La santé des femmes inuites : un appel à l’engagement

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par Pauktuutit Inuit Women's Association of Canada

Pauktuutit a acquis une reconnaissance et un respect à l’échelle internationale pour ses compétences dans le domaine de la promotion et la prévention de la santé. Notre réussite repose sur la mission que nous nous sommes donnée, celle de favoriser la prise en charge inuite en faisant appel à des groupes de travail et des comités directeurs inuits pour guider et encadrer toutes nos initiatives.

Nous visons à assurer une participation importante dans le développement des programmes et des politiques qui nous touchent. Nous devons reprendre en main nos soins de santé et participer en tant que véritables partenaires actifs. Nos besoins sont trop souvent intégrés dans des discussions élargies portant sur la santé autochtone. Fait important, ce sont les programmes conçus pour les Premières nations qui sont souvent mis en œuvre, là où les besoins nécessiteraient la mise en place d’initiatives communautaires spécifiques aux Inuits.

L’imposition de programmes de santé non inuits nous touche de plusieurs manières. L’une des conséquences est la perte de la sage-femmerie traditionnelle comme partie intégrale de nos vies. Les pratiques liées à l’accouchement étaient intimement liées à notre mode de vie et notre tissu social. Les liens au sein de la famille et de la communauté étaient renforcés et s’intensifiaient bien après l’événement de la naissance et influaient sur l’éducation de l’enfant et sur la place qu’il occupait dans la communauté.

Maintenant, la plupart des femmes inuites accouchent dans des hôpitaux, loin de leur foyer. Bien qu’elles apprécient les avantages qu’offrent la médecine moderne et la présence de médecins et d’infirmières en cas de complications, la demande se fait de plus en plus croissante quant à la possibilité d’offrir aux femmes le choix d’accoucher dans leur propre communauté, selon un protocole conforme à leur culture et à leurs connaissances traditionnelles. Même si l’espoir d’introduire des services communautaires de sage-femmerie et d’accouchement dans le Nord renaît, cette possibilité est menacée par l’imposition de normes et de processus d’accréditation qui excluraient presque certainement les femmes inuites et ne tiendraient pas compte de la valeur des pratiques traditionnelles.

La valorisation du potentiel est un long processus qui nécessite un appui important et continu. Il ne s’agit pas simplement de fournir aux Inuits la possibilité d’acquérir la formation requise pour répondre aux normes établies par le Sud canadien, puisque, pour participer à de tels programmes, nous devons quitter nos familles et nos communautés pendant des temps prolongés. Les programmes doivent refléter les réalités de la vie dans l’Arctique et être livrés en région nordique pour que les Inuits puissent valoriser leur potentiel.

Les femmes inuites sont privées de plusieurs services de santé. Le test de mammographie, un important outil de diagnostic pour dépister le cancer, n’est offert que dans le Sud. Il n’est pas rare d’attendre plus de six mois pour bénéficier d’une consultation. Pour une femme du Sud, il suffit de quelques heures loin du travail ou de la famille pour subir un test, alors qu’une femme inuk devra quitter son milieu pendant une semaine ou plus. Si cette dernière reçoit un diagnostic de cancer du sein, elle n’a d’autre choix que de demeurer dans le Sud, ce qui signifie qu’elle n’a plus accès à la vie familiale pendant qu’elle subit un traitement salutaire. L’importance du soutien familial pour les femmes aux prises avec le cancer du sein a fait l’objet de nombreuses recherches, mais nous, femmes inuites, ne pouvons en bénéficier.

L’absence d’information accessible et un taux d’analphabétisme élevé font que plusieurs femmes inuites n’ont pas de connaissances de base dans le domaine des soins de santé. Nous avons besoin de matériel éducatif dans notre propre langue, l’inuktitut, et en anglais vulgarisé.

Le besoin d’introduire des initiatives communautaires qui viendraient enrichir les programmes de santé se manifeste clairement. Le programme d’antitabagisme de Pauktuutit et le Canadian Inuit HIV/AIDS Network figurent parmi les initiatives les plus réussies. Ces deux projets reposent sur un profond engagement de la part de membres de la communauté et sur l’intégration du savoir inuit quant à la prestation. La valorisation du potentiel ne peut se faire que par le biais de la participation de la communauté au processus.

La pauvreté, l’itinérance et l’absence d’information et de services génèrent des effets négatifs sur la santé générale des femmes. La violence familiale est aussi une question importante en ce qui a trait à la santé physique et mentale. De nombreuses femmes et de nombreux enfants inuits en font l’expérience dans leur propre foyer. Les décisionnaires doivent considérer la prévention de la violence comme un investissement qui mènera à une réduction des coûts de santé.

Pendant plusieurs années, Pauktuutit a participé à des discussions portant sur les politiques de santé à l’échelle nationale et à la conception d’initiatives grâce à un financement limité, accordé pour des consultations liées au dossier santé. L’organisme a vu son financement retiré en octobre 1999. Immédiatement après cette interruption de financement, le gouvernement fédéral annonçait la mise en œuvre de plusieurs initiatives importantes en rapport à la santé, à l’intention des Premières nations et des Inuits. L’organisme n’a plus les ressources financières nécessaires pour défendre les droits de sa population de façon efficace. Les femmes inuites n’ont donc pu participer aux consultations fédérales où les décisions sont prises concernant les politiques et les programmes liés à leur santé.

Nous invitons fortement le gouvernement fédéral à consulter directement les femmes inuites sur les questions de santé. En tant que femmes et en tant que membres de familles et de communautés, nous possédons une grande sagesse et de nombreuses connaissances que nous voulons partager.

Les gouvernements doivent aussi fournir des ressources financières et humaines pour favoriser la participation des femmes inuites aux discussions et à la planification des politiques en matière de santé.

Une version de ce mémoire a été présentée au Comité sénatorial permanent sur les affaires sociales, Science et technologie.

Pauktuutit est une association pancanadienne à but non lucratif représentant les femmes inuites de tout le Canada. Son mandat est de mettre en lumière les besoins des femmes inuites et d’encourager celles-ci à participer aux discussions communautaires, régionales et nationales portant sur le développement social, culturel et économique. Pour plus d’information concernant Pauktuutit, veuillez consulter le site Web www.pauktuutit.ca.

Pauktuutit affiche sur son site Web www.pauktuutit.on.ca une liste de publications. Inuit Women’s Health: Overview and Policy Issues, par exemple, est disponible au prix de 10 $, plus les frais de poste. Contactez Catherine Carry, coordonnatrice des projets spéciaux, à la Pauktuutit Inuit Women’s Association of Canada, au 131, rue Bank, 3e étage, Ottawa (Ontario), K1P 5N7. Tél. : (613) 238-3977; télécopieur : (613) 238-1787; courriel : famviol@pauktuutit.on.ca.