La santé des femmes autochtones au Québec

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par Prudence Hannis

Femmes autochtones du Québec (FAQ) est un organisme à but non lucratif qui représente plus de 3 000 femmes issues de toutes les Premières Nations au Québec résidant, ou non, en communauté. Depuis sa fondation en 1974, FAQ s’investit activement sur les plans politique et socio-économique en mettant un accent particulier sur la justice, la promotion de la non-violence, l’emploi et, depuis janvier la santé.

Depuis ses tout débuts, le principal cheval de bataille de l’Association est l’égalité entre les hommes et les femmes, tant sur les plans économique, social et juridique que sur le plan politique, en plus de militer en faveur d’un meilleur équilibre entre les conditions de vie des populations autochtones et non-autochtones. Lorsque l’on se concentre à faire état de la situation de la santé des femmes autochtones, l’importance de poursuivre ces objectifs se confirme davantage. Au terme d’une vaste revue de littérature portant sur la santé des femmes autochtones, qui a pu être réalisée grâce au soutien du Centre d’excellence pour la santé des femmes—Consortium Université de Montréal (CESAF), plusieurs constats émergent et font foi des multiples problématiques auxquelles sont confrontées, à des degrés variables, les femmes autochtones du Québec. Le document, intitulé ‘Femmes autochtones et santé : un état de la situation’, vise deux objectifs précis, soit de constituer un document de référence de base sur différents aspects de la santé des femmes autochtones et de sensibiliser et susciter l’intérêt des décideurs sur les questions relatives aux femmes autochtones. Le cadre de référence privilégié pour la réalisation de ce document de référence a été l’approche des déterminants de la santé, telle qu’élaborée par Santé Canada. Cette approche est particulièrement intéressante dans la mesure où elle permet de considérer la multitude de facteurs susceptibles de contribuer ou de nuire au bien-être des femmes et à leur développement en santé. Dans cette optique l’exercice de sensibilisation se situe, par définition, dans un contexte plus vaste et dépasse le champ strict de la santé pour se fondre dans les perspectives générales des problèmes sociaux, des inégalités sociales, des conditions socio-économiques et surtout de la qualité de vie des femmes autochtones.

Les points forts qui émergent de cet état de la situation témoignent de la nécessité de favoriser une approche globale, communautaire et multidisciplinaire des programmes et services de santé, d’un besoin d’attaquer de front les véritables causes des problèmes de santé physique, mentale, émotive, spirituelle, communautaire et familiale, d’agir en fonction d’une perspective à long terme, de revaloriser la culture et les pratiques traditionnelles tout en favorisant la sensibilité culturelle, de favoriser un environnement social sain au moyen de différentes mesures d’accompagnement, de favoriser des approches et des services qui répondent spécifiquement aux besoins des femmes, en plus de développer des approches qui favorisent l’intégration familiale. La santé mentale, l’élimination de la violence, la promotion de la santé, l’optimisation des ressources, le rétablissement culturel et la santé familiale figurent quant à eux comme les domaines prioritaires sur lesquels des actions précises doivent être entreprises.

Or, les défis pour l’amélioration de la santé des femmes autochtones, de leurs enfants et des collectivités sont multiples et ne pourront être relevés que si l’on intervient d’abord sur les problématiques de fond qui s’expriment notamment par l’insuffisance des programmes de prévention, d’éducation et de promotion de la santé, la non-adéquation des programmes et des besoins réels des populations, la surcharge de travail des intervenants, le manque de coordination et de concertation, la rigidité des critères et des règles des programmes et services, l’insuffisance de programmes et actions de longue durée, les problèmes d’accessibilité et de disponibilité des services et des ressources, l’insuffisance de sensibilité culturelle, l’insuffisance des ressources spécifiquement adaptées aux femmes et la complexité du recours aux services induite particulièrement par les problèmes de compétences.

Au terme de ce travail de synthèse, quinze recommandations ont été élaborées à l’intention des différents décideurs en matière de santé des Premières Nations.

  1. Que les gouvernements autochtones et nonautochtones mettent en œuvre des politiques, programmes et plans d’action visant à combattre la pauvreté chez les femmes autochtones, en favorisant l’accès à l’éducation, à l’emploi, à des conditions de travail convenables, en assurant l’équité salariale, la sécurité du revenu et l’accès à un logement décent;



  2. Que les gouvernements fédéral et provincial soutiennent les programmes gouvernementaux et/ou les initiatives communautaires destinés à la famille et ce, de façon récurrente;



  3. Que les gouvernements facilitent et soutiennent les initiatives visant à faire connaître les besoins, préoccupations et priorités des femmes autochtones en matière de santé afin que ceux-ci soient reflétés dans les politiques et programmes gouvernementaux et communautaires;



  4. Que les gouvernements favorisent la concertation interministérielle et ce, en intégrant les groupes autochtones;



  5. Que les gouvernements remédient aux facteurs administratifs et juridiques qui entravent l’accessibilité aux services;



  6. Que les gouvernements favorisent et reconnaissent les approches alternatives en matière de prestation de services. Pour ce, il faut remédier aux obstacles structuraux qui entravent la reconnaissance et la mise en place de services qui soient culturellement adaptés, spécifiquement adaptés aux besoins réels des populations et issus des communautés, notamment en assurant davantage de flexibilité à l’égard du financement d’initiatives communautaires;



  7. Que l’on soutienne l’élaboration de programmes de formation visant le développement de l’expertise communautaire en matière de santé;



  8. Que l’on soutienne l’élaboration d’une pédagogie interculturelle;



  9. Que les gouvernements subventionnent la recherche sur la santé des femmes autochtones selon leur diversité;



  10. Que des fonds soient prévus de façon récurrente pour l’élaboration de programmes, outils et méthodes visant à poursuivre et à intensifier la promotion à la santé par la prévention, la sensibilisation et l’éducation selon les besoins identifiés par les communautés et les organisations autochtones et ce, selon la diversité des femmes ;



  11. Que l’on développe une véritable approche holistique de la santé en considérant le développement d’un cadre de travail qui permet la concertation et ce, en vue de remédier à la parcellisation des services ;



  12. Que les gouvernements et organisations autochtones soutiennent le développement de l’expertise de Femmes Autochtones du Québec en matière de santé ;



  13. Que les programmes et services soient conçus en fonction d’une perspective à long terme et que le financement soit accordé en conséquence ;



  14. Que les gouvernements s’engagent à éliminer les lacunes au niveau des ressources matérielles, financières et humaines qui entravent la qualité de la prestation de services ;



  15. Que l’on soutienne et encourage le leadership des femmes autochtones en favorisant leur intégration dans les sphères décisionnelles.

Femmes Autochtones du Québec s’engage à défendre les intérêts des femmes autochtones du Québec en matière de santé et à poursuivre les efforts de sensibilisation auprès des décideurs gouvernementaux et des Premières Nations.

Femmes autochtones et santé : un état de la situation sera traduit en version anglaise et publié dans un avenir prochain.

Prudence Hannis est Coordonnatrice du dossier de la santé à Femmes Autochtones du Québec.


Nouvelles récentes de Femmes autochtones du Québec (FAQ)

Les quatre savoirs de Mali Pili Kizosest le titre d’une recherche qualitative menée auprès de douze femmes autochtones ayant fréquenté les pensionnats. Ce projet met l’accent sur le besoin d’aller au-delà de la victimisation et de raconter les progrès accomplis par les femmes dans leur démarche de guérison. Quatre thèmes principaux ont guidé ce travail : la capacité de résilience, les stratégies de survie, les points tournants et les moyens de réparer les traumatismes et de garder l’équilibre. Le deuxième volet du projet visera à réunir une nouvelle fois les participantes pour apaiser les blessures que le fait de se raconter aurait pu raviver. Un article à ce sujet a été publié dans la revue de la Fondation autochtone de guérison, Le premier pas, vol. 3, no 2, hiver 2001. On peut se procurer un exemplaire du rapport auprès de FAQ.

La FAQ a amorcé un projet de recherche sur la loi québécoise relative à la profession des sages-femmes pour en étudier les répercussions sur la pratique des sages-femmes autochtones. Le projet tracera également un portrait actuel de la pratique des sages-femmes autochtones au Québec. À long terme, on vise à mettre sur pied un groupe de travail pour représenter les sagesfemmes des Premières nations. Les résultats de l’enquête devraient être connus en juin 2002.

La FAQ vient également de publier un rapport sur le projet Apitendemowin, un séminaire sur la question de l’abus sexuel au sein des milieux autochtones. « Apitendemowin » est un mot de la langue algonquine qui signifie « traiter quelqu’un avec beaucoup de respect et de considération ». Le rapport comprend non seulement 41 recommandations à l’intention des services gouvernementaux et communautaires, mais également des références et des descriptions exhaustives concernant les programmes et services existants. Communiquez avec la FAQ pour obtenir un exemplaire du rapport.

En collaboration avec l’Institut national de recherche scientifique —Urbanisation, culture et société, la FAQ a produit un rapport de recherche sur les solutions en matière d’emploi pour les femmes autochtones, intitulé Les femmes autochtones et l’emploi : défis et enjeux des programmes d’employabilité au Québec. On peut le télécharger à partir du site de Condition féminine Canada à l’adresse www.swc-cfc.gc.ca/publish/research/010606-0662654889-f.html.

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[Nouvelle addresse , 22 fév 2005 - éd.]