and Regulation [Implications des technologies anténatales sur le plan éthique et des droits de la personne : le gouvernement fédéral devrait fournir des orientations et établir des normes] explore d’un point de vue féministe et sous l’angle des droits des personnes handicapées le recours de plus en plus fréquent aux technologies anténatales. Rédigé par Yvonne Peters et K. Lawson, voici un rapport de recherche qui incite à la réflexion, car il souligne qu’en l’absence d’un cadre de réglementation ou de réflexion qui permettrait d’examiner les multiples questions sociales, juridiques et éthiques qu’elles soulèvent, ces techniques sont maintenant pratique courante dans les programmes de soins donnés aux femmes enceintes.

Les auteures font observer que la raison la plus souvent invoquée pour justifier le dépistage anténatal est la prévention ou l’amélioration des affections incapacitantes d’origine génétique. Elles argumentent que la discrimination dont font l’objet les personnes handicapées est si répandue et que le fardeau associé à la vie avec un enfant handicapé est considéré comme si lourd que de nombreuses femmes ne se sentent pas réellement justifiées de refuser d’interrompre une grossesse lorsqu’il y a éventualité de handicap chez le fœtus.

Les personnes handicapées sont particulièrement préoccupées du fait que l’on considère l’interruption de grossesse comme une intervention allant de soi dans les cas où le dépistage anténatal révèle un handicap possible chez le fœtus. Actuellement, on considère que le seul motif valable pouvant justifier l’avortement sélectif est le handicap, ce qui suggère que cette pratique vise d’abord et avant tout à en réduire l’incidence dans la société.

On consacre beaucoup plus de ressources économiques et scientifiques à affiner les techniques anténatales qu’à chercher des traitements pour guérir les imperfections qu’elles décèlent. Il faut remettre en question toute l’attention que l’on accorde aujourd’hui à l’identification des gènes responsables de la déficience, au détriment de l’élimination de la pauvreté, de l’amélioration de la nutrition prénatale et de la réduction des produits toxiques pour l’environnement, tous ces facteurs étant des causes premières de problèmes de santé chez les enfants.

Un aspect prépondérant de la notion de handicap a trait aux attitudes et aux normes véhiculées au sein d’une société érigée sur le modèle de la personne physiquement apte. Les auteures de l’étude font une critique de la perspective coûts et avantages adoptée à l’égard du handicap, ainsi que de l’argument « qualité de vie », selon lequel il n’y a pas de vie préférable à celle de vivre avec un handicap.

Le recours au dépistage varie grandement selon les régions et les sphères sociales. Les tendances actuelles laissent envisager éventuellement une concentration de personnes handicapées dans certaines régions isolées et dans certains segments à faible revenu et minoritaires de la société. Qu’adviendra-t-il des programmes destinés aux personnes handicapées lorsque les individus qui détiennent les rênes du pouvoir et de l’argent ne s’identifieront plus à cette cause?

En forçant le recours à l’interruption de grossesse, les techniques de dépistage anténatal pourraient en fait contribuer à réduire, plutôt que d’accroître, l’autonomie des femmes en matière de reproduction. L’utilisation systématique du dépistage risque d’assigner aux femmes le rôle de « protectrices génétiques » au sein de la société, à qui on imputerait la responsabilité des naissances d’enfants handicapés. Les auteures avancent que les droits des personnes handicapées et les droits des femmes en matière de reproduction ne s’opposent pas, mais que dans un monde obsédé par la perfection génétique, ils pourraient se trouver en conflit.

Le rapport se penche sur la législation canadienne en matière de droits de la personne et sur la Constitution canadienne et cerne les fondements juridiques de l’usage discriminatoire des technologies anténatales. Les auteurs recommandent que le gouvernement fédéral assume un rôle proactif dans l’établissement de normes nationales uniformes en cette matière, dont l’adoption d’une loi sur le dépistage et d’un programme d’éducation du public et des professionnels de la santé.

Left In The Cold: Women, Health and The Demise of Social Housing Policies
[Laissées en plan : la santé des femmes et l’effondrement des politiques en matière de logement social]

Dans cette nouvelle étude, les auteures Darlene Rude et Kathleen Thompson examinent le lien entre les politiques en matière de logement et la santé des femmes, notamment à la lumière du retrait des gouvernements des programmes de logement social depuis le début des années 1990. On a cherché à connaître l’incidence que peut avoir le sexe d’une personne sur l’accès à un logement adéquat, plutôt que de se concentrer sur la question du revenu, comme il est coutume de le faire. Le rapport propose une analyse de la documentation sur les liens entre le logement, la santé et l’égalité des sexes, un survol des politiques et des pratiques canadiennes en matière de logement depuis les dix dernières années et des données sur l’influence du logement sur l’état de santé.

Les chercheuses ont mené des entrevues auprès de résidentes de Regina et de Winnipeg qui ont par le passé éprouvé des difficultés à accéder ou à conserver un logement adéquat. Elles ont également rencontré des professionnels concernés par la politique du logement ou qui fournissent des services de première ligne en matière de logement. Toutes les participantes à l’étude avaient habité, ou habitaient encore, dans des logements trop chers, inadéquats ou insalubres. Elles ont rapporté, en particulier celles qui ont des enfants, qu’elles s’étaient heurtées à maints obstacles dans leur recherche d’un logement abordable. La majorité d’entre elles vivaient cette situation depuis de nombreuses années et avaient été déplacées plusieurs fois. Elles ont en outre fait état du stress associé aux conditions d’insalubrité et d’insécurité, estimant que leur propre santé et celle de leurs enfants étaient affectées par le danger et les difficultés liées au voisinage, aux problèmes de plomberie et de chauffage, aux infestations de rongeurs et de vermine et à la mauvaise qualité de l’air. La plupart des femmes interrogées ont dit avoir été victime de harcèlement, notamment de harcèlement sexuel ou de mauvais traitements infligés par les propriétaires, et que les moyens de recours en cette matière sont inadéquats.

L’étude révèle que dans une large proportion, le nombre de femmes ayant besoin d’un logement surpasse celui des hommes, en particulier les femmes qui élèvent seules leurs enfants. À titre d’exemple, 64 % des femmes chefs de famille monoparentale sont à la recherche d’un logement adéquat, comparativement à 36 % pour les hommes dans la même situation. Par ailleurs, on a établi un lien entre le sexe et l’appartenance ethnique, les femmes autochtones (35 %) étant deux fois plus susceptibles que les femmes non autochtones (15 %) à être à la recherche d’un logement.

Le rapport cerne plusieurs sphères d’intervention, notamment la nécessité de régler le problème de la pénurie de logements adéquats et abordables pour les femmes, en particulier celles qui élèvent de jeunes enfants, et de s’assurer que les normes minimales en matière de salubrité et sécurité sont respectées dans les immeubles locatifs. Les systèmes de chauffage et l’isolation des bâtiments doivent être adéquats pour éviter que les femmes et les enfants passent l’hiver sans chauffage. Il faut mettre en place des politiques et des programmes de logement qui tiennent compte des problèmes particuliers des femmes et les enfants dans le marché actuel de l’habitation. Enfin, le rapport propose la mise en place de cours de formation et de ressources qui permettraient d’enseigner les rudiments de l’entretien d’un logement, ainsi que d’un mécanisme de médiation pour régler les problèmes de sécurité et de harcèlement entre propriétaires et locataires de sexe féminin.

On peut obtenir un exemplaire du rapport The Ethical and Human Rights Implications of Prenatal Technologies: The Need for Federal Leadership and Regulation à l’adresse www.pwhce.ca ou en écrivant au CESFP, 56 The Promenade, Winnipeg (Man.), R3B 3H9; tél : (204) 982-6630; téléc. : (204) 982-6637; courriel : pwhce@uwinnipeg.ca. Left In The Cold: Women, Health and The Demise of Social Housing Policies peut être consulté en ligne à l’adresse http://www.pwhce.ca/left-cold.htm ou commandé au CESFP.


Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM)

L’inondation du siècle, récits de la population féminine
En 1997, l’inondation de la rivière Rouge recouvrait de vastes zones de terrains agricoles et urbains au sud du Manitoba, provoquant des dommages considérables, non seulement en raison des pertes de propriétés, mais également sur le plan psychosocial. Les conséquences de cette catastrophe se feront encore sentir pendant de nombreuses années chez celles et ceux qui ont été les plus touchés.

La plupart des études sur les catastrophes accordent peu d’attention spécifique au rôle joué par les femmes. Leurs expériences se retrouvent diluées dans l’analyse ou tout simplement ignorées. Dans les situations de stress collectif causées par des événements de cette nature, il est important de comprendre la fonction occupée par les femmes puisque leurs interventions ont une incidence sur la mesure dans laquelle l’entourage s’ajuste à l’expérience de désorganisation et de perte et un effet positif sur le rétablissement des collectivités.

La présente étude explore les expériences vécues par les femmes durant « l’inondation du siècle », en abordant notamment la nature du travail effectué par celles-ci au cours de cette période et en traitant des répercussions d’ordre social et sanitaire sur elles et leurs familles, contribuant ainsi à élargir nos connaissances sur l’expérience des femmes pendant les catastrophes.

Les chercheuses ont recueilli les récits de femmes vivant dans la municipalité rurale de Ritchot et au sein de la Première nation de cette localité, une région durement touchée par les eaux de crue située tout juste au sud de Winnipeg. Elles ont également interrogé des femmes qui travaillaient pour des organismes de secours dans la zone sinistrée.

Les résultats de l’étude soulignent entre autres les principaux problèmes liés à l’information sur l’inondation, aux ressources et au degré de préparation. Parmi les préoccupations les plus courantes, mentionnons la justesse et la pertinence des renseignements qui circulaient sur l’inondation; l’état de préparation de la municipalité; la coordination des mesures d’urgence; la coordination des secours et, enfin, le manque de tact manifesté par les politiciens aux échelons municipal, provincial et fédéral. Toutes les répondantes estiment que la gestion de la crise était déficiente sous plusieurs aspects. La mauvaise coordination des ressources et l’insuffisance de celles-ci comptent parmi les plaintes qui ont été formulées le plus souvent.

Nombreuses sont les répondantes qui ont indiqué que dans l’avenir, elles défieraient les ordres d’évacuation. Les politiciens ont particulièrement fait l’objet de commentaires très critiques. Pratiquement toutes les victimes de l’inondation se sont dit frustrées par le processus de compensation et par la nature changeante des critères d’admissibilité. Trois ans après la catastrophe, plusieurs femmes attendent toujours le règlement de leur réclamation tandis que d’autres vivent dans des maisons qui ne sont qu’à moitié terminées.

Le travail effectué par les femmes pendant la crise est considéré comme essentiel, tout en passant par ailleurs inaperçu. Les répondantes ont rapporté avoir travaillé pendant des semaines et des mois, de l’aube jusque tard dans la nuit. Elles ont parlé de la préparation interminable des repas, non seulement pour leurs familles mais également pour l’armée de bénévoles venus prêter main-forte. Elles ont décrit leur quête répétée et frustrante de sacs de sable.

Ce sont les femmes qui ont géré le stress et les aspects psychologiques de la crise au sein de leurs familles. Ce sont elles qui ont joué un rôle clé dans le développement de l’esprit communautaire dans leurs voisinages et passé des heures à négocier avec les agences officielles. Elles ont assumé les tâches nécessaires à la réorganisation de la vie quotidienne, à la reconstitution des foyers et au renouvellement du sentiment d’appartenance à la collectivité.

En dépit du rôle clé joué par les femmes, les chercheuses ont observé que les répondantes semblaient surprises de constater que leurs expériences pouvaient intéresser quelqu’un. Les tâches essentielles qu’elles ont accomplies semblaient invisibles même à leurs propres yeux.

On a demandé aux répondantes de commenter les conséquences de « l’inondation du siècle » avaient eues sur leur santé, en indiquant si de nouveaux problèmes de santé avaient surgi à la suite de l’événement ou si leur consommation de médicaments avait augmenté. Presque toutes ont admis se sentir inquiètes, troublées, tristes, apeurées, seules ou déprimées. Le degré de tension était particulièrement élevé et la majorité ont indiqué qu’elles souffraient de fatigue une grande partie du temps. Trois ans après l’inondation, la plupart des répondantes estiment que leur santé a été compromise par l’événement et que d’autres membres de leur famille souffrent eux aussi de problèmes de santé qu’ils associent à ce dernier.

L’enquête révèle clairement que les femmes ont joué un rôle prépondérant lors de l’inondation, que ce soit sur le plan des préparatifs, des décisions à prendre pour la traverser ou des moyens à adopter pour s’en remettre. Toutes les répondantes ont affirmé qu’elles ne s’étaient pas rendu compte avant cette crise de la force morale dont elles disposaient et qu’elles avaient acquis une nouvelle confiance en elles et de nouvelles compétences. Les femmes ont fait preuve d’un degré impressionnant de résilience tout au long de cette crise et se sont résolument engagées à remettre leur communauté sur pied sous tous les aspects.

Cancer du sein et infertilité
Dans le but d’évaluer le rôle des méthodes de recherche quantitatives et qualitatives dans la recherche sur la santé des femmes, les auteures de Beliefs, Attitudes and Behaviours Towards Breast Cancer and Infertility [Croyances, attitudes et comportements à l’égard du cancer du sein et de l’infertilité] se sont fondées sur les cas du cancer du sein et de l’infertilité pour mener leur enquête. On a sondé un large échantillon d’hommes et de femmes pour déterminer ce qu’ils croyaient être les causes de ces maladies et le traitement qu’ils choisiraient pour eux-mêmes ou une personne qu’ils aiment. Septcent cinquante hommes et femmes de Winnipeg ont répondu au questionnaire; des groupes de discussions très diversifiés sur le plan démographique ont également été menés dans trois autres régions du pays.

Selon les répondants, les principales causes de cancer du sein sont les suivantes : le fait d’avoir une mère atteinte de cancer du sein; une prédisposition génétique; les produits toxiques pour l’environnement. L’enquête révèle également que 46 % des personnes interrogées n’avaient jamais eu recours à l’examen clinique des seins, 44 % à l’auto-examen des seins, 35 % à la mammographie et 17 % à des traitements de médecine douce. Moins de 1 % des répondants faisaient de l’exercice ou avaient changé leur alimentation comme mesures de prévention du cancer.

En ce qui concerne l’infertilité, les personnes des deux sexes croient que les problèmes liés au sperme, les maladies transmises sexuellement et les déséquilibres hormonaux sont les principaux facteurs responsables. Les répondants ayant recouru à un traitement en cas d’infertilité ont clairement indiqué leur préférence en faveur de méthodes peu technicisées comme les médecines douces, le suivi de l’ovulation par la courbe de température et les rapports sexuels planifiés. Parmi les répondants au questionnaire, aucun n’avait fait appel aux techniques de reproduction assistée; dans les groupes de discussion, toutefois, plusieurs femmes y avaient eu recours. Dans cette étude, les femmes sont six fois plus nombreuses que les hommes à avoir rapporté qu’elles étaient infertiles ou qu’elles connaissaient quelqu’un qui l’était; elles se sont aussi montrées plus disposées que ces derniers à envisager l’adoption comme solution éventuelle.

L’étude fournit des pistes intéressantes pour l’élaboration de politiques et d’actions axées sur le cancer du sein et l’infertilité. La faible proportion dans laquelle on a recours à l’autoexamen et à l’examen clinique des seins indique qu’il faudra améliorer les programmes d’éducation en cette matière. Sur le plan des connaissances et des attitudes, les différences entre les sexes soulignent la nécessité d’intervenir à grande échelle. Les connaissances limitées sur le rôle des maladies transmises sexuellement relativement à l’infertilité, la réticence à parler du sujet et le peu de certitudes quant à ses causes réelles et à ses traitements démontrent que d’autres efforts devront être entrepris sur le plan de l’éducation. La préférence accordée aux traitements peu technicisés laisse croire qu’il existe un décalage entre les pratiques de la population et une politique officielle largement favorable aux méthodes de reproduction assistée. Il pourrait être justifié de prêter une plus grande attention à l’amélioration des méthodes alternatives et du processus d’adoption.

L’enquête The Flood Of the Century: Stories Women Tell, par Karen Grant et Nancy Higgitt, a été financée par le programme de subventions de recherches UM/CRSH de l’Université du Manitoba. On peut en prendre connaissance en ligne à l’adresse http://www.yorku.ca/nnewh ou le commander auprès du RPSFM, a/s Centre for Health Studies, York University, 4700 Keele St., 214 York Lanes, Toronto (Ont.), M3J 1P3; tél. : (416) 736-5941; téléc. : (416) 736- 5986; courriel : nnewh@yorku.ca. Does Gender Count? Differences in English-Canadian beliefs, attitudes and behaviors towards breast cancer and infertility, par Gina Feldberg, Lisa Strohschein, Karen R. Grant et Dominika Wranik-Lohrenz, peut être consulté en ligne à l’adresse http://www.yorku.ca/nnewh/english/nnewhind.html.


Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de l’Atlantique

Un sain équilibre : formation d’une alliance pour la recherche sur les soins non rémunérés dispensés par les femmes
Financé par les Instituts canadiens de recherche en santé, le Healthy Balance Research Program est un projet de recherche de cinq ans dont le but est d’explorer le lien entre la santé des femmes, le bien-être, la vie de famille et la capacité de gagner sa vie. Les organismes chargés du projet sont le Centre d’excellence pour la santé des femmes de la région des Maritimes et le Conseil consultatif sur la condition féminine de la NouvelleÉcosse. Y collaborent plus de 25 chercheuses issues des universités, des sphères décisionnelles et des organisations de la santé, conjointement avec des partenaires de la collectivité et du gouvernement, qui ont offert différents modes de soutien.

Le but principal du projet est d’acquérir de nouvelles connaissances sur les conséquences des soins non rémunérés sur l’état de santé des femmes de la Nouvelle-Écosse et leur niveau de stress, que la prestation des soins constitue leur unique activité ou une activité combinée à un emploi rémunéré. Comment les soins sont-ils organisés? Quel effet la prestation de soins a-t-elle sur le sentiment de maîtrise des femmes face à leur vie et sur leur santé et leur bien-être? Quels sont les liens entre les facteurs sociaux et économiques, la relation avec le travail rémunéré et les rapports entre soins et l’origine ethnique, la culture, le lieu de résidence, l’âge et le revenu?

La première étape du projet a abouti à la rédaction d’un document de référence intitulé Thinking It Through: Women, Work and Caring in the New Millennium [Réfléchir jusqu’au bout : les femmes, le travail et la prestation des soins dans le nouveau millénaire], cosigné par Pat Armstrong et Hugh Armstrong. On constate que la prestation des soins est clairement le travail des femmes. Qu’ils soient rémunérés ou non, donnés à domicile, dans les organisations bénévoles ou au travail, les soins sont en grande majorité dispensés par les femmes. C’est une activité qui passe souvent inaperçue, à laquelle on accorde peu de mérite et qui n’est pas toujours considérée comme du travail qualifié. Après avoir recensé la documentation publiée au Canada et ailleurs, les auteurs tentent de cerner les forces, les structures et les rapports qui ont conduit à la construction du rôle de soignante confié aux femmes dans la société et à sous-estimer le travail curatif qu’elles effectuent. Ils présentent un cadre analytique qui permettra de susciter une réflexion sur cette activité. Le document est le pendant de l’ouvrage One Hundred Years of Caregiving in Canada [Cent ans de prestation de soins au Canada] (Pat Armstrong et Olga Kits, Ottawa: Commission du droit du Canada, 2001).

On peut commander Thinking It Through: Women, Work and Caring in the New Millennium auprès du Centre d’excellence pour la santé des femmes – région de l’Atlantique, B.P. 3070, Halifax (N.- É.), B3J 3G9; tél : (902) 420-6739; téléc. : (902) 420-6752; courriel : ou en passant par http://www.medicine.dal.ca/acewh.